Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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25.04.2022

Fil, vie d’équilibriste
Femme de dos : Cheveux d’ange dans les rayons du matin
Lui, gratte un jeu à gratter, deux jeux à gratter, trois jeux, souffle la poussière.
La lumière forte du soleil éblouit la Seine.
Vie, fil d’équilibriste
Quelqu’un a gratté la vitre avec un couteau pour y inscrire son nom
L’arbre s’enracine, mais l’homme ?
Et l’arbre, que sait-il du retour de la saison ?
Vie, fil d’équilibre.
La femme est la créature la plus douce que la Terre ait enfantée ;
Au sortir de la gare, les nuages délivrent des lampadaires.
Ailleurs des hommes exécutent des hommes d’une balle dans la nuque.

 

17.12.2021

Une journée peut sembler longue
Une autre interminable,
Le temps s’ouvre et se ferme comme une gorge d’oiseau ;
C’est parfois une grande étendue,
Parfois un parterre serré de cheveux ;
Le temps semblait si long déjà
Ce n’est plus qu’une miette
Tout a été consommé.
Je pleure l’en nuit, dis-tu aussi,
sans savoir s’il faut ôter ou mettre le t.
Cette béquille ? me réponds-tu
Tandis que le troisième ronfle
Visage de neige.

 

15.12.2021

La fabrique de nuages
Le ciel est tout blanc
Éclaire-t-il mieux ?
Rend-il mieux les éléments du décor :
Les pierres du ballast, l’immeuble les entrepôts, les sièges rouges du rer, les hommes ?
Rend-il mieux le monde le ciel tout blanc
Ou est-ce une escroquerie, cette fabrique de nuages.
Les nuages sont vides, il faut les peindre en restituer la couleur
Comme les sièges rouges du RER.
La pierre, quelle pierre ?
J’ai dans ma poche un moulin à paroles
Ma poche est le parvis d’une grande gare
Et les moulins sont alignés
Ils fabriquent des paroles quand on tourne la manivelle
Mais qui les reconnaitrait ?

 

14.12.2021

Je suis dans le train et je vois la lune
La lune claire qu’aucun appareil ne peut rendre
Je suis dans le train et je vois la lune.
Elle me fait sortir du train ;
J’ai beau ne pas la regarder
Elle me fait sortir du train ;
Je suis à nouveau dans le train :
O magie
Les passagers assis dans la rame sont des astres.
O magie ô lune ô paysage
J’aimerais remettre ma bouche à ta fontaine
O Charlotte, mais pas que ;
Je regarde la lune comme un chien regarde un morceau de sucre.
Il semblerait que nous fassions la course
Mais la lune a sur moi un train d’avance,
Toujours là ;
Jusqu’aux portes de la ville ;
Mais à mesure que le train traverse les buildings, tous les buildings du monde
Elle s’élève.

 

08.12.2021

L’arrière du train grince
Comme une sonnette mal dégrossie
Grince dans le train
Grince dans ma tête
Me tête est dans le train
Le train est dans ma tête
Et nous roulons, roulons.
J’ai la tête dans les nuages
J’ai les nuages dans la tête
La sonnette est dans la tête
La Seine est dans le train
Où sommes-nous chacun, assis ici
Sonnette mal dégrossie.

 

18.11.2021

Gratter, gratter la surface
Comme on ouvre les yeux.
Enlever le plan d’ensemble, et le remettre :
L’obscurité reste pure.
Prendre les paroles autour de soi, tirer les phrases et les enrouler autour des doigts,
Et faire des doigts eux-mêmes des objets évanescents.
Voir le reflet de l’intérieur, que le tunnel renvoie à l’intérieur
Et faire comme si j’y étais j’y étais pas, avec un sourire en coin.
Délier les événements des causes, et considérer chaque état avec étonnement.
Prendre la pause et faire mine de déchiffrer les affiches (même si la vue baisse)
Considérer tout de même qu’une chaussure cirée est une chaussure cirée.
Tout ceci nettoie un peu la surface,
Même si l’espace reste encombré.

 

13.11.2021

Il y a une suite logique des événements,
Une acceptation.
La réalité la plus contraignante finit par se transformer en arête,
Et tout ce qui vous entoure est le lac nécessaire.
Des rêves exotiques remontent vers la surface, en petites bulles, lentes,
Comme les ferments de cet univers.
La liberté tient alors au coup de nageoire.

 

07.11.2021

L’homme s’est mis une couche de pommade pour ne rien penser
Pour ne pas penser à sa solitude
d’être vivant
sur cette Terre.
Des pommades, tout un tas de pommades
pour faire une couche de sens épais.
Malgré cela, avez-vous déjà attrapé un coup de néant?
Ça vous prend comme ça
au milieu de la rue, au milieu d”une chaussée
au milieu de la nuit, en ouvrant les yeux
A la caisse enregistreuse à mesure que les articles avancent sur la tapis,
Et peut-être juste avant “l’idée” de mort, comme quand on regarde la vitre sans voir encore à travers elle.

 

 

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