Littérature, écriture

Catégorie : WiP

03.08.2020

Le chant de l’oiyeau 

Manger les mots manger le monde
Manger les mots manger le monde
Manger les nuages la terre le soleil les vivants les nages la terre le soleil
l’horizon lon le l’ion le zion rizon mais
Cracher l’oy du s’leil.
Manger macher manger macher
Acher le s’leil les vivants, hacher achat, cheter chever mais où la mets-je l’image maintenant que l’écran fond avec la la neige et le spectacle.
Ondes vertes Ondes vertes Tout va bien !
La peau du poulet cuit, croustèle, et soyons digne de la colère cet autre croq !
La peau croustile, croq et cocorico ne te blesse,
Tout doux le gentil croq : Alors trou va bien.
Macher le mur macher les terres, jou ! et construire des routes et des tours, des routes et des tours, partout partouze de lumière,
et des trous truelles et truies ruelles, des ports et des portes sur nos têtes
pour se cacher du noy de s’leil et de la lune.
Et chacun dans sa tour Et chacun dans sa noue
Et chacun panse Manger mâcher ce qui reste la terre la traire la taire jusqu’à ce que ce qu’il reste c’est le bout de ses doigts de ses droits de ses ongles de ses onges, à cracher le bout de son aile puis c’est l’appeau puis c’est les eaux toutes les os contaminés à les pisser prisser par l’urètre.
Puis il reste quelques pensées parmi les ris parmi les par milliers
parmi les iens parmi les ni parmi les os parmi les ailes parmi les nids, il reste – “Oh”
Mais comment les sembler ?
Ce n’est pas comme la route ou la tour ou le trou où il suffit de truire et de struire
De sangler les mules et de les sembler de formules
De struire et de truire de machiner de Chine et de strousser le monde
Non ce ne sont pas non plus les streumons de ces tiquescientis qui stroquent l’alphabet pour faire des champs des chias des chameaux à tête de chats
et des hommes à tête de porc, ce n’est pas si simple l’amour
Ce n’est pas cracher l’oy du s’leil dans l’mur.
Alors quoi Alors quoi puisque tout est là et puisque plus rien est
Zyeuter le croq et l’aplumir ? faire croi chaque fois que l’autre croq fait sens
ou sucer le roulet du bourlet pour lui faire compagnie ?
N’est-il pas d’autres ien iens pour se faire une chaise avec ou sans trou mais tour honorable ?
Ah
Pour perdre tout espoir il eût fallu manger l’oy du s’leil jusqu’au dernier ieu de la terre
Mais il reste l’oy
Il reste l’oy et le chant d’un oiyeau.

Zombi

Les zombis regardent le monde derrière leurs yeux vitreux, sans rien voir du monde. Il voit le monde à travers ses yeux et se raccroche à la praxis, faute de quoi il ne survivrait pas. Le zombi marche non sans but, mais vers son futur ; le futur qui rassoit sa position, sans quoi la chaise tomberait et son corps. L’objet le reflète. L’objet reflète son corps d’habitudes. Il prend l’objet dans ses mains, se contemple, sourit. Le zombi est satisfait de ce contact. Mettez un zombi devant un arbre. Demandez-lui de caresser l’arbre, de prendre l’arbre dans ses bras, il ne comprendrait pas. Il ne comprend pas. Il tourne la tête vers vous et ne comprend pas. Puisqu’un arbre n’est qu’un arbre. Il ne comprend pas et vous regarde. Le zombi n’a pas de compréhension de la mort, et n’a pas de compréhension de la vie. La mort est une absence. Et hors du corps d’habitude, la vie l’est tout autant. Parfois le zombi, avec ses moyens, s’invente une parure, comme celle d’un bison, et vous lance un sourire. Mais ça ne suffit pas à le rendre humain. Si le zombi marchait sans but, il errerait, du verbe « errer » et non de l’onomatopée rererere, jusqu’à trouver un point d’appui, une coupelle pour y boire n’importe quoi, mais une coupelle qui reflète ses lèvres, qu’elles soient là devant lui ; et que son visage soit bien là entre ses mains, et ses mains bien là sur son visage, et que des pieds soient bien à leur place dans des chaussures, avec les lacets bien faits, et le petit écran allumé dans le salon, et le salon bien dans la maison ; alors j’ai tout, dit le zombi repu qui peut enfin s’asseoir. Et la montre au poignet qu’il tourne pour regarder l’heure.

12.02.2019

Il aurait fallu vendre la fleur avant son éclosion. A présent, elle est esquintée. Mal vendue, mal placée, diront les uns. Manque de pot. Mais d’ailleurs vend-on la beauté ? Vend-on la pitié ? Pour quelle obscure raison achèterait-on une fleur pourrie ? La dernière fois que je traversais le lieu de report et de repos des morts, je découvris dans l’une des poubelles des géraniums encore fleuris par quelques bouts vigoureux. Ils étaient en nombre dans la grosse poubelle et j’en prie une poignée. A-t-on besoin d’acheter la beauté ? Je les plantais dans mon jardin. Ce sont des fières bêtes à présent, au poil soyeux, à la robe délicate qui traversent l’hiver comme des chiens de traîneaux. Braves bêtes.

© 2020 Raphaël Dormoy

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