Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

09.05.2022

Et si je m’étais trompé,
d’espace totalement. 
Bien sûr c’est évident, dit-il à présent qu’il voit, 
et que la mauvaise toge qu’il tisse la nuit est à ses pieds. 
 C’est évident.
Non pas ici sur la barre métallique, dans un coin de la station RER, sous l’écran des destinations, mais –ici !
On ne sait pas s’il s’agit de la mer,
ou du regard qui la contemplerait.
Mais attention aux mots qui sont aussi glissants qu’une grève en pente mouillée qui vous emporte au moindre poids. 
Ici, – ici ! Tout est calme.
Et il se met à rêver que l’écran au-dessus de soi, lui indique une autre nouvelle,
une autre destinée.  

 

28.04.2022

Jour naissant
La plume hésite, dans quelle direction
Dans le RER, chacun la sienne
Mais ici chez moi, le point vibre
Le soleil est déjà haut
de deux doigts au-dessus des cheminées, du grand incinérateur
Elles dorment à cette heure.
On érige aussi vers le ciel : Dix à
douze grues, mon œil compte.
Il y a des tags aussi, sur les réclames sur des murs.
Le corps de mon voisin ronfle,
Le soleil sur la Seine scintille.
La voix dans le RER annonce Choisy-Le-Roi.
Choisy-Le-Roi : Mais pour quel royaume ?
Si le trône était un point,
impossible de m’asseoir,
il est chargé magnétiquement,
Et moi-aussi.

31.03.2022

Jour après jour, il s’étend une ombre sur les pages. Des figures de loup ou de renard. Mordantes assoiffées Trépignantes d’inconnu Et le soleil noir se lève.
Autour, le monde a revêtu sa fixité.
Est-ce pour ne pas déranger les morts ?
Il y a tellement de portes aujourd’hui qu’on ne sait plus laquelle fermer, laquelle ouvrir.
Les morts sont loin, les vivants aussi.

 

28.03.2022

Où va-t-on
L’espace du train m’indique le haut lieu d’une destination vide,
Alourdi par la fixité des problèmes
comme seul point d’horizon 
Comme si la branche était cassée, tenait dans ma main.
Destination vide : joueuse et joyeuse, heureuse.
Dehors, le décor de carton-pâte m’effraie un peu
Mais à vrai dire il ne dit rien, lui non plus ;
Et la nature où se cacher.
Le merle lui ne se cache pas, sauf dans son chant.

 

26.03.2022

Elle est passée, la floraison du cerisier
Mais il reste
Un deux, trois pétales
Une poignée de jours que le vent emporte ;
Et le discret zinzibule d’une mésange.
Je suis venu trop tard, ou mon temps est-il fait.
Corneille hilare.
Les années ont donné une écorce puissante
Au tronc du cerisier
Et ses racines vont puiser dans la bouche d’un mort.

 

22.03.2022

J’ai épuisé l’espace
C’est cela
L’espace n’a plus de suc, a perdu sa vitalité, toute
Un décor de carton pâte, sans carton sans mystère sans pâte.
Le balayeur qui passait là : aurait perdu sa montre
La nature, plus de nature, nous réconforte ; elle ne dit rien.
Une voix féminine parle à présent dans mon dos
et le soleil couvre le visage des passagers assis dans le RER
Et moi ? et moi ? A quoi ressemblé-je ?
Suis-je même désirable.
Le train va me déposer, à quai, comme tous les jours.
Mais non. Le train est à l’arrêt.

21.03.2022

Je tomberai toujours amoureux des femmes qui lisent
même si les vitres sont sales
Je tomberai certainement amoureux d’une ophtalmologue ou d’une opticienne
puisque c’est elle qui m’a donné la vue
Je tomberai amoureux des femmes qui donnent de la clarté,
Ou sont comme les rayons de soleil, que la main caresse.

 

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