Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

18.10.2020

Arrêter, mais si j’arrêtais.
J’ai peur. C’est exquis. Je ralentis.
Il ne reste plus que le principe d’inertie qui me porte encore dans mon pas.
Jardin du Luxembourg ou ailleurs.
Méfions-nous de ces arrêts brutaux qui remettent en marche le moteur.
Arrêter. Le fil de l’histoire se distend.
Chaque émergence de discours pourrait être un presque étonnement, mais il reste un fond de cale.
Arrêter, laisser les signes se détacher
Les montrer or
comme les feuilles du févier d’Amérique.
Mais pourtant, le monde m’emporte dans sa course, à nouveau.
Et je rêve d’un banc volant.

 

12.10.2020

Je me mets toujours côté mer
même si c’est la Seine
même si c’est le tunnel
Ah, la Seine
Les loupiotes du tunnel éclairent mon intérieur
les sièges rose fuchsia égaient l’instant
et les langues dans le haut-parleur livrent une pointe exotique
Ah, la Seine
Je me prépare à la joie
Je me mets toujours côté mer
Je me fais bercer par le tétum tétum des rames
par l’océan qui se déverse dans mon oreille
Une histoire traverse un livre,
mais la rame, que charrie-t-elle ?
Le train sera sans arrêt jusqu’à Juvisy,
c’est écrit, dit la voie
Oh ciel, oh mer, oh charité,
oh clarté.

 

11.09.2020

J’avais oublié. 
La lumière revient de manière intermittente.
Je me rends compte à nouveau m’être trompé d’espace. 
J’y suis.
Les phrases sont comme l’espérance d’amadouer l’oiseau, 
De le toucher des yeux, une fois encore ; 
Comme la flammèche que le corps protège.
Ici, rien de terrible ne pourrait arriver, 
si ce n’est le sourire et l’impossibilité de dire.  
J’y suis.
Cette phrase que je déroule comme une corde me lie encor à ce monde
de manière certaine. 
Pourquoi ne pas y rester ? 

                                             (le poème du ter)

18.08.2020

« Celui qui jouit de la lumière,
Celui qui jouit de la beauté
Celui qui jouit d’être là. »

À vous écouter,
je continue de m’enfoncer dans la terre.

Je ferme les yeux pour être sûr de recouvrer un instant la vue.
Jusqu’où puis-je descendre ?

Un instant, je me souviens être nulle part.

Et que cette superposition d’espaces, de temps, de mémoire,
est l’agencement d’un monde habitable, où chaque illusion est à sa place.

Et l’agencement de l’oiseau avec son vol d’oiseau.
Et la cloche de l’église a peut-être plus de proximité avec le tilleul qu’elle n’en a avec le temps ou qu’avec ce village.

J’ouvre les yeux sur un monde dont je crois être familier, 
mais dont l’exactitude et l’étrangeté m’échappent.  

 

12.08.2020

Si tu as peur, sois rassuré. 
Tu as déjà connu cette peur, et des plus profondes. 
Si tu as peur, c’est que la roue tourne encore. 
Cette roue, va-t-elle où tu le souhaites ? 
N’eus-tu pas préféré qu’elle reste immobile ? 
Que d’efforts pour si peu.  
Il faut accepter ce qu’elle déplace de poussière,
de boue, et que le paysage qui se reflète,  qui se forme dans la trace, 
soit celui des canopées et de formes nouvelles. 
Les rêves y sont vivants et vivaces,
archaïques, et contrastent avec la portée des jours.

 

03.08.2020

Le chant de l’oiyeau 

Manger les mots manger le monde
Manger les mots manger le monde
Manger les nuages la terre le soleil les vivants les nages la terre le soleil
l’horizon lon le l’ion le zion rizon mais
Cracher l’oy du s’leil.
Manger macher manger macher
Acher le s’leil les vivants, hacher achat, cheter chever mais où la mets-je l’image maintenant que l’écran fond avec la la neige et le spectacle.
Ondes vertes Ondes vertes Tout va bien !
La peau du poulet cuit, croustèle, et soyons digne de la colère cet autre croq !
La peau croustile, croq et cocorico ne te blesse,
Tout doux le gentil croq : Alors trou va bien.
Macher le mur macher les terres, jou ! et construire des routes et des tours, des routes et des tours, partout partouze de lumière,
et des trous truelles et truies ruelles, des ports et des portes sur nos têtes
pour se cacher du noy de s’leil et de la lune.
Et chacun dans sa tour Et chacun dans sa noue
Et chacun panse Manger mâcher ce qui reste la terre la traire la taire jusqu’à ce que ce qu’il reste c’est le bout de ses doigts de ses droits de ses ongles de ses onges, à cracher le bout de son aile puis c’est l’appeau puis c’est les eaux toutes les os contaminés à les pisser prisser par l’urètre.
Puis il reste quelques pensées parmi les ris parmi les par milliers
parmi les iens parmi les ni parmi les os parmi les ailes parmi les nids, il reste – “Oh”
Mais comment les sembler ?
Ce n’est pas comme la route ou la tour ou le trou où il suffit de truire et de struire
De sangler les mules et de les sembler de formules
De struire et de truire de machiner de Chine et de strousser le monde
Non ce ne sont pas non plus les streumons de ces tiquescientis qui stroquent l’alphabet pour faire des champs des chias des chameaux à tête de chats
et des hommes à tête de porc, ce n’est pas si simple l’amour
Ce n’est pas cracher l’oy du s’leil dans l’mur.
Alors quoi Alors quoi puisque tout est là et puisque plus rien est
Zyeuter le croq et l’aplumir ? faire croi chaque fois que l’autre croq fait sens
ou sucer le roulet du bourlet pour lui faire compagnie ?
N’est-il pas d’autres ien iens pour se faire une chaise avec ou sans trou mais tour honorable ?
Ah
Pour perdre tout espoir il eût fallu manger l’oy du s’leil jusqu’au dernier ieu de la terre
Mais il reste l’oy
Il reste l’oy et le chant d’un oiyeau.

26.07.2020

Le livre est posé sur la table
Que dirais-je de plus ? Que puis-je dire de plus.
Le chemin est ardu.
À y voir de près, il se passe même de chemin.
Le livre est posé sur la table.
Les noix et les amandes sont posées dans l’écuelle.
Il me souvient un morceau de mon rêve.
Les noix et les amandes et l’écuelle.
Les noix et les coques de noix, l’écuelle et la coque.
Le livre est posé sur la table à côté de l’écuelle.
Que se passerait-il si le fil des cigales sautait ?
C’est une vieille machine à coudre, une Singer 191B,
et parfois le fil s’ôte ;
Bien mouiller le bout, l’enfoncer dans le chas.
Et, dois-je garder les tourterelles qui s’essaient sans effet ?
Et que faire de ce que la pensée laissera dans la nuit faute d’avoir su la toucher ?
Si j’enlevais le vent, si j’ôtais la cigale, si j’enlevais la mer, et si j’ôtais la colline,
et si j’ôtais la cloche du village, et si j’ôtais le reste, tout le reste, il resterait l’écuelle, l’écuelle en terre cuite, qui contient l’écuelle et la table, les noix et les amandes, le vent et les collines, la mer et les cigales, et tout ce qui m’invite à cet instant à me taire et me recueillir en elle.

27.07.2020

L’olivier regarde la colline  
Il se penche 
Les prêtresses du temps les cigales s’activent depuis le jour
qui prend fin ce soir.  
Ici chacun s’affaire
Même si le temps n’existe pas. 
Tous les jours ont été ôtés, te souviens-tu?  
Ici, rien ne fait rien.
Et si l’olivier porte encore son nom 
Est-ce peut-être en forme de troc avec celui qui regarde.  

 

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