Littérature, écriture

Catégorie : Journal (Page 1 of 7)

14.04.2022

Mon corps commence à me lâcher
Je vois mal, mais je vois plus mal qu’avant.
Comme des microfissures sur un papier de soie
Je sens aussi être plus seul qu’autrefois, mais pas de cette solitude voulue, recherchée, arrachée au bruit de l’époque
Je suis seul
Je vieillis
C’est aussi évasé que la partie haute d’un vase, ouverte aux volumes des lieux, de la pièce
J’accueille les conversations alentour, mots échangés entre inconnus entre familiers sur le quai de gare
Les petits culs sont les bourgeons du printemps
Il y a aussi des sauterelles, élancées, affamées de vie.
La vie, quel usage en faire ? Quelle lumière ?
Assurément, celle du désir, celle des heures brûlées pour être brûlées.
Autrefois ma naïveté me protégeait de cet effroi
celui d’entendre mon voisin de table discuter du prix effarant du concombre
Ou des taux d’intérêt d’une assurance-vie, dit ma bouche
Je pouvais en faire quelque chose, un poème, une idée légère qui se dissipait aussitôt
Mais avoir les yeux presque éteints, le regard terne, accomplir la destinée d’un avire (autant lui enlever sa lettre) devenu épave, et aller au milieu de la mer, sans horizon sans équipage, rien ne m’avait préparé à cela.
Le reflet finit par dessiner dans la vitre une image nette et la rouille a envahi tout le portrait,
Le visage est une faible mémoire.
Je rêverai d’un banc en bord de mer
Échouer là. Sans mémoire.
Les poissons se cachent-ils pour pleurer ?
Pour qui comptons-nous vraiment ?
Et quoi seraient-ils prêts à retirer de leur vie ceux pour qui nous comptons.
Dites-le moi.
Il est tard. La réponse ne fut jamais claire.
C’est aussi peu réjouissant que d’attendre un coucher de soleil devant un mur.
Couler avec grâce ou à défaut et de sagesse,
Incarner la grâce du phénomène.

28.12.2022

Ecrire peu. Crire peu. Rire beaucoup. Mais de quel rire ? Compter les étoiles. Contempler les distances entre elles. À travers les paupières closes. Je vois le ciel d’étoiles. Je les vois, malgré les murs les villes (, les âges ?). N’est-ce pas notre condition première, ce don de voir ? Nous sommes grands. Et les mots formeraient des éboulis, ou des pierres si l’on retranche l’esprit.

 

24.11.2022

Quand une personne s’assoit près de vous il arrive que
Il arrive que
les yeux peuvent rester fermés vous ressentez
sa présence
Un fluide vous traverse le corps, du côté
où la personne est assise, près de vous,
de la cheville jusqu’à la nuque
Et son rire est comme un éclat d’étoile qui vous chatouille l’oreille.
Vous pourriez vous sentir gêné de rester là
assis sans paroles
mais vos corps semblent se connaitre.
Le soleil fait une boule dans le ciel blanc
et dans le ventre.
Je me suis levé, nous nous sommes dits Au revoir
Elle avait un manteau rose dans le ciel blanc,
Et deux mirabelles.

 

13.10.2022

L’effroi survient quand j’ouvre les yeux. Non la paupière, les yeux. Je suis dans le métro, dans le wagon, dans la rame. Ne devrais-je pas dire l’arame ? Je suis dans l’arame tandis qu’une voix enregistrée débite des noms de stations qui me font croire que je suis dans la rame. Mais quand je suis dans l’arame, je découvre être parmi des hommes qui comme moi se dirigent vers une station inconnue, parfaitement sue. C’est un cauchemar. Car je découvre alors être entouré d’hommes. Pas un mot. Croisons les doigts. Qu’ils n’aient pas vu que j’ai vu. Est-ce contagieux ? J’ose à peine regarder mon reflet, mais je sens bien qu’un autre sommeille en lui, que dis-je qu’il regarde lui-aussi le monde d’un oeil morne, triste et froid. Que son épiderme laisserait paraître une cuticule épaisse, reptilienne. Qu’il vous croquerait le portrait avant de l’avoir esquissé. Ah damned ! Un lac, vite un lac ; d’un ample pas souple, que je puisse rejoindre les miens.  

 

25.07.2022

J’ai beau garder les yeux ouverts, les rêves circulent encore. Je les vois : des rêves, des vieux rêves, d’anciens rêves, des transcriptions, prennent vie. À cet instant de la nuit, multiples, épars – comme l’activité d’un grand port, dirait-on, à la croisée des mondes. Je pourrais les compter. Et ils sont si nombreux. Entre les rêves et les instants de vie, il s’agit d’une immense cité où toute pensée s’affaire , ainsi que des souvenirs, de ma jeunesse, exacts – des moments si parfaitement exacts, que la crainte serait de ne pas vivre la vie qui se présente. Que se passe-t-il à cet instant de la nuit, à cet instant de la pensée pour que tout jaillisse d’un coup, pour que tout d’un coup émerge ? Mille, cent milles, et chaque nouveau rêve que la pensée reconnait. Il faudrait un grand plateau sur lequel s’asseoir et voir tes yeux au centre.

 

Scrupule

Les trous sont gigantesques. Fermer les yeux permet-il de les éviter ? Ce sont des trous noirs. Finalement, tout est calme. L’agitation quotidienne ne permet pas de les constater. On tombe dedans. On vit dans le trou comme on dit. Les bancs, les bancs publics sont en bordure, mais les pieds sont dedans. Le soir dans mon lit, dos au mur, je me tiens debout. Avec l’espoir de ne pas tomber. Le matin, je me redresse je ramasse mes affaires. Je me presse. Il n’y a pas de lumière au fond du tunnel. C’est juste un trou. Lever les yeux permet-il de le constater ? L’arrêt, les microcoupures, sont une façon de survie, et les grandes brasses forment une parenthèse. Mais le froid finit par vous ressaisir, et la racine des problèmes, ce chiendent qui n’en finit pas reste. Les microcoupures sont une forme de résistance. Mises bout à bout, elles sont une seconde à soi, comme une bulle dans l’eau claire, que le trou n’a pas. La suspension n’est pas l’arrêt. La suspension est illusoire, mais elle soulage le corps de la pression exercée par le trou. Elle est ce rebord de fenêtre sur laquelle poser sa joue. On se réveille avec la marque. L’effet d’attraction du trou est tel que les chaussures vont de trous en trous, dans tous les trous. L’enfance semblait nous préserver, dis-tu ? Mais vue d’ici, dans le trou, l’enfance est une idée. Qu’est-ce qu’une tomate pour quelqu’un qui ne l’a pas goûtée ? Et à y regarder de près, avec la dent, avec les langues, l’enfance est à naître. Un trou. Trois trous. Il est difficile de les compter. On omet le second. Et le monde manque à l’appel. Creuser le trou un peu plus. Approfondir les tunnels. Mais après ? Et après. Et. Vous dîtes. Vous dites que l’amour nous sauve. Petite lumière de. Si ça vous chante. Mais l’univers est immense. Et les ténèbres consolent. Elles sont plus grandes que le trou. Me consolent et m’apaisent. Dans les ténèbres, le trou ne pèse rien et la lumière est intacte. La lumière de l’amour, dis-tu ? Mais c’est une flamme solitaire. (Nous avons la même.) Creuser la vie. Allons donc, passer à côté, il vaudrait mieux ! Avec des tasseaux de bois, dans les bras, en guise d’ailes. Et l’art de contourner. Sautez sur le point, remonter la ligne, faire une rotation, et au trois-quarts du tour du trou, sautez volez, battez des pieds, toucher un nouveau point. Avec grâce. Le corps, ce trou normand pour les vers : fuyez tant qu’il est temps. Mais en même temps, un monde sans trou serait un cadavre sans tête. Peau de serpent, sans langage ni raison. Dieu, traduire « certains d’entre eux », traduire « les hommes », ont tous un siège dans le trou, fait de trou, de la matière du trou, invisible pour les uns, confortable pour tous. Ça s’entend, quand on fait varier la fréquence. Ça s’entend, dans tous les trous. Et dehors, vous le savez, dehors la marge n’est jamais loin. Parfois le trou finit par prendre le dessus, vous manger le dedans, le dedans du corps ; est en partie traversé. Vous le constatez. Vous êtes impuissant. Vous avez un trou. Qu’iriez-vous cultiver dedans cette partie creuse ? Des myosotis ? La véritable conquête serait que le rouge-gorge habite votre trou. Si telle est la victoire, vous en seriez absente. Mais l’écho de votre nom sonnerait quand même comme un petit caillou.

02.03.22

20.01.2022

C’est peut-être ça vivre : tenter de préserver une parcelle. Une parcelle de bleu, ou de blanc. Une parcelle de nuages ou de matière. Une parcelle. Mais une parcelle. Enfant, on imagine cette étendue presque infinie, et le seul fait de la voir, ou de l’aimer, suffit. Mais un jour, on se rend compte qu’il est trop tard. À n’y faire attention pas du tout, cette parcelle autrefois sans autre horizon que la ligne du désir, est un morceau de miettes dans vos mains. Et alors, on se rend compte que maintenir ne serait-ce qu’un ilôt de cette parcelle dans le vacarme du monde peut être le but ultime, le principe supérieur, qui conduirait toute l’action d’un quotidien voué à disparaître. Qu’on pourrait se retrouver très vite sans rien. Démuni, dénudé, sans le principe vital qui fait ressort, que les boulangers appellent leur levure. Ah, le monde frappe à notre porte à chaque instant. Et tant sont nombreuses ses perspectives de nous suffire, de nous pénétrer. Derrière ces prospectus, ces images, ces enveloppes, il suffit de les ouvrir, de les déchirer pour entendre le supplice des uns, le hurlement des autres, aime-moi, aide-moi, voire l’irrépudiable désir de prendre votre peau, d’étouffer votre rien comme le soleil qui darde ses rayons sur votre visage. Quelle parcelle de monde vaut le dénuement et le silence ? Quel fou espère quand plus rien n’est. Mais c’est cela, maintenir cette parcelle, cette parcelle de vie faite du haut silence.

28.10.2021

Fantasme – Changer de dimension, moi qui voulais changer le monde. Changer de dimensions. Être plus terre à terre, et considérer les anciennes lubies comme des ballons rouges, dans une ville. Dans une vie où tout est facile. J’ai déplié mes bagages. Les pulls et les affaires. Tout est si simple ici. Je ne cours plus après l’argent, après le temps. Tout est si simple. Certes c’est exigeant, mais les broutilles d’autrefois sont des miettes de pain, sur la table, qu’on dégage d’un coup de manche. Je ne pensais pas que la vie pouvait être si simple, coulait de soi. Même pour les indigents. Et dire que je les jugeais autrefois. Ils sont heureux. J’avais juste pris la vie du mauvais départ. Un bout de manche, un bras de chemise pris dans un rouage. Et moi qui continuais de m’acharner dans cette liberté bloquée. J’en r’irais presque. Les idéologues avec leurs idées, voilà l’indigence ! Non mais, dans quel monde vit-on.

« Older posts

© 2023 Raphaël Dormoy

Theme by Anders NorenUp ↑

%d blogueurs aiment cette page :