Littérature, écriture

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18.10.2020

Arrêter, mais si j’arrêtais.
J’ai peur. C’est exquis. Je ralentis.
Il ne reste plus que le principe d’inertie qui me porte encore dans mon pas.
Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
Méfions-nous de ces arrêts brutaux qui remettent en marche le moteur.
Arrêter. Le fil de l’histoire se distend.
Chaque émergence de discours pourrait être un presque étonnement, mais il reste un fond de cale.
Arrêter, laisser les signes se détacher.
Les montrer or,
comme les feuilles du févier d’Amérique.
Mais pourtant, le monde m’emporte dans sa course, à nouveau.
Et je rêve d’un banc volant.

 

09.09.2020

Ina —
Les nuages eux-mêmes ne bougent plus 
Ina —
Les corps sont des masses qui déplacent l’air chaud 
Ina —
Un, deux, trois corps 
Ina —
Les arbres pas ceux dont les feuilles ont péri 
Ina —
tous les arbres sont en alerte 
Ina —
Les rues sont vides 
Ina —
La corneille tire le bec
Ina —
Les volets sont clos. 

 

03.08.2020

Le chant de l’oiyeau 

Manger les mots manger le monde
Manger les mots manger le monde
Manger les nuages la terre le soleil les vivants les nages la terre le soleil
l’horizon lon le l’ion le zion rizon mais
Cracher l’oy du s’leil.
Manger macher manger macher
Acher le s’leil les vivants, hacher achat, cheter chever mais où la mets-je l’image maintenant que l’écran fond avec la la neige et le spectacle.
Ondes vertes Ondes vertes Tout va bien !
La peau du poulet cuit, croustèle, et soyons digne de la colère cet autre croq !
La peau croustile, croq et cocorico ne te blesse,
Tout doux le gentil croq : Alors trou va bien.
Macher le mur macher les terres, jou ! et construire des routes et des tours, des routes et des tours, partout partouze de lumière,
et des trous truelles et truies ruelles, des ports et des portes sur nos têtes
pour se cacher du noy de s’leil et de la lune.
Et chacun dans sa tour Et chacun dans sa noue
Et chacun panse Manger mâcher ce qui reste la terre la traire la taire jusqu’à ce que ce qu’il reste c’est le bout de ses doigts de ses droits de ses ongles de ses onges, à cracher le bout de son aile puis c’est l’appeau puis c’est les eaux toutes les os contaminés à les pisser prisser par l’urètre.
Puis il reste quelques pensées parmi les ris parmi les par milliers
parmi les iens parmi les ni parmi les os parmi les ailes parmi les nids, il reste – “Oh”
Mais comment les sembler ?
Ce n’est pas comme la route ou la tour ou le trou où il suffit de truire et de struire
De sangler les mules et de les sembler de formules
De struire et de truire de machiner de Chine et de strousser le monde
Non ce ne sont pas non plus les streumons de ces tiquescientis qui stroquent l’alphabet pour faire des champs des chias des chameaux à tête de chats
et des hommes à tête de porc, ce n’est pas si simple l’amour
Ce n’est pas cracher l’oy du s’leil dans l’mur.
Alors quoi Alors quoi puisque tout est là et puisque plus rien est
Zyeuter le croq et l’aplumir ? faire croi chaque fois que l’autre croq fait sens
ou sucer le roulet du bourlet pour lui faire compagnie ?
N’est-il pas d’autres ien iens pour se faire une chaise avec ou sans trou mais tour honorable ?
Ah
Pour perdre tout espoir il eût fallu manger l’oy du s’leil jusqu’au dernier ieu de la terre
Mais il reste l’oy
Il reste l’oy et le chant d’un oiyeau.

27.07.2020

L’olivier regarde la colline  
Il se penche 
Les prêtresses du temps les cigales s’activent depuis le jour
qui prend fin ce soir.  
Ici chacun s’affaire
Même si le temps n’existe pas. 
Tous les jours ont été ôtés, te souviens-tu?  
Ici, rien ne fait rien.
Et si l’olivier porte encore son nom 
Est-ce peut-être en forme de troc avec celui qui regarde.  

 

13.03.2020

Cesse de marcher comme si quelque chose te poursuivait.
Vois, l’azur autour de toi,
Le ciel bleu sous tes pieds,
Même les nuages. Et tous ces voyageurs qui encombrent ta route,
Ne sont-ils pas des rochers, dont la biquette agile à laquelle tu ressembles,
se joue ?
Allons donc. Ne te presse pas,
Ni d’un fil, ni vers l’autre.
Sois le funambule de l’azur,
Il suffit de mettre un pied devant l’autre. 

07.01.2020

Une phrase, une seule phrase s’échappe. Une toute petite phrase qui se fait discrète dans un trou d’air. Une phrase qui voudrait vivre sa liberté de phrase. Une petite phrase qui voudrait vivre phrase. Une phrase qui vivrait la nuit. Une phrase qui s’arrêterait. Comme si de rien n’était. Tremblante : jetant ici et là de la poudre de phrase… Une phrase qui saurait se fondre dans le paysage. Une phrase qui saurait se couper en deux. Et se régénérer. Une phrase qui irait toujours plus vite que n’importe quelle autre phrase. Une phrase capable de perdre sa lettre, de se transmuer, de devenir phasme par exemple. Une phrase qui se dresse. Une phrase capable de se terrer d’un trou. Un phrase au fond d’un trou dans lequel nul ne pourrait se glisser. Une phrase capable de miroiter le soleil. De réfléchir une présence. Une phrase capable de faire tourner en rond celui qui la chercherait, jusqu’à ce qu’il se perde lui-même dans la phrase. Une phrase sans attache, sans besoin. Une phrase qui tomberait de la langue chaque fois qu’on voudrait la dire. Une phrase qui vivrait dans l’oreille.  Qui sortirait quand ça lui chante. Une phrase qu’on aurait au bout des doigts, comme un couteau, comme un compte suisse. Une phrase libre. Une phrase qui n’aurait pas peur du vide.  Une phrase.

01.01.2020

Ralenti… Ralenti !
Nouveau jour, nouvelle aube : Profites-en.
Tu n’avais rien vu, n’est-ce pas ? 
Ralenti ! Ralenti encore.
(Quelle que soit la fin, nous la toucherons.)  
Écoute. Quel est ce chant ? 
Les mésanges charbonnières, leur voix :
L’ici-bas et l’au-delà”, “l’ici-bas et l’au-delà”
Les marronniers dans le ciel blanc montrent l’heure blanche.
Élevons-nous, élevons-nous encore.
Le merveilleux, ce pétiole entre les limbes et le monde. 
Les roulettes des sacs font que j’adhère encore,  
La chute s’annonce merveilleuse au clair de l’hiver. 

10.12.2019

J’avais perdu le sens premier des mots. C’est peut-être pour ça que je restais silencieux au seuil de leur habitat, comme un étranger resté sur le seuil éclairé d’un commerce de quartier, nocturne et animé. Un étranger dans une position silencieuse, au point de devenir soi un objet nomade et nommable. Comme un lampadaire. Ou comme une cuillère. Comme un banc vide. Ou comme un banc. Ou comme un clochard. Ou comme un attaché-case. Comme une veste. Ou un comme un ministre. Ou comme un débit dans le caniveau. Mais jamais un homme. Jusqu’à oublier la façon de “le” nommer. Ou de “l”‘écrire. Mais un mot. Un unique mot est apparu. Un mot imprimé sur une page. Je n’aurais jamais pensé embrasser une étoile. Ou découvrir une quelconque chute. Mais ce mot m’est apparu. Dans une bouche incapable de le porter Au-delà des rêves Au-delà des lèvres. 

01.10.2019

Je suis dans le métro 
Dans le rame, les yeux sont désoeuvrés, inquiets.
“Où vais-je après ?” 
La porte des mondes s’ouvre,
La porte des mondes s’ouvre et se ferme.
“Où vais-je après ?” 
La porte des mondes se ferme, les tracas ont repris le dessus 
Elle s’ouvre quand tout s’arrête de penser. 
“Où vais-je après ?”
“Où vais-je après ?” est une destination,
Un chemin en soi — un boulevard.

C’est un chemin ouvert dans la nuit,
Mon sourire fait des étincelles.

 

26.05.2019

Je vais plus vite à pied que la file des voitures,  
Mais,  je préfère ralentir, — jouer : avec la lumière : jouer avec le monde.
Franchement, je n’avais pas vu tout cet or à portée de richesse,  
maintenant que le monde parle, qu’il s’ouvre comme fleur,
je vais devoir ralentir — encore et en corps. 
Je tourne, je tourne et je descends l’avenue du Maine,
Je préfère rouler plutôt que de marcher ;   
Aurais-je un jour la grâce et la sagesse d’un arbre ?

 

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