Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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23.02.2019

Et le vent élevant
la mouette sans effort 
de rires en rires 
dans les marches du ciel  
Festin des grands jours.

12.02.2019

Il aurait fallu vendre la fleur avant son éclosion. A présent, elle est esquintée. Mal vendue, mal placée, diront les uns. Manque de pot. Mais d’ailleurs vend-on la beauté ? Vend-on la pitié ? Pour quelle obscure raison achèterait-on une fleur pourrie ? La dernière fois que je traversais le lieu de report et de repos des morts, je découvris dans l’une des poubelles des géraniums encore fleuris par quelques bouts vigoureux. Ils étaient en nombre dans la grosse poubelle et j’en prie une poignée. A-t-on besoin d’acheter la beauté ? Je les plantais dans mon jardin. Ce sont des fières bêtes à présent, au poil soyeux, à la robe délicate qui traversent l’hiver comme des chiens de traîneaux. Braves bêtes.

10.02.2019

Mon reflet vieillit 
le bel éclat de lune 
mon fils grandit 

04.02.2019

Comme si la page ne se fermait plus ; comme si le livre cessât d’exister. Les mots ne seraient plus que des morceaux, des morceaux de phrase ; des phrases sans adhérence ; comme les rideaux de perles séparant la pièce du jardin : et là serait un piège, cela serait trop simple. Après qu’il eut disparu, on découvrit dans la maison, dans les torchons, partout dans les draps, dans les vêtements, partout où un morceau de tissu subsistait, des milliers de phrases, grouillantes, certaines de la taille d’un pouce, d’autres longues, si longues, qu’on les tirait des murs blancs, comme si ces dernières s’y plongeaient instinctivement, quoiqu’aveugles. Et ici là des cadavres de lèvres, de rêves, et de lettres, dans les poussières. Heureusement, tout ça est mort depuis longtemps.

02.02.2019

La bouche au bout du pied, 
l’élan dans la langue ;
Vois ces roses que je porte à ma mère, près du coeur  
Je descends l’allée des marronniers 
O grille – les broussailles jettent leurs branches à travers elle,
et scandent : Vive le printemps ! 
Vive le printemps ! 
Arbre qui fait au ciel des figures, inouï,
figées :  une athlète, un danseur.
Printemps proche, proche printemps. 

28.01.2019

Le tabouret n’a pas changé de place
À moins qu’une autre personne s’en soit saisie
Pour le remettre au même endroit.
L’endroit n’est pas fait pour s’asseoir,
mais l’endroit est un peu plus loin du passage.
En ouvrant un livre, à cette place, le lecteur ferait l’expérience 
d’une ligne  qui sépare le lecteur du dehors,
– Et peut-être le lecteur éprouverait-il ce dehors ? –
Cependant qu’en levant les yeux, il verrait un point sur la vitre 
qui lui rappellerait l’existence même de la vitre 
dans laquelle le monde est écrit qu’il est écrit.

21.01.2019

Certaines fois, l’envie subite et subie me prend de disparaitre. Non pas me cacher, mais disparaître. J’éteins la lumière, je ferme la fenêtre, et je me mets sous la couette. Bon dieu, quelle drôle de vie ! Mais je ne disparais pas. En même temps, si je disparaissais, qui donc éprouverait ce besoin ? D’ailleurs est-ce peut-être un dieu subtil, une muse maligne, qui m’ordonne, au milieu de ma journée, d’éprouver cet état ? pensant trouver en moi un hôte suffisamment généreux et intrépide pour l’accueillir ? Et chaque fois qu’une telle adversité se manifeste, ma seule envie est de disparaître. Je me lève de mon bureau, j’éteins la lumière, je ferme la fenêtre, puis je tire ma couette espérant mon lit comme dans une valise à double fond.

20.01.2019

la légereté 
du cerisier en fleurs,
un monde en fleurs  

19.01.2018

Bon dieu, les représentations nous collent à la peau, collent aux murs. Dehors, c’est pas si méchant. Mais dedans, c’est étriqué. Pourtant il y a de la place partout, partout autour, autour des jambes. Et, si c’était elle ? Je n’ai pas vu son regard, ni ses yeux. Les gens entrent et sortent des rames. Elle s’est assise à côté de moi et de mon fils, sur le quai. Nous restons sur le quai. D’où viennent ces drôles d’intuition qui traversent les murs, creusent les corps, crèvent les coeurs ? Seulement voilà, je suis entre le dehors et le dedans. Nous allons rentrer. Il fait chaud dehors (moins 1° C). Nous allons rentrer en ramenant quelque chose du dehors ; du moins laisserait-on une lucarne près du coeur.

14.01.2019

L’oeil est une paupière. J’ai plaisir à l’ouvrir quand je sors. Dieu, que c’est grand ! Le reste du temps, je vaque aux occupations de la pièce : ordonner, ranger, faire en sorte que les objets répondent au confort. Au confort, au grand fort. Mais une fois dehors, la pièce est loin. J’ai souvenir de vagues échos. Ici reste ici. Ici reste loin de la pièce et des environs. Il serait drôle de savoir où nous marchons, quand d’autres nous situent toujours ici, dans ce même décor. Si le diable se cache en chaque détail du monde sensible, visible, intelligible, sa farce reste flagrante. Après tout, qu’ici soit ici ou là, quelle importance ? Ici là ou ici ici restent plaisants. Ici ici est fort joyeux je trouve, ça n’empêche pas de s’interroger sur ici là, et de nommer cet ici là, absolument magique, n’est-ce pas ? Dieu, quel vertige ! je dois m’asseoir sur un banc. Je dois rentrer chez moi. Je dois fermer la paupière et ordonner la maison.   

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