Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

04.08.2022

Je ne puis rien faire, plus rien faire
Comme tant d’autres
Le bruit m’a envahi à ce point que je suis une statue,
Et je m’interroge ;
Un être flottant, dans un corps de statue,
Un bocal pensant en quelque sorte,
Condamné toujours à voir depuis ce point d’observation.
Eh bien, figurez vous, j’en tire un certain soulagement,
Un nouveau confort ;
Un confort tout autant éloigné du confort bourgeois que l’est le tigre empaillé de sa forêt primaire ;
Car figurez-vous, que je vois du paysage quand même
Qu’il fasse jour ou nuit, frais ou pas,
Que j’en tire une certaine variété de conscience ;
Mais surtout, que je ne serais jamais là au rendez-vous. 
Mais qu’il est, si vous regardez bien dans la vitre du train, un sourire,  
Même s’il m’est impossible de vous saluer.   

 

25.07.2022

J’ai beau garder les yeux ouverts, les rêves circulent encore. Je les vois : des rêves, des vieux rêves, d’anciens rêves, des transcriptions, prennent vie. À cet instant de la nuit, multiples, épars – comme l’activité d’un grand port, dirait-on, à la croisée des mondes. Je pourrais les compter. Et ils sont si nombreux. Entre les rêves et les instants de vie, il s’agit d’une immense cité où toute pensée s’affaire , ainsi que des souvenirs, de ma jeunesse, exacts – des moments si parfaitement exacts, que la crainte serait de ne pas vivre la vie qui se présente. Que se passe-t-il à cet instant de la nuit, à cet instant de la pensée pour que tout jaillisse d’un coup, pour que tout d’un coup émerge ? Mille, cent milles, et chaque nouveau rêve que la pensée reconnait. Il faudrait un grand plateau sur lequel s’asseoir et voir tes yeux au centre.

 

22.06.2022

Comment se soulager de ce poids
Sur les paupières sur les épaules
Cette carapace cette maison cette mémoire
Comment s’en dévêtir ?
Est-ce que les cailloux,
La vue d’un enfant allège sitôt le poids;
Aucun souvenir en soi n’a la légèreté, son sourire.
Ce sont des cartes postales, pas plus.
Il faut puiser loin et voir la lumière d’un point
Qui ne dit rien ni ne prend,
Qui protège qui ouvre tout
Comme le sable est sable.

 

01.06.2022

Le monde a baissé son volume
Il subsiste un doux brouhaha
L’ombre et la lumière épousent l’écorce d’un platane
Le banc au milieu de la place
Est plus matériel que les passants assis en terrasse
Les directions se croisent sans jamais se toucher
Quel bouquet de fleurs sortirait de deux cœurs qui se choquent ?
Les tables attendent, peu importe qui s’installe
Chacun a sa chance, chacun peut s’arrêter, et voir.
Il y a un trésor dans chaque paupière,
Mais il faut l’ouvrir, et bien se pencher, pour faire tomber l’or.

 

28.05.2022

C’est une chance de s’aimer 
Semer ici et là, 
Le bruit quand même autour,
Mais les coquelicots 
Et l’ombre des feuilles et donc le chemin 
tendre sous le soleil de mai. 
La difficulté est le feu aux quatre vents,
Tourments tournant,  
Mais se concentrer sur la braise.   
Laisser le geôlier se laissait rire sur son anneau ; 
Ne pas se laisser effaroucher par la rose, 
Dans sa posture altière. 
Seule la nuit est altière ; les départs de flammes,
Tu seras flamme à ton tour,
et toute parole nourrirait ton bois.  

08.05.2022

S’imprégner du paysage
De la mer
Comme un assoiffé sans pain 
Sans vin 
Et dire J’y étais, ou mieux 
J’y suis encore. 
Mais comme puis-je dire J’y suis encore
Par quel miracle ?
Le temps emporte le sable, 
La mer lacère la roche à coups de langue ;  
Et les passants passant là passent
le pied moins arrimé à la terre qu’une patte de goéland.  
Alors par quel miracle pourrais-je dire J’y suis encore ;
Par le miracle d’un banc 
D’un banc, d’où le ciel peut voir
D’où la mer peut entendre, 
et la lumière s’émouvoir, 
D’où le miracle peut se contempler en tant que miracle.  

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