Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

Category: Non classé

28.01.2019

Le tabouret n’a pas changé de place
À moins qu’une autre personne s’en soit saisie
Pour le remettre au même endroit.
L’endroit n’est pas fait pour s’asseoir,
mais l’endroit est un peu plus loin du passage.
En ouvrant un livre, à cette place, le lecteur ferait l’expérience 
d’une ligne  qui sépare le lecteur du dehors,
– Et peut-être le lecteur éprouverait-il ce dehors ? –
Cependant qu’en levant les yeux, il verrait un point sur la vitre 
qui lui rappellerait l’existence même de la vitre 
dans laquelle le monde est écrit qu’il est écrit.

28.12.2018

Il y a peut-être, toujours, ce désir renouvelé
de voir les choses 
des prisons
nous nous infligeons des prisons, 
certains se les infligent avec un grand jardin, d’autres avec un espace minuscule, 
nous allons d’une prison à l’autre, en attendant la délivrance ,
si ça se trouve, nous pourrions nous retrouver circonscrits à un point 
après la mort, 
ou, enfermés dans le rien, 
ce qui serait le comble de l’ironie.

13.12.2018

Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à
Comme la part de l’ange 
ou le cadavre minuscule.

25.11.2018

Peut-on penser la production d’un écrivain, dont les textes, dont les phrases, dont chaque ligne, iraient inaperçus ? Comme si l’oeuvre se faisait en deçà de la page, et que les pas se confondaient avec le bruit, sans être audibles. La page serait alors une sorte de sanctuaire dans l’espace foulé, lumineuse et blanche, et métaphore totale de l’espace habité. De l’écrivain, il ne resterait rien si ce n’est dans la promiscuité des textes la manifestation de cet espace où le monde continuerait à circuler, librement, où les pas iraient dans des directions, et selon des pentes, qui échapperaient à la prédation du regard. Et cette page se réaliserait en tout lieu, en tout monde, en chaque instant. On fréquenterait cet espace par incidence, sans le rencontrer vraiment, avec la ferme conviction ou le génie de croire que cet espace fut, non pas nécéssaire mais, vital.   

Livre pauvre réalisé avec Ursula Caruel

Livre pauvre réalisé avec l’artiste Ursula Caruel 
Son titre serait un poème, Gaufrage et linogravure 


Son titre serait un poème – « Le réel est subversif, dis-tu. Comme les fleurs. Tu aurais aimé tout contenir, dis-tu. Comme la branche. Tant pis pour ce qui déborde, soupires-tu. Tu t’émerveilles des morceaux de feuilles que ta main contient, parmi des tickets de métro, et des fourmis, trouvés au fond des poches. C’est déjà beaucoup, dis-tu ; et peu, en levant les yeux. Tes yeux se ferment. L’issue est dans les rêves, dis-tu. On suppose un monde. Le jour comprendra. »  Comme les fleurs, 7 avril 2018.

Livre pauvre – Six exemplaires numérotés 

Site de l’artiste Ursula Caruel : http://www.ursulacaruel.com/

Livre pauvre – Son titre serait un poème – Raphaël Dormoy et Ursula Caruel

22.05.2018

Je marche pour rester vivant. Je vais d’un point vers l’autre. Le monde se disloque; le monde est un terrain de jeu: sortir de ses frayeurs. Sans quoi, je finirais comme le monde, dans une cage à poules. Ce sont d’abord des cris, de révolte ou d’indignations. Ensuite c’est le silence. Puis la dislocation. La dislocation prend du temps. Personne ne se rend tout à fait compte. Même si une chose étrange traverse l’esprit, les corps, les villes, semble s’être posée, sans être visible, une chose que les gens traversent, puis contournent. Marchant dans la rue, on ne se rend pas compte. Pas plus que le soleil se souvient de nous. Non le soleil qui vous rôtit la peau, mais celui qui fraie à l’ombre, parmi les herbes que le fruit la fleur contiennent. Bien sûr, ce n’est pas évocateur. C’est comme une pomme, une tomate, une mandarine, ça se croque, c’est tout. 

07.04.2018

Le réel est subversif, dis-tu. Comme les fleurs. Tu aurais aimé tout contenir, dis-tu. Comme la branche. Tant pis pour ce qui déborde, soupires-tu. Tu t’émerveilles des morceaux de feuilles que ta main contient, parmi des tickets de métro, et des fourmis, trouvés au fond des poches. C’est déjà beaucoup, dis-tu ; et peu, en levant les yeux. Tes yeux se ferment. L’issue est dans les rêves, dis-tu. On suppose un monde. Le jour comprendra.

Haïkus (extrait)

Le haïku est une forme qui m’accompagne
D’ici et là, quelques haïkus

allons donc mes yeux
quoi donc les fermerait
sinon le soleil

les gouttes de pluie
le silence en la vallée
se décline en gouttes

le chant d’un pinson
fait vibrer dans la vallée
les premiers rayons

la cuisson du soir
le chant de ma compagne
le son de sa lime

le cours du ruisseau
se détache de sa branche
et tombe dans l’eau

nuit orageuse
les insectes dans la nuit
montent d’un cran

son beau cerisier
il n’a rien donné, dit-elle
à celui qui l’admire

simplement vêtu
de sa tenue d’hiver
le vieux poirier

anodin, dis-tu
ses bourgeons côtoient la lune
au cœur de l’hiver

© 2019 Raphaël Dormoy

Theme by Anders NorenUp ↑

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils