Littérature, écriture

Catégorie : Journal des poèmes (Page 1 of 18)

Journal des poèmes 

29.08.2021

Je suis dans le train du retour
À l’aller j’ai écrit un poème
Ce n’est pas vraiment le train du retour
C’est le train :
C’est le train Corail avec ses rideaux poussiéreux
Ses sièges épais moelleux
Qui peuvent faire une banquette quand on soulève l’accoudoir ;
Avec les plafonniers qui courent sur les côtés,
Et les rideaux qui bougent un peu.
Le train Corail et ses vitres sales
Et son bruit ouaté mais continu ;
Et ses suspensions plus molles qu’une selle d’un cheval, au trot bien entendu.
Je suis dans le train.
Et une fois encore, il ne tient qu’à moi de choisir la destination.
Comme tous les jours.

 

25.08.2021

Mais si tout est silencieux
Pourquoi cette angoisse ?
Les paroles que mes voisines dans le RER déroulent flottent comme les algues à la surface du réel.
Discussion de travail, technique, laquelle constitue leur propre réel.
La Seine paraît plus bleue qu’à l’accoutumée, plus verte, presque turquoise, comme dans ce rêve fait il y a 8 ans, avec le fleuve qui coule au milieu d’Abidjan.
Autour de moi, dans le RER, ces mêmes têtes inconnues,
tandis que nous traversons la forêt sauvage.
Alors, pourquoi cette inconnue ?
Je me rends soudain compte être aussi transparent que mon environnement, que mon corps constitue une eau d’un aquarium ouvert.
Je me rends au travail.
Je vais au bureau.
Quel type de poisson vais-je accueillir ?

 

21.08.2021

Une goutte est tombée sur ma lèvre
Ciel chaud
Le corps transpire
Une goutte qui allège l’esprit
emberlificoté dans les pièges de sa propre mémoire.
Une goutte qui tombe là,
Dans la fiction des jours
À l’intersection de la rue Froidevaux et de l’avenue du Maine
Tandis que le soleil se couche.
Une goutte au passage des trains,
des voitures,
Une goutte qui rend le monde tel quel, à sa nature première,
tel un livre ouvert.
Une goutte qui
tantôt contiendrait l’univers entier.
Puisse cette goutte tomber sur ma lèvre encore.

17.08.2021

Faire du beau parmi les mailles du réel
Jouer cette note-ci plutôt qu’une autre
La vie est un enchevêtrement de cordes,
invisibles, ne l’oublie pas, qui vibrent.
C’est comme cette concentration à laquelle tu t’emploies
chaque jour dans le chemin physique des jours,
concentration à voir, qui est un relâchement de l’esprit ?
Sauf que là tout se joue dans l’espace aérien, subtil.
Le téléphone va sonner, prépare-toi.
Cette autre personne qui te pousse dans le vide, vois cette corde,
musicale. Apprends à jouer.
Et si la chose te semble difficile, techniquement impossible,
elle n’est peut-être pas plus compliquée qu’un sourire lâché
en direction d’un sourire.

 

15.08.2021

Je marche
Je marche au même endroit 
Mais je respire,
      plus amplement
Et je maintiens cette amplitude dans la marche

J’ouvre,
J’ouvre les yeux
J’ouvre les yeux dans les yeux
Et je souris intérieurement(,)
       Sourire en coin

Et je respire un peu de moi
    que j’expire  Oh, oh oh
Oh monde vierge  

Je sors alors ma machine 
O vieux boîtier,
J’arme le déclencheur
Je débraye la virgule
 
Et je vous en prie puisque vous êtes là

          Souriez. 

08.08.2021

Regarder le ciel, regarder le bleu
Regardez le bleu, vraiment
Pour la première fois
Même si maintenant
La lumière rend le ciel laiteux.
Regarder le bleu, tenter de le retrouver
De s’en souvenir,
Mais il a disparu.
Un nuage à la forme d’une méduse passe
S’il pouvait dire Une méduse à la forme de nuage passe,
S’il pouvait dire ceci, le bleu aurait-il reparu ?
La méduse a disparu, elle aussi
Il reste un ciel plus laiteux
Presque une surface blanche
Sur laquelle il aimerait pour la première fois
Dire ce bleu.

 

05.08.2021

Au bout de la ligne 
la mouette
il tire ; rit-elle ? 
Au bout de la ligne
le ciel 
la mer et les vagues
et les coureurs qui passent sur la langue de sable. 
Au bout de la ligne
la mer 
les vagues et l’enfant
et les ricochets que la mer fait dans les yeux de l’enfant. 
Au bout de la ligne
le vent, — vent constant
qui agite ombre comme étendard. 
Au bout de la ligne 
le désir ! le désir !
Et l’homme resté tout le jour s’enfonce dans la mer 
et la jette au plus près du soleil.

 

05.08.2021

Nulle part nulle part 
Mets-le en écho en porte-voix, à la station de bus  

Tout bu jusqu’à la lie
Nulle part

Seuls les emblèmes sur les calandres des voitures me feraient adhérer à l’actualité d’un monde 
Seuls les horaires des bus affichés à la station de bus me feraient croire en l’existence d’un temps   
Seuls l’asphalte et la ligne blanche me feraient croire en l’existence de règles et d’une technologie contemporaine,
Tandis que le soleil descend et que le bus ne vient pas

Nulle part 
Parmi les euphorbes les scabieuses maritimes et les cannes de Provence.

 

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