Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

13.03.2020

Le cerisier en fleurs 
Tant de grâce et pourtant ;
Le cerisier en fleurs 

 

13.03.2020

Cesse de marcher comme si quelque chose te poursuivait.
Vois, l’azur autour de toi,
Le ciel bleu sous tes pieds,
Même les nuages. Et tous ces voyageurs qui encombrent ta route,
Ne sont-ils pas des rochers, dont la biquette agile à laquelle tu ressembles,
Se joue ?
Allons donc. Ne te presse pas,
Ni d’un fil, ni vers l’autre.
Sois le funambule dans l’azur,
Il suffit de mettre un pied l’un après l’autre,
l’un devant l’autre.

08.03.2020

Où sommes-nous ?
J’y suis presque,
J’ai le sourire en coin qui fait battre le coeur
Où sommes-nous ?
Le mystère est entier, se dévoilerait presque 
Les gens autour de moi font comme si de rien n’était
(le trésor au fond des poches)
Où sommes-nous Où sommes-nous
Mais il est déjà l’heure
Saint-Michel Notre-Dame,
je descends.

 

07.03.2020

À quel étage habitent
ceux dont la fenêtre donne sur
Le magnolia en fleurs 

 

04.03.2020

Je suis dans le RER
J’ai quitté mes habits
Le paysage fait défiler le train ;
Demain est un autre jour,
Ne pas se laisser distraire ;
Au contraire, rester dans le paysage,
Rester dans le train ;
Je suis dans le train 
Je regarde la chevelure des autres usagers ;
Je sais que j’ai moi aussi cette chevelure avec deux yeux dedans ;
Comme c’est étrange d’être assis là, dans le train
Et de voir deux paysages qui défilent. 

 

02.03.2020

Je suis passé de l’autre côté 
La bascule est faite
Ce n’est pas la bascule des rêves
Mais celle de l’attention ;
Je passe de l’autre côté
Le mieux serait peut-être de garder l’oeil ouvert
C’est-à-dire de le garder ouvert en ouvrant les yeux ;
Nulle part, je suis assis dans le nulle part,
Comme toute une huile rassemblée dans l’eau,
Mais l’agitation m’émulsionne à nouveau
Entre deux clins de paupière.

 

28.02.2020

Sous le magnolia, en fleurs 
embrasser non pas une femme 
mais l’amour 

 

16.02.2020

Que sommes-nous derrière ces couches de poussière ? Quand tu me poses la question que tu ne m’as pas posée. Quand je réponds à la question, restée suspendue sur le coin de ton œil. Que suis-je ? derrière ces feuillets, ces titres, ces croûtes. Ces croûtes advenues par le trop plein d’absence. Je suis l’écorce ; que la main caresse. Je suis le paysage sans cesse reconnu par le pouvoir des mots, de la diction. Je suis l’étendue de la pensée, faite de paysages et de distances. Je suis ce doute qui oublia qu’il était doute. Je suis cette cire devenue froide. Pourtant, je suis cet homme que ta présence révèle – au-delà des titres, des futurs, des directions. Un homme qui demain encore oubliera qu’il t’a rencontré. Un être que ta présence réveille. Alors, pour répondre à la question que tu ne m’as pas posée, je suis celui qui t’a rencontré dans son sommeil. Je suis peut-être cette flamme. Je suis peut-être cette lumière derrière ces feuillets, ces titres, ces poèmes.

01.02.2020

L’époque colle à la peau, comme une boue  
malodorante. Les enfants courent sur le chemin
avec leurs lumières qui courent dans tous les sens.
Souviens-toi du volume, de l’ère de la nuit ;
Et les mots qui restent, il faut les espérer sincères, bien secs,
Et les voir tomber comme on tape des semelles.

 

07.01.2020

Une phrase, une seule phrase s’échappe. Une toute petite phrase qui se fait discrète dans un trou d’air. Une phrase qui voudrait vivre sa liberté de phrase. Une petite phrase qui voudrait vivre phrase. Une phrase qui vivrait la nuit. Une phrase qui s’arrêterait. Comme si de rien n’était. Tremblante : jetant ici et là de la poudre de phrase… Une phrase qui saurait se fondre dans le paysage. Une phrase qui saurait se couper en deux. Et se régénérer. Une phrase qui irait toujours plus vite que n’importe quelle autre phrase. Une phrase capable de perdre sa lettre, de se transmuer, de devenir phasme par exemple. Une phrase qui se dresse. Une phrase capable de se terrer d’un trou. Un phrase au fond d’un trou dans lequel nul ne pourrait se glisser. Une phrase capable de miroiter le soleil. De réfléchir une présence. Une phrase capable de faire tourner en rond celui qui la chercherait, jusqu’à ce qu’il se perde lui-même dans la phrase. Une phrase sans attache, sans besoin. Une phrase qui tomberait de la langue chaque fois qu’on voudrait la dire. Une phrase qui vivrait dans l’oreille.  Qui sortirait quand ça lui chante. Une phrase qu’on aurait au bout des doigts, comme un couteau, comme un compte suisse. Une phrase libre. Une phrase qui n’aurait pas peur du vide.  Une phrase.

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