Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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01.01.2020

Ralenti… Ralenti !
Nouveau jour, nouvelle aube : Profites-en.
Tu n’avais rien vu, n’est-ce pas ? 
Ralenti ! Ralenti encore.
(Quelle que soit la fin, nous la toucherons.)  
Écoute. Quel est ce chant ? 
Les mésanges charbonnières, leur voix :
L’ici-bas et l’au-delà”, “l’ici-bas et l’au-delà”
Les marronniers dans le ciel blanc montrent l’heure blanche.
Élevons-nous, élevons-nous encore.
Le merveilleux, ce pétiole entre les limbes et le monde. 
Les roulettes des sacs font que j’adhère encore,  
La chute s’annonce merveilleuse au clair de l’hiver. 

24.12.2019

Les cris des corneilles 
Quel est l’âge de la forêt 
Les cris des corneilles 

 

10.12.2019

J’avais perdu le sens premier des mots. C’est peut-être pour ça que je restais silencieux au seuil de leur habitat, comme un étranger resté sur le seuil éclairé d’un commerce de quartier, nocturne et animé. Un étranger dans une position silencieuse, au point de devenir soi un objet nomade et nommable. Comme un lampadaire. Ou comme une cuillère. Comme un banc vide. Ou comme un banc. Ou comme un clochard. Ou comme un attaché-case. Comme une veste. Ou un comme un ministre. Ou comme un débit dans le caniveau. Mais jamais un homme. Jusqu’à oublier la façon de “le” nommer. Ou de “l”‘écrire. Mais un mot. Un unique mot est apparu. Un mot imprimé sur une page. Je n’aurais jamais pensé embrasser une étoile. Ou découvrir une quelconque chute. Mais ce mot m’est apparu. Dans une bouche incapable de le porter Au-delà des rêves Au-delà des lèvres. 

08.12.2019

D’abord un voile 
Puis j’ai vu qu’elle se levait 
En avant lente 

 

04.12.2019

Comment habiter l’espace ?
Tant de fils
Tant de fils autour de soi
Et cet espace autour, inaccessible 
Autour, autour de quoi 
Quoi quoi, quoi quoi le corps cocon 
Et cet espace autour, inaccessible 
Autour, autour de quoi 
Quoi quoi le corps cocon 
Tant de fils autour de soi 
Tant de fils, et cet espace autour, autour de soi (e) 
Est-il un silence qui le contienne ?  

 

30.11.2019

Dans ma vie, je n’ai pas de place ni pour un livre ni pour un poème.
Le silence s’arrache au prix d’un grand silence 
Je (  ) regarde mon espace, restreint, et ma bibliothèque 
(Tous les livres) s’entassent comme (des) chemises (, ) froissées, jetées dans un bac 
Le grand (  ) jour n’est point venu : le Pierrot me tourne le dos 
Je vis dans une feuille, volante. 
Tandis que le corps creuse ses (  ) galeries partout.
(  ) L’électricité marche encore
La plante est vigoureuse.  

13.11.2019

Je prends mon dictaphone : il pleut. Il pleut. Il pleut. Il pleut des morceaux. Il pleut des morceaux. Les taches. Les taches. Même sur le mur. Même sur les murs. il pleut. Il pleut des morceaux. Il pleut. Il pleut. S’il fallait les rassembler, ce serait compliqué à présent. Comme un sablier. Mais il pleut. La pluie fait disparaître le plafond. Les secondes s’enfuient. On pourrait sentir le sable sous nos pieds tant elles sont nombreuses. C’est comme perdre un bras, lentement sous nos yeux. Il pleut, il pleut. Le monde est chargé de valeur et d’un éclat. Il pleut, il pleut. Pourquoi certains continuent-ils à coller des posters sur les murs ? Que verrait-on encore ? Quel lien resterait-il, tel que le vivant nous le connaissons mort, tel que nous nous sentons seuls. Les grosses gouttes transforment les eaux en rivière. Et chaque lettre en courbe et chaque courbe en tache. La pluie se désagrège à mesure que le mot lui-même. 

08.11.2019

La lune dans les tilleuls 
Et si j’agitais la lune
Combien de pièces d’or 

 

04.11.2019

Chaque fois que je prends le métro, 
je me rappelle ô combien j’ai la chance d’être joyeux  
mais, peut-être que tous ces gens autour de moi portent-ils des masques de fête ?
que les regards se concentrent à ne rien dévoiler de la fête ?   
qu’ils font mine de ne pas voir mon sourire, mes clins d’œil,
trouvant plein de prétextes — toux, rictus, écrire un message, rictus — oh oh 
finalement le métro est une grande fête 
et nous attendons l’arrivée de la Nuit 
pour nous dévêtir.

 

30.10.2019

Nous sommes déjà morts, mais nous ne le savons pas. Ou l’avons oublié. Ou peut-être les gens taisent ou le savent ou l’ignorent. Peut-être serait-il difficile de mettre un mot dessus, dessus quoi. Dessus quoi hésite. D’autres sont ici, sans se souvenir. Nous sommes sur la ligne de bus 68. D’autres sont si concentrés sur la lecture de leur livre qu’ils deviennent un fil tendu entre les mondes. Je marche dessus en équilibre. D’autres déroulent le fil de leurs pensées et gare au freinage du bus. Beaucoup se taisent et certains réussissent à faire  sourire un mort.

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