Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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22.12.2018

Je suis nulle part entre le jour et la nuit 
Je ne remarque pas cette inquiétude dans les yeux des passants 
Je remarque des yeux tournés en soi ; pas la flamme blanche
parfois une lumière, parmi les gyrophares
parmi les lumières et les enseignes 
Il est normal que les moineaux récoltent les miettes 
le pain se fabrique à l’entrée du jour. 

17.12.2018

Un ou deux poèmes, pas plus 
après tout c’est un bon salaire ;
Avec cette monnaie, on ne paiera rien, de matériel sur Terre 
avez-vous essayé ? 
Pourtant, un beau poème ravit autant qu’une bonne clémentine
Et mille fois le même poème dans mille mains font 
mille clémentines dans mille autre mains ; 
me voilà riche ! 
Me voilà riche d’un poème.  

13.12.2018

Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à
Comme la part de l’ange 
ou le cadavre minuscule.

02.12.2018

accepter la finitude
ne plus savoir où l’être respire 
même si le passage d’une roue rend l’adhérence de nouveau palpable
une cuillère suffit 
les gouttes d’enfant, d’oiseau, de pluie  
les premiers besoins seraient d’être vêtu et manger 
le reste est donné

25.11.2018

Peut-on penser la production d’un écrivain, dont les textes, dont les phrases, dont chaque ligne, iraient inaperçus ? Comme si l’oeuvre se faisait en deçà de la page, et que les pas se confondaient avec le bruit, sans être audibles. La page serait alors une sorte de sanctuaire dans l’espace foulé, lumineuse et blanche, et métaphore totale de l’espace habité. De l’écrivain, il ne resterait rien si ce n’est dans la promiscuité des textes la manifestation de cet espace où le monde continuerait à circuler, librement, où les pas iraient dans des directions, et selon des pentes, qui échapperaient à la prédation du regard. Et cette page se réaliserait en tout lieu, en tout monde, en chaque instant. On fréquenterait cet espace par incidence, sans le rencontrer vraiment, avec la ferme conviction ou le génie de croire que cet espace fut, non pas nécéssaire mais, vital.   

22.11.2018

Le monde est un flux de caniveau. A chaque instant, chaque jour : ces déchets. Mais aussi ces visages. Et tous ces espoirs déçus. Mais aussi ces visages ; et tout ce que le monde tait, et qu’il faut taire : liquide argenté de faible viscosité sans qualité de miroitement. Le monde est un flux de caniveau. A chaque instant, chaque jour : ces déchets. Mais aussi les visages, les troncs et les racines. Et parfois même une étoile, qui serait tombée du ciel.

18.11.2018

les feuilles mortes 
entre les secondes tombent
je les suis, ravi 

04.11.2018

J’ai fait un affreux rêve. Un rêve affreux. Comme une chute sans fin. Pris au piège de je ne sais quel sortilège. Dans le rêve, je ne faisais plus aucun travail. J’étais condamné à errer. On imagine l’errance comme une marche sans but. Sauf qu’ici dans le rêve, je ne pouvais me rendre nulle part. Le rêve me commandait, ou me condamnait aussi, à vivre dans la partie la plus sombre, la moins ensoleillée du monde. Mon amie Valérie prenait soin de moi, et me réchauffait les jambes et le corps. Je rêvais d’un monde qui n’existait plus, incapable d’agir dans le rêve ni sur ses lois, si bien que tout semblait plus réel que dans la vie éveillée, et que le réveil ne serait ni plus ni moins qu’une plongée plus assidue dans ce cauchemar.

Livre pauvre réalisé avec Ursula Caruel

Livre pauvre réalisé avec l’artiste Ursula Caruel 
Son titre serait un poème, Gaufrage et linogravure 


Son titre serait un poème – « Le réel est subversif, dis-tu. Comme les fleurs. Tu aurais aimé tout contenir, dis-tu. Comme la branche. Tant pis pour ce qui déborde, soupires-tu. Tu t’émerveilles des morceaux de feuilles que ta main contient, parmi des tickets de métro, et des fourmis, trouvés au fond des poches. C’est déjà beaucoup, dis-tu ; et peu, en levant les yeux. Tes yeux se ferment. L’issue est dans les rêves, dis-tu. On suppose un monde. Le jour comprendra. »  Comme les fleurs, 7 avril 2018.

Livre pauvre – Six exemplaires numérotés 

Site de l’artiste Ursula Caruel : http://www.ursulacaruel.com/

Livre pauvre – Son titre serait un poème – Raphaël Dormoy et Ursula Caruel

31.10.2018

Un monde où chaque jour l’énergie se consume à faire vivre
une lampe ; 
Une lampe, probablement magique, puisqu’elle apparait. 
Peu importe l’énergie consumée pour faire vivre cette lampe.
Cette lampe serait possible en chaque instant : 
Il suffit de la voir, même quand elle n’est pas là,
Il suffit de la savoir même si elle n’apparait pas ;
C’est son autre côté magique.
Cette lampe ne fait rien pour qui l’admire ; son miracle est ailleurs.

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