Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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09.04.2019

Que faire de cette durée, dont nous sommes les passagers 
Au-dessus les flots, au-delà les mers.
Le corps gagne enfin la surface des rêves.
Et qui contemple cette liberté ? 
Cette durée contenue dans le mot-clé : cette durée
Cette durée où l’éternité est un point (franchi)
Cette durée qui passe outre,
Qui se souviendra de la clé ?

23.03.2019

Torches vives, les forsythias alignés sur le boulevard Saint-Marcel
sont les torches du printemps.
Lorsque la lune brillera dans le ciel, 
parmi les galaxies de fleurs des orangers du Mexique, il sera temps de rallumer les étoiles. 
Les corètes du Japon, sur le boulevard Saint-Marcel, exhibent leurs louis d’or devant les promeneurs,  
tandis que le cerisier daigne jeter un pétale à mes pieds.
Diantre, quelle richesse ! 
Le houx garde jalousement ses baies. 
Parmi les jolies passantes, les tulipes rivalisent avec leur robe, plus légère, 
Le boulevard Saint-Marcel offre aussi aux travailleurs du ciel des auberges de saison : Myosotis, muscaris, véroniques, etc.
Le boulevard Saint-Marcel offre plus de richesse qu’une année de labeur ne pourrait contenir 
O hommes, ô nues mains, courez vite sur le boulevard Saint-Marcel planter des lampadaires jusqu’au loin, qui éclaireront les richesses à venir.  

24.03.2019

Le monde ne dit rien 
Et pourtant 
Les cerisiers en fleurs 

18.03.2019

Monde vide, rempli de briques de mondes vides, disposées l’une près l’autre ; de versant en versant. Qu’il est doux de regarder un monde vide, rempli de briques de mondes vides. C’est rassurant. C’est apaisant pour chacun de nous qui vivons dans une brique de monde vide de regarder le monde vide depuis notre brique de monde vide ; comme cela crée la distance nécessaire, le confort absolu. La qualité d’une brique de monde vide s’observe à la qualité de ses contours, et à la qualité de l’espace non vide qu’elle soumet. Qu’il est doux le soir de rentrer dans sa brique de monde vide, d’ouvrir la brique de monde vide, remplie de mondes vides, et de se rafraîchir d’une brique remplie de monde vide. Et de s’endormir. Et de s’endormir jusqu’à ne plus dormir pour de bon. 

04.02.2019

Comme si la page ne se fermait plus ; comme si le livre cessât d’exister. Les mots ne seraient plus que des morceaux, des morceaux de phrase ; des phrases sans adhérence ; comme les rideaux de perles séparant la pièce du jardin : et là serait un piège, cela serait trop simple. Après qu’il eut disparu, on découvrit dans la maison, dans les torchons, partout dans les draps, dans les vêtements, partout où un morceau de tissu subsistait, des milliers de phrases, grouillantes, certaines de la taille d’un pouce, d’autres longues, si longues, qu’on les tirait des murs blancs, comme si ces dernières s’y plongeaient instinctivement, quoiqu’aveugles. Et ici là des cadavres de lèvres, de rêves, et de lettres, dans les poussières. Heureusement, tout ça est mort depuis longtemps.

21.01.2019

Certaines fois, l’envie subite et subie me prend de disparaitre. Non pas me cacher, mais disparaître. J’éteins la lumière, je ferme la fenêtre, et je me mets sous la couette. Bon dieu, quelle drôle de vie ! Mais je ne disparais pas. En même temps, si je disparaissais, qui donc éprouverait ce besoin ? D’ailleurs est-ce peut-être un dieu subtil, une muse maligne, qui m’ordonne, au milieu de ma journée, d’éprouver cet état ? pensant trouver en moi un hôte suffisamment généreux et intrépide pour l’accueillir ? Et chaque fois qu’une telle adversité se manifeste, ma seule envie est de disparaître. Je me lève de mon bureau, j’éteins la lumière, je ferme la fenêtre, puis je tire ma couette espérant mon lit comme dans une valise à double fond.

28.12.2018

Il y a peut-être, toujours, ce désir renouvelé
de voir les choses 
des prisons
nous nous infligeons des prisons, 
certains se les infligent avec un grand jardin, d’autres avec un espace minuscule, 
nous allons d’une prison à l’autre, en attendant la délivrance ,
si ça se trouve, nous pourrions nous retrouver circonscrits à un point 
après la mort, 
ou, enfermés dans le rien, 
ce qui serait le comble de l’ironie.

13.12.2018

Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à
Comme la part de l’ange 
ou le cadavre minuscule.

25.11.2018

Peut-on penser la production d’un écrivain, dont les textes, dont les phrases, dont chaque ligne, iraient inaperçus ? Comme si l’oeuvre se faisait en deçà de la page, et que les pas se confondaient avec le bruit, sans être audibles. La page serait alors une sorte de sanctuaire dans l’espace foulé, lumineuse et blanche, et métaphore totale de l’espace habité. De l’écrivain, il ne resterait rien si ce n’est dans la promiscuité des textes la manifestation de cet espace où le monde continuerait à circuler, librement, où les pas iraient dans des directions, et selon des pentes, qui échapperaient à la prédation du regard. Et cette page se réaliserait en tout lieu, en tout monde, en chaque instant. On fréquenterait cet espace par incidence, sans le rencontrer vraiment, avec la ferme conviction ou le génie de croire que cet espace fut, non pas nécéssaire mais, vital.   

Livre pauvre réalisé avec Ursula Caruel

Livre pauvre réalisé avec l’artiste Ursula Caruel 
Son titre serait un poème, Gaufrage et linogravure 


Son titre serait un poème – « Le réel est subversif, dis-tu. Comme les fleurs. Tu aurais aimé tout contenir, dis-tu. Comme la branche. Tant pis pour ce qui déborde, soupires-tu. Tu t’émerveilles des morceaux de feuilles que ta main contient, parmi des tickets de métro, et des fourmis, trouvés au fond des poches. C’est déjà beaucoup, dis-tu ; et peu, en levant les yeux. Tes yeux se ferment. L’issue est dans les rêves, dis-tu. On suppose un monde. Le jour comprendra. »  Comme les fleurs, 7 avril 2018.

Livre pauvre – Six exemplaires numérotés 

Site de l’artiste Ursula Caruel : http://www.ursulacaruel.com/

Livre pauvre – Son titre serait un poème – Raphaël Dormoy et Ursula Caruel

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