Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

14.01.2022

Rien rien
Ôter la pierre mais pas la pierre
Toute trace, la décoller et tenter de s’en débarrasser les doigts même si ça colle
il y en a partout sur les yeux la bouche
Rien rien
Mais ils sont comme l’oiseau
De pierre en pierre de décharge en décharge ils reviennent
Écouter le bruit quand on rapproche l’oreille du paysage : être ce trou d’air dans le paysage  
Mais après, qu’a-t-on découvert ?
Le soleil.

28.10.2021

Dans quelque temps, je m’allongerai dans ce corps et je ne me réveillerai pas. Voici la destination. Il n’y a plus de sujet à se faire, ni d’angoisse ni de mouron. Alors chaque jour, chaque heure : pourquoi nous presser. J’arriverai tôt ou tard et nous n’aurons même pas le loisir de trinquer à cette victoire. Trinquons avant, chaque jour, de tout notre saoul. Et si tant est que le plateau qui porte la coupe soit trop lourd, rendons-nous tout légers, sans nous rendre coupables du poids. Prenons la vie comme elle est, comme elle vient, comme un ciel. Ni l’arbre ni le ciel ne diront rien de l’envol. 

27.10.2021

Des mots ? Ce sont les murs, mais je vois le ciel.
Combien traverserai-je le pont ?, encore une fois.
J’écris le poème dans le tunnel.
D’autres s’adressent à leurs amis, comme pour maintenir le pont entre les deux falaises,
Mais moi, à qui écris-je ?
Quelle espérance est-il à tracer ces mots ?
Quelle espérance, alors que tout va vers le silence.
Les mots sont presque plus fragiles que d’habitude ;
Ils se casseraient à les prononcer facilement.
Est-il une lettre encore que je puisse mettre dans ce poème.  

22.10.2021

Comment savoir si j’y suis ?
Y suis-je vraiment  ?
Ne me suis-je pas raconté des histoires ? une espérance  ? 
Y suis-je vraiment ?  Ça me paraît, net comme la lentille à l’exacte distance de la feuille et du silence 
Mais alors ? Mais alors, il n’est plus rien à faire
Et l’espérance est un arbre d’abondance.
Il faut tailler les branches, certes.  

 

19.10.2021

À quoi à quoi bon ?
Tout est là, derrière les mots.

Derrière les mots.
Faire varier le brûleur qui éclaire, certes
Mais tout est là.
Alors à quoi bon,
Tout est là.
Ça fait quand même un qui se pose
Ça n’éclaire pas le ciel.
Un qui se pose pour dire quoi :
Tout est là
Tout est là ? Tout est là.
C’est le cil brossé sur la note musicale : tout est là.

Comme une oreille derrière la paupière.

Mais il faudrait voir les yeux rouler sur l’asphalte,
les voir bondir et sauter, les yeux de verre.

Mais non.
Tout est là.

16.10.2021

S’asseoir dans le parc
Ne rien savoir.

Même si je suis assis devant le magnolia,
Même si le magnolia sort de l’arbre,
Quoi pourrait sortir de cet innommé ?

J’aimerais moi aussi sortir, et m’asseoir là
comme un arbre
– Le soleil décline,
Le soleil se lève -, – à vie.

Dans l’allée le chien poursuit sa nature de chien
Mais l’homme ? 

Dans l’allée, j’ai rencontré une fleur.
Mais l’émotion ne dit rien,
ni de l’émotion ni de la fleur

Si je nomme pas, suis-je normal ?

Pourquoi poser une durée qui se gomme.

 

14.10.2021

À chaque instant, quelque chose peut survenir
Une tangente,
Comme la mise qui trouverait sur le tapis du casino son numéro gagnant.
Mais alors de manière fortuite. Comme une main géante posée, là.
Ou alors l’esprit se laisse embarquer par toutes ces machines brulantes et brillantes et se perdrait jusqu’à l’aube.
Certes la mort pourrait surgir aussi, mais à quoi bon y penser.
Quelque chose pourrait surgir à chaque parti pris de paupière.
Le papillon le sait-il ? dans son air alambiqué ?
Oui, ici – dans cette rame qui dessert toutes les gares,
Le meilleur comme le pire.
À cette adresse tout se sait,
Tout est signe, et phrase en découverte.
Il n’est rien à faire, sinon éclore.

12.10.2021

Entre la poisse et la poésie, il est une voyelle.
Il faudrait changer une consonne, et la déplacer
comme on déplace un meuble dans une chambre.
Non dire que la poésie m’ait conduit là
mais la vie ressemble à une serpillère, et la vie est un exercice d’équilibre.
Je rêverais d’être posé à présent comme un meuble,
Retirer les deux voyelles du moteur, et la contempler au milieu de la pièce, posée là,
comme une pièce de musée. Avec mon fils au réveil.
La vie me semble être une parenthèse dans laquelle si je regarde le passé
nulle trace réside. Et avant quelques souvenirs d’enfant,
d’enfance, dispersés ça et là comme des vêtements froissés, mal rangés.
Parfois, l’esprit voudrait imposer sa loi au corps. Mais ce matin
Comme hier matin, comme hier matin matin, le corps vibre et les cellules font des carillons.
Alors il faudra laisser l’esprit au vestiaire, encore une fois. 

09.10.2021

Et si l’objet n’était-il pas de laisser
un simple clin d’oeil

Un clin d’oeil suffisamment subversif
pour laisser trace,
mais que la sienne s’efface.

Un clin d’oeil à l’orée du visible,
à la croisée des jardins

Comme on se retourne, mais que le porteur,
que le messager du sourire, ait disparu.

Ah mon dieu, quel champ neuf
Quelle responsabilité,
Comme un ciel que l’oisillon regarde.

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