Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 1 of 29)

Journal des poèmes 

06.06.2024

Viendra l’instant où
la réalité pourra se déchirer d’un trait
D’un très d’un très or
On espère quelques pièces (en plus) ? Mais
on sait que la valeur se situe dans l’instant lui-même
– avant, pendant, après
il pourrait que le rideau noir vous tombe dessus,
Il faudra s’épousseter recommencer –
A moins que l’instant se tienne toujours au seuil de l’instant
que l’on conserverait comme une pièce d’or.

 

09.06.2024

Le mystère du monde pourrait reparaître ;
Il suffit de s’asseoir
Il suffit de s’asseoir
Sur le banc, le second mouvement ne va pas de soi ;
Le personnage est de glaise,
Ouvre à peine l’œil qui se referme.
Mais il sait reconnaître aujourd’hui le chant de la fauvette noire :
Cela se voit à la forme de sourire qui se dessine sur sa tête, tandis que son œil s’ouvre à nouveau avant de disparaître ;
Le chant de la fauvette noire, il fait comme le saltimbanque qui trouverait appui sur l’une et l’autre échasse, pour y grimper, s’y élever jusqu’à hauteur de ciel.
Mais lui le personnage de glaise, qu’y comprendrait-il ? Quelle métaphore filerait-il?
Un « O » peut-être, déjà fort appuyé ;
Il suffit de s’asseoir
Il suffit de s’asseoir,
Deux yeux grands ouverts, c’est déjà pas si mal.

08.06.2024

Mais puisque la poésie ne peut rien dire
Ne peut rien nommer correctement, et nommer quoi ?
Que l’espace est pollué du langage,
Toutes les formes qui se manifestent
(Je ne parle pas des réclames)
Alors il faut abandonner l’idée même d’un mot,
Se contenter d’un sourire,
Parenthèse ; lumineux dans l’obscurité.

 

02.05.2024

Je flotte dans cet espace et je comprends malgré moi la conversation de mes voisins. Il pleut depuis ce matin, depuis hier, depuis toujours dirait-on tant il pleut. Il pleut. J’entends la conversation de mes voisins et je la comprends. Je comprends les phrases. D’un point de vue chirurgical, je comprends leurs phrases. La buée s’accumule sur les vitres du rer. Et le bandeau d’information défile. Je comprends les phrases de mes voisins. Mais je comprends l’espace autre qui s’ouvre aussi. Je comprends l’ordre au-dessus ; que chaque phrase met du sens à l’histoire, au monde au lieu, à chacun. Mais ce n’est pas ça qui est beau à voir. Ce n’est pas ça qui est beau à sentir. C’est l’ordre au-dessus, l’ordre au-dessus qui coule comme le ruisseau coule. C’est ce néant qui est si délicat à sentir, à humer. C’est beau à sentir, à vivre. À ressentir, à respirer. Et mes petits mots qui font des cailloux là-dedans. Et mes phrases qui font comme des algues accrochées à l’instant. C’est beau à sentir, avant de replonger comme la grenouille dans son reflet.

24.04.2024

À nouveau ici
À nouveau ici mais une trop grande concentration un regard trop pressant vers l’objet que je scrute me déplacerait
Je l’ai perdu comme l’enfant qui cherche son parent des yeux, à nouveau là
À nouveau ici
Une inspiration se fait, spontanée 
À nouveau ici
Ce lieu cette latence (où la tête se tient haut) 
Qu’ai-je la chance de ne pas habiter le même corps, de pouvoir habiter parfois la périphérie de la demeure
Et de savoir au fond de soi, de se savoir maçon.

18.03.2024

Les signes ne disent rien. Et pourtant ils se montrent.
Deux trois suffisent pour voir un nuage
Et dans le nuage quelques perturbations à venir.
Comme cette femme qui dans le métro renverse devant moi au moment de se lever le contenu de son sac, et que les capsules de café se mettent à rouler sous nos pieds comme un jet de cauris.
Qu’annonce l’hyménoptère sur la vitre du train ? Rien, lui peut-être.
Malgré tout, il y a ici dans cette rame presque vide un horizon sensible d’océan par lequel je respire
Puis, une femme sur le côté, puis une femme de dos.
La femme est un mystère délicat qui vaut bien quelques nuages.

 

16.03.2024

Que reste-t-il après le poète ?
Il reste un magnolia étoilé fleuri 
Une paire de jonquilles quelques minutes après,
La vinca minor rampante, discrète en pied de pavés
Le chant métallique de la mésange par delà les branches du bouleau
Et l’insatiable merle à la pointe, aux pointes du jour.
Il reste l’homme ;
Et celui que le regard tend vers ces choses
Malgré.

 

10.03.2024

Ne rien faire. Je pense qu’il ne faut rien faire. Je regarderai les choses pousser, se faire. Mais cela, est-ce faire ? Je ne peux rien faire si je fais quelque chose. Je ne ferai donc rien. Je pense qu’il ne faut rien faire. Cela est bon, cela est bon pour soi pour les autres. Et pour la plante ? Que fait la plante dehors en hiver ? Que fait-elle au printemps ? qu’ajouter un peu de vie à sa propre espérance. À quoi servent ses fleurs ? Jouit-elle de les réaliser ? Comprend-elle ce qu’elle fait ? Ressent-elle ? Et nous que ressentons-nous dans notre rien faire ?

10.03.2024

J’ai perdu la magie, 
J’ai perdu le merveilleux. 
Je les voix quand même
Non en souvenir,
Ni petit, ni trop loin, 
Je les vois quand même : 
Ils transpirent de partout.
Pouik pouik la texture ; 
Le mystère est grand. 
Cycle de mort cycle de vie,
C’est la rame numéro 6. 
Sourire un peu quand même 
D’un rire aimable. 

07.03.2024

Nouveau jour, nouveau jour, dirait le refrain de la chanson oubliée.
Je n’ose regarder. Mais si : J’y suis !
Je savoure le temps rétréci, cette seconde,
Comme le coléoptère sa goutte d’eau.
Ciel bleu à portée de doigts,
Ciel bleu à portée de lèvres.  
Alors peut-être – faudra-t-il assembler chaque seconde, chaque morceau chaque récit, d’un instant l’autre, d’un instant l’autre, comme une phrase qui coud.
Et s’en vêtir. 
Nouveau jour, nouveau jour, dit la chanson. 

 

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