Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

21.05.2019

Je prends mon risque,
Je suis dans la poésie
C’est plus casse-gueule que le langage
(Certains se vêtent avec élégance,
d’autres prennent ce risque)
C’est plus casse-gueule que le langage :  
Le vertige le mot, le mot le vertige ; 
Je prends ce risque au quotidien
je suis assis dans le RER ;
C’est comme un guépard assis dans un RER 
Vous le trouvez assorti au tissu
Mais ça s’arrête là
C’est pareil pour le siège. 

20.05.2019

Dehors, les sirènes hurlent. Je me souviens de ce même instant, il y a dix ou douze ans. Mais, il y a dix ou douze ans, mon lit était de l’autre côté. Et ce n’est pas les sirènes qu’on écoutait, mais des manifestants. Il y avait cette idée de mouvement dans les voix des sirènes comme dans celle des manifestants. Je me souviens qu’à l’époque mes préoccupations étaient autres, et concernaient la durée d’un haïku et la durée d’une vie. Il reste entre les plis du sol des morceaux de papier qui quand on les ouvre sont des morceaux de rêves, des préfabriqués, en deçà desquels s’ajoute une autre vie, à l’identique, plus décontractée. Je suis dans la même pièce, à dix années d’écart, ou douze. Dehors les sirènes n’arrêtent pas de hurler. Je pose un oeil sur la branche du houx. 

19.05.2019

Je m’an . cre 
Je m’enra . ce 
Je veux
Je bran che 
J’éclos 
Je . clo . che 
Je bran che 
Je tou che
Je bran che  
Je tou . che 
Je . che
Tout est dans les 
Je chut . e 

18.05.2019

Ancré jusqu’au fond, sans autre choix. Les feuilles autour du parc sont en effet blanches. Et dedans, si je fouille vraiment, ce sont des prospectus. Même la boîte à livres est pleine de prospectus. Les uns emportent les prospectus que les autres ont rangés dans la boîte à livres plutôt que dans la poubelle. Je suis dedans. Je n’ai pas d’autres choix. Je n’ai pas l’espace pour écrire un poème. Au contraire, je m’enracine. Le parc semble être tombé de ces pages suspendues — nettement blanches. Les lettres ont disparu. Il reste un parc. Il reste un livre blanc, il reste le monde. Je m’enracine et je croîs. Je ne peux rien dire.  Seule ma forme serait langage.

23.03.2019

Parmi les corètes du Japon
Les moineaux en fleur 
Font belle figure 

 

L’homme pressé

L’homme marche pressé. Pressé par quoi ? Est-il amoureux ? Ça ne se voit pas. Ni sur son visage ni sur son cœur. Il est pressé. Il tient une vitre. Ses lèvres sont pressées sur la vitre, dirait-on ; ainsi que son corps, poussé par une force non visible, cependant intacte. Pressé par quelle demeure ? Quels fils autour de lui seraient tendus, pour le faire voltiger ? Pourtant cet homme ne se rend pas au travail. Il n’a pas non plus de pédigrée, ça se voit. Il n’est ni chirurgien-dentiste, ni fleuriste (les bouquets, ça presse). Par quoi cet homme serait-il pressé, préoccupé ? lui qui semble éloigné de tous soucis, de toutes contraintes (il marche vide). Plus il se presse, plus son visage est écrasé dans la vitre qu’il tient dans ses mains. On a mal pour lui. Par quel mystère cet écrasement procède-t-il ? Comme ce monsieur s’épuise et s’agace à vouloir s’écraser la joue, le nez, la langue, les dents dans la vitre, il fait de drôles de mouvements, de côté avec ses bras, de côté avec ses jambes, comme s’il tentait de contourner l’obstacle, ou de forcer cette vitre, qu’il tient fermement dans ses mains. J’ai mal pour lui. J’accours. Il s’enfuit. Je m’approche. Quoi, me répond-il. Je reprends. Mais enfin, me répond-il ! que me voulez-vous, fait-il, en ôtant ses bouchons d’oreille. C’est pas bientôt fini, hurle-t-il. J’en ai mal aux tympans. Vous n’entendez pas ? Il pose sa vitre. Vous n’entendez pas comme le monde autour de nous est calme ? — totalement silencieux. Moi, ce n’est pas que je fais la sourde oreille, mais j’ai mal aux oreilles. Je réponds oui, sans trop m’entendre. Malheureux, dit-il, vous n’entendez rien ! Sinon ah, sinon ah, vous brilleriez d’un autre éclat, d’un autre éclat dans vos yeux : ça se verrait. Et vos poumons se gonfleraient de joie, vous seriez comme un crapaud boldèque (c’est pour l’image, fait-il en roulant des yeux). Oui ! Et de la poussière jaillirait de vos doigts, de la poussière d’or, fait-il en levant les mains, en agitant les doigts. Ses ongles étaient tout sales. Je jardine, dit-il. Je fais pousser des patates, dit-il, d’un clin d’œil si appuyé que ses deux yeux se fermaient ensemble. Je compris que c’était peut-être sa manière légère à lui de battre les paupières. À présent j’y vais. J’y vais, j’ai fort à faire, dit-il en sus.  Ce « fort à faire » me fit l’effet d’une bouteille. A la mer. Avec ses remous. Je fus pris d’un gros chagrin. Allons. Ses yeux s’ouvraient dans le loin. Il lécha ses mains, me les serra, remis son bouchon d’oreille, leva sa vitre et la porta à son reflet (vérifia les microrayures, souffla, souffla bien) et, furieusement s’écrasa le visage sa bouche son nez dessus et se remis en route, plus pressé que jamais.  

3 mai 2019 

13.05.2019

Les lierres me sauvent. Déjà, rien qu’un livre. C’est la promesse d’une présence, d’un paysage, d’une narration, d’un corps. J’ai même glissé un livre dans un autre livre. À côté de mon lit, plutôt que de les entasser pêle-mêle sur l’étagère. Oui, un livre dans un autre livre. J’ouvre la page, il est un livre. J’ouvre l’autre page, il est un livre. Les soucis de demain sont à présent loin. Ils sont une page, deux lignes annotées, dans un livre quelconque.

29.04.2019

Derrière la vitre, un autre monde ; un autre monde luit. 
Je suis allongé. 
Pourtant, si j’ouvrais la vitre, pour m’y rendre,
je passerais de l’autre côté, dans le monde ancien ; 
dans le monde ancien que mes pas arpentent chaque jour, chaque matin.
Il faudrait que cet autre monde entre ;
comme il entre à cet instant ;
autre monde, auquel j’appartiens pleinement.

27.04.2019

un papillon seul 
bien seul dans le jardin 
un papillon quand même

21.04.2019

l’arbre de Judée 
en fleur, brise le charme
des soucis sans fin   

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