Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

14.01.2019

L’oeil est une paupière. J’ai plaisir à l’ouvrir quand je sors. Dieu, que c’est grand ! Le reste du temps, je vaque aux occupations de la pièce : ordonner, ranger, faire en sorte que les objets répondent au confort. Au confort, au grand fort. Mais une fois dehors, la pièce est loin. J’ai souvenir de vagues échos. Ici reste ici. Ici reste loin de la pièce et des environs. Il serait drôle de savoir où nous marchons, quand d’autres nous situent toujours ici, dans ce même décor. Si le diable se cache en chaque détail du monde sensible, visible, intelligible, sa farce reste flagrante. Après tout, qu’ici soit ici ou là, quelle importance ? Ici là ou ici ici restent plaisants. Ici ici est fort joyeux je trouve, ça n’empêche pas de s’interroger sur ici là, et de nommer cet ici là, absolument magique, n’est-ce pas ? Dieu, quel vertige ! je dois m’asseoir sur un banc. Je dois rentrer chez moi. Je dois fermer la paupière et ordonner la maison.   

05.01.2019

Les enfants 
Le spectacle 
Les enfants 

28.12.2018

Il y a peut-être, toujours, ce désir renouvelé
de voir les choses 
des prisons
nous nous infligeons des prisons, 
certains se les infligent avec un grand jardin, d’autres avec un espace minuscule, 
nous allons d’une prison à l’autre, en attendant la délivrance ,
si ça se trouve, nous pourrions nous retrouver circonscrits à un point 
après la mort, 
ou, enfermés dans le rien, 
ce qui serait le comble de l’ironie.

22.12.2018

Je suis nulle part entre le jour et la nuit 
Je ne remarque pas cette inquiétude dans les yeux des passants 
Je remarque des yeux tournés en soi ; pas la flamme blanche
parfois une lumière, parmi les gyrophares
parmi les lumières et les enseignes 
Il est normal que les moineaux récoltent les miettes 
le pain se fabrique à l’entrée du jour. 

17.12.2018

Un ou deux poèmes, pas plus 
après tout c’est un bon salaire ;
Avec cette monnaie, on ne paiera rien, de matériel sur Terre 
avez-vous essayé ? 
Pourtant, un beau poème ravit autant qu’une bonne clémentine
Et mille fois le même poème dans mille mains font 
mille clémentines dans mille autre mains ; 
me voilà riche ! 
Me voilà riche d’un poème.  

13.12.2018

Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à ;
Comme la part de l’ange 
ou le cadavre minuscule.

02.12.2018

accepter la finitude
ne plus savoir où l’être respire 
même si le passage d’une roue rend l’adhérence de nouveau palpable
une cuillère suffit 
les gouttes d’enfant, d’oiseau, de pluie  
les premiers besoins seraient d’être vêtu et manger 
le reste est donné

25.11.2018

Peut-on penser la production d’un écrivain, dont les textes, dont les phrases, dont chaque ligne, iraient inaperçus ? Comme si l’oeuvre se faisait en deçà de la page, et que les pas se confondaient avec le bruit, sans être audibles. La page serait alors une sorte de sanctuaire dans l’espace foulé, lumineuse et blanche, et métaphore totale de l’espace habité. De l’écrivain, il ne resterait rien si ce n’est dans la promiscuité des textes la manifestation de cet espace où le monde continuerait à circuler, librement, où les pas iraient dans des directions, et selon des pentes, qui échapperaient à la prédation du regard. Et cette page se réaliserait en tout lieu, en tout monde, en chaque instant. On fréquenterait cet espace par incidence, sans le rencontrer vraiment, avec la ferme conviction ou le génie de croire que cet espace fut, non pas nécéssaire mais, vital.   

22.11.2018

Le monde est un flux de caniveau. A chaque instant, chaque jour : ces déchets. Mais aussi ces visages. Et tous ces espoirs déçus. Mais aussi ces visages ; et tout ce que le monde tait, et qu’il faut taire : liquide argenté de faible viscosité sans qualité de miroitement. Le monde est un flux de caniveau. A chaque instant, chaque jour : ces déchets. Mais aussi les visages, les troncs et les racines. Et parfois même une étoile, qui serait tombée du ciel.

18.11.2018

les feuilles mortes 
entre les secondes tombent
je les suis, ravi 

« Older posts

© 2019 Raphaël Dormoy

Theme by Anders NorenUp ↑

%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils