Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

11.08.2018

« Soyez terrestre,
élevez-vous », disent les mouettes.
Les moineaux, à hauteur de ciel,
de nuage, de chaises
veillent au grain : sable ! soleil !
Il me souvient de l’enfant,
ancré, ancré,
mais quel âge avait-il,
quel âge terrestre ?
qui déroulait son fil, entre ciel et mer
Puis déployait ses ailes,
son cri.

05.08.2018

Je ne suis pas mort. D’ailleurs, mon regard n’a rien perdu de sa superbe. Je souris. À présent que je marche, que j’ai loisir de marcher – et gare aux jaloux, aux loups, aux feux de Bengale –, je peux, à la différence du pigeon qui – objectivement – semble être complètement déboîté, je peux, je peux marcher, et chaque fois que je pense à l’avenir, c’est de manière inadéquate, puisqu’il s’agit de ne pas me concentrer sur le corps présent, mais de légitimer quelque chose du passé, d’un avenir non vécu dans le passé, non résolu – ce contrat que je n’aurais pas eu, cette femme que je n’ai pas embrassée  – en gros, au détail, au prix de gros, des occasions pour la plupart choisiment manquées, et au diable ces étiquettes, ces oriflammes, ces tue-mouches, ces ouvre-boîtes, ces boîtes de conserve, et toutes ces images qui collent à la peau, concentrons-nous sur le présent, quant à l’avenir, laissons le présent nous emballer.  

31.07.2018

Les champs de tournesols 
Nous marchons sur l’Yonne 
Les chants d’oiseaux 

30.07.2018

Alors que mon fils tourne les pages 
les miennes s’effacent,  
C’est peut-être le mouvement synchrone d’un même élan
l’un vers son midi, l’autre vers son couchant.  
A présent, les mots seraient-ils une impression 
entre deux pages, entre deux silences ?   
Parfois un poème émerge, 
comme une fleur de nénuphar 

12.07.2018

Il n’y a pas d’échappatoire puisque poésie est 
Il n’y a pas d’autre monde que celui qui se présente
chaque fois que l’homme ouvre les yeux le saluent
Parfois il faudrait une allumette pour nous le rappeler  
Ou une amulette suffirait qui se mettrait à crisser chaque fois que les volets se fermeraient pour nous désigner la transparence.
Mais à présent, tout me conduit en lui : monde à l’état brut, sauvage, terriblement familier,
où chaque détail révèle sa force, sa nature, sa présence  
Dans ce parc, les bancs sont des livres à ciel ouvert sur lesquels les passants ont posé leurs fesses,
Les pigeons, pourtant mièvres, nous indiquent la direction de leurs battements d’ailes, du moins une correspondance. 
On voudrait croire à l’illumination, au surgissement synchrone de la pensée, avec ce qui entoure, par le tintement des cloches 
Mais la page se détache pour laisser le champ à nouveau libre et vierge. 

23.06.2018

Les deux portes-fenêtres l’une ouverte, l’autre fermée 
le soleil inonde la pièce comme j’ouvre un oeil 
et lui redonne son exact volume,
volume de belle espérance 
d’un à venir déjà clos dans le présent 
redonnant au présent son entier volume.
J’ouvre les deux yeux et je souris de cette espérance 
comme si toute l’épaisseur avait été lavée 
et que je retrouvai mes yeux d’enfant 
dans un corps nettoyé et lavé.

05.06.2018

Je me suis réveillé, tu étais là 
tu étais là, mon fils était là
j’étais dans tes bras, mon fils était là
autrefois, tout fut arraché 
ce matin, tu étais là,
mon fils était là
il ne manquait rien 
même si mon fils n’est pas là 
et que je te retrouverai ce soir. 

31.05.2018

Discutez, discutons, 
mais sait-on la qualité d’une conversation 
à la qualité de ses silences. 
Discutez, discutons. 
Elle est intarissable : son débit, son flux, c’est un flot immense,
comme si le saumon remontait à la source. 
Son partenaire rame un peu. 
Moi, je suis sur le bord, sur la table à côté,
terrasse ouvert, nous sommes le 31 mai.
Je sais que tu es là.
Òn se sourit. 

30.05.2018

Allées de marronniers ; lumière
Les enfants, les passants, passent
(et même les pigeons)
et même les marronniers dans la beauté du monde
Lumière et mouvent, lumière et mouvement
Ce « me » furtif m’émeut.

27.05.2018

la poésie est un état 
parfois des chemins s’ouvrent 
n’écoute pas ceux qui parlent de poésie 
mais lis ceux qui l’écrivent  
il y a une différence  entre feu et feu 
certains s’enflamment,  
parfois les chemins sont redoutables
mais on trouve toujours quelques pensées qui l’égaient de leurs couleurs
assemblées
et, un échafaudage, n’est pas non plus le signe de mauvaise santé
au contraire, c’est un manque d’attention qui préoccuperait 
dans la brèche  
les coquelicots ne disent rien
On finit par voir un soleil,   
un soleil gigantesque dans un ciel dégagé
si tard sur la route que les corps n’ont plus d’ombre   
   

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