Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

16.02.2020

Que sommes-nous derrière ces couches de poussière ? Quand tu me poses la question que tu ne m’as pas posée. Quand je réponds à la question, restée suspendue sur le coin de ton œil. Que suis-je ? derrière ces feuillets, ces titres, ces croûtes. Ces croûtes advenues par le trop plein d’absence. Je suis l’écorce ; que la main caresse. Je suis le paysage sans cesse reconnu par le pouvoir des mots, de la diction. Je suis l’étendue de la pensée, faite de paysages et de distances. Je suis ce doute qui oublia qu’il était doute. Je suis cette cire devenue froide. Pourtant, je suis cet homme que ta présence révèle – au-delà des titres, des futurs, des directions. Un homme qui demain encore oubliera qu’il t’a rencontré. Un être que ta présence réveille. Alors, pour répondre à la question que tu ne m’as pas posée, je suis celui qui t’a rencontré dans son sommeil. Je suis peut-être cette flamme. Je suis peut-être cette lumière derrière ces feuillets, ces titres, ces poèmes.

01.02.2020

L’époque colle à la peau, comme une boue  
malodorante. Les enfants courent sur le chemin
avec leurs lumières qui courent dans tous les sens.
Souviens-toi du volume, de l’ère de la nuit ;
Et les mots qui restent, il faut les espérer sincères, bien secs,
Et les voir tomber comme on tape des semelles.

 

07.01.2020

Une phrase, une seule phrase s’échappe. Une toute petite phrase qui se fait discrète dans un trou d’air. Une phrase qui voudrait vivre sa liberté de phrase. Une petite phrase qui voudrait vivre phrase. Une phrase qui vivrait la nuit. Une phrase qui s’arrêterait. Comme si de rien n’était. Tremblante : jetant ici et là de la poudre de phrase… Une phrase qui saurait se fondre dans le paysage. Une phrase qui saurait se couper en deux. Et se régénérer. Une phrase qui irait toujours plus vite que n’importe quelle autre phrase. Une phrase capable de perdre sa lettre, de se transmuer, de devenir phasme par exemple. Une phrase qui se dresse. Une phrase capable de se terrer d’un trou. Un phrase au fond d’un trou dans lequel nul ne pourrait se glisser. Une phrase capable de miroiter le soleil. De réfléchir une présence. Une phrase capable de faire tourner en rond celui qui la chercherait, jusqu’à ce qu’il se perde lui-même dans la phrase. Une phrase sans attache, sans besoin. Une phrase qui tomberait de la langue chaque fois qu’on voudrait la dire. Une phrase qui vivrait dans l’oreille.  Qui sortirait quand ça lui chante. Une phrase qu’on aurait au bout des doigts, comme un couteau, comme un compte suisse. Une phrase libre. Une phrase qui n’aurait pas peur du vide.  Une phrase.

01.01.2020

Ralenti… Ralenti !
Nouveau jour, nouvelle aube : Profites-en.
Tu n’avais rien vu, n’est-ce pas ? 
Ralenti ! Ralenti encore.
(Quelle que soit la fin, nous la toucherons.)  
Écoute. Quel est ce chant ? 
Les mésanges charbonnières, leur voix :
L’ici-bas et l’au-delà”, “l’ici-bas et l’au-delà”
Les marronniers dans le ciel blanc montrent l’heure blanche.
Élevons-nous, élevons-nous encore.
Le merveilleux, ce pétiole entre les limbes et le monde. 
Les roulettes des sacs font que j’adhère encore,  
La chute s’annonce merveilleuse au clair de l’hiver. 

24.12.2019

Les cris des corneilles 
Quel est l’âge de la forêt 
Les cris des corneilles 

 

10.12.2019

J’avais perdu le sens premier des mots. C’est peut-être pour ça que je restais silencieux au seuil de leur habitat, comme un étranger resté sur le seuil éclairé d’un commerce de quartier, nocturne et animé. Un étranger dans une position silencieuse, au point de devenir soi un objet nomade et nommable. Comme un lampadaire. Ou comme une cuillère. Comme un banc vide. Ou comme un banc. Ou comme un clochard. Ou comme un attaché-case. Comme une veste. Ou un comme un ministre. Ou comme un débit dans le caniveau. Mais jamais un homme. Jusqu’à oublier la façon de “le” nommer. Ou de “l”‘écrire. Mais un mot. Un unique mot est apparu. Un mot imprimé sur une page. Je n’aurais jamais pensé embrasser une étoile. Ou découvrir une quelconque chute. Mais ce mot m’est apparu. Dans une bouche incapable de le porter Au-delà des rêves Au-delà des lèvres. 

08.12.2019

D’abord un voile 
Puis j’ai vu qu’elle se levait 
En avant lente 

 

04.12.2019

Comment habiter l’espace ?
Tant de fils
Tant de fils autour de soi
Et cet espace autour, inaccessible 
Autour, autour de quoi 
Quoi quoi, quoi quoi le corps cocon 
Et cet espace autour, inaccessible 
Autour, autour de quoi 
Quoi quoi le corps cocon 
Tant de fils autour de soi 
Tant de fils, et cet espace autour, autour de soi (e) 
Est-il un silence qui le contienne ?  

 

30.11.2019

Dans ma vie, je n’ai pas de place ni pour un livre ni pour un poème.
Le silence s’arrache au prix d’un grand silence 
Je (  ) regarde mon espace, restreint, et ma bibliothèque 
(Tous les livres) s’entassent comme (des) chemises (, ) froissées, jetées dans un bac 
Le grand (  ) jour n’est point venu : le Pierrot me tourne le dos 
Je vis dans une feuille, volante. 
Tandis que le corps creuse ses (  ) galeries partout.
(  ) L’électricité marche encore
La plante est vigoureuse.  

13.11.2019

Je prends mon dictaphone : il pleut. Il pleut. Il pleut. Il pleut des morceaux. Il pleut des morceaux. Les taches. Les taches. Même sur le mur. Même sur les murs. il pleut. Il pleut des morceaux. Il pleut. Il pleut. S’il fallait les rassembler, ce serait compliqué à présent. Comme un sablier. Mais il pleut. La pluie fait disparaître le plafond. Les secondes s’enfuient. On pourrait sentir le sable sous nos pieds tant elles sont nombreuses. C’est comme perdre un bras, lentement sous nos yeux. Il pleut, il pleut. Le monde est chargé de valeur et d’un éclat. Il pleut, il pleut. Pourquoi certains continuent-ils à coller des posters sur les murs ? Que verrait-on encore ? Quel lien resterait-il, tel que le vivant nous le connaissons mort, tel que nous nous sentons seuls. Les grosses gouttes transforment les eaux en rivière. Et chaque lettre en courbe et chaque courbe en tache. La pluie se désagrège à mesure que le mot lui-même. 

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