Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

Avec le songe d’Adèle

Cette nuit, je discutais avec le songe en lui expliquant mes difficultés à publier. La première était que le travail était si délicat qu’une écoute de travers risquait de tout corrompre. Et qu’ensuite, le travail n’avait plus besoin d’être publié, ne représentait pas l’état des matières à venir. Est-ce peut-être pour cela qu’il existe une table des matières dans les livres de bon usage ? Ensuite, je n’arrivais pas à dormir dans le rêve, car quelqu’un avait allumé une ampoule au-dessus de mon lit. Par ailleurs dans le rêve, il n’était pas possible de vivre dans la lumière, comme l’hôte, ses yeux de fillette, ne la supportait pas. J’avais dû avancer deux ou trois autres arguments au songe, sur l’orgueil et la vanité de publier, étant incapable de lui citer mon ami Pierre Drogi sur cette dernière pesée. Et que par conséquent, je n’étais pas en pouvoir de délivrer quoi que ce soit. Un peu comme un arbre auquel on commanderait de commander aux saisons, parce qu’il perd ses feuilles en automne et produit ses fruits en été.

(Vers le 15 juin, par là)

22.06.2020

Il y a quelque chose de merveilleux, 
un étonnement renouvelé à arpenter la Terre, 
Peut-être que le miracle de ce tout qui nous entoure,
de tout ce qui est, 
de ce qui me traverse,
tient-il dans cet étonnement ; 
Que tout est là, oui !
dans l’étonnement de la pierre à être pierre, 
dans l’étonnement de l’arbre à être arbre,
tandis que mes pas arpentent le sentier.  

 

14.06.2020

Tout va bien.
Est-ce la pointe du silence
sur la mer du rien ?
Peut-on nommer rien ce qui entoure ;
Où le verre n’est ni dehors, ni dedans
Mais posé sur la table.
On pourrait boire, mais le corps désaltéré peut le remplir à nouveau. 
Tout va bien. 
Les mots seraient au pire un glaçon 
quel autre usage, ici et maintenant ?
Les laisser fondre.  

 

06.06.2020

Attention, ouvre l’oeil ! le bon ! 
Ne trouves-tu pas ça bizarre ?
Ce cocker… Et cet arbre ?
Tous font comme si de rien n’était.
Ah ah ah ! Même les arbres ! 
Même les marronniers de l’allée ! 
À moins qu’ils sachent, qu’ils marchent droit, et fassent semblant de pas voir,
fassent semblant de diversion ! passants, cyclistes, piétons,
que cette manière d’aller, de marcher, soit un leurre ;
Que chacun voie, mais se taise.    
Ne pas faire plus malin que le pigeons qui picore un grain, 
que la roue qui tourne sur elle-même. Allons donc.
Cette dame, assise sur le banc, fait-elle semblant de lire,
Ou prend-elle la posture de celle qui fait semblant de ne pas lire ?    
Tiens, tiens. Ce chien a l’air fort fatigué. 
L’homme assis sur le banc a ses yeux qui lui tombe dans ses mains.  
Cette femme qui ferme les paupières a-t-elle des yeux qui lui poussent. 
Décélération, le monde à bout portant. 

 

28.05.2020

La trottinette
Ses seins rebondissent
Ah, les pavés

 

20.05.2020

Qui lirait quoi que ce soit ?
Nous avons besoin de silence d’espace et de temps
Chaque jour le langage emporte son flux au fond du caniveau 
Ça ne suffit pas à laver le silence l’espace et le temps
Nous risquons notre vie pour un verbe
Ni avant ni après
Et toute une vie peut tenir sans que la promesse éclose.

 

13.03.2020

Le cerisier en fleurs 
Tant de grâce et pourtant ;
Le cerisier en fleurs 

 

13.03.2020

Cesse de marcher comme si quelque chose te poursuivait.
Vois, l’azur autour de toi,
Le ciel bleu sous tes pieds,
Même les nuages. Et tous ces voyageurs qui encombrent ta route,
Ne sont-ils pas des rochers, dont la biquette agile à laquelle tu ressembles,
se joue ?
Allons donc. Ne te presse pas,
Ni d’un fil, ni vers l’autre.
Sois le funambule dans l’azur,
Il suffit de mettre un pied devant l’autre. 

08.03.2020

Où sommes-nous ?
J’y suis presque,
J’ai le sourire en coin qui fait battre le coeur
Où sommes-nous ?
Le mystère est entier, se dévoilerait presque 
Les gens autour de moi font comme si de rien n’était
(le trésor au fond des poches)
Où sommes-nous Où sommes-nous
Mais il est déjà l’heure
Saint-Michel Notre-Dame,
je descends.

 

07.03.2020

Où habite celui 
dont la fenêtre donne sur 
le magnolia en fleurs 

 

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