Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

01.11.2026

J’écris un poème dans le parc les oiseaux jouent et les enfants volètent
Les gardiens passent les mains dans les poches
Les parents tiennent têtes au soleil.
L’aire de jeu, grand rectangle bleu, contient plus de jeux que l’enfant qui entre n’en pourrait inventer
Mais l’imaginaire de l’un suffit à rendre l’autre infini :
S’envole, saut de ciseau, musique à grelots, serpentin de foudre
Gare à celui qui n’a pas mis son armure.
La feuille blanche est pareille
Tenir bon la règle parmi toutes les règles inventables
Ah, qu’ils sont bien les parents au soleil
Et tant pis pour la chute.

(Square René-Le Gall – 01.11.2026)

30.10.2026

Une étoile dans le ciel
Une étoile à la fenêtre de ma chambre
Une étoile dans la nuit d’hôtel
Il est plus d’étoiles que toutes les secondes de ma vie
Mais celle-ci s’est présentée, ce soir
Comme j’ai tourné la tête
Elle n’est pas une chimère
À présent, je peux éteindre les yeux
Elle est avec moi.

(Dieppe, 31.10.2026)

25.10.2026

Marguerite Duras a une petite voiture. Elle conduit à l’envers et je me glisse à l’arrière. Quand nous sommes arrivés au bout, le serveur nous pousse, dans la montée, jusqu’à sa porte. C’est haut. Elle m’invite à manger cinq nems. Dans l’une des pièces, à gauche de la cuisine, la fenêtre donne sur une grande salle de restaurant à l’ancienne. On dirait une salle de spectacle. L’effet des gradins donne le vertige. On y vote. Le poulet est gras, croustillant. Je dois planter de jeunes arbres, mais le schéma manque, la terre aussi. Je quitte. Je quitte l’agglomération. Je n’ai pas de portable et le mien marche très mal. Qui contacterai-je ? La distance qui sépare l’agglomération de chez moi est inhumaine. Heureusement que je vous rencontre. Merci Marguerite Duras.

 

03.10.2026

J’ai l’impression d’être déjà mort, que les temporalités coexistent, sans que l’une précède l’autre, au contraire, les temporalités coexistent, l’une englobe l’autre. Il faut imaginer la première phrase de ce texte détruite et que la seconde, prise pour la première, l’avalise par sa place sans que le sens ne fût donné tout à fait. Cette singularité rend la mort tout à fait joviale, presque juvénile dans son attention aux vivants. Car ici les morts ne sont pas morts : ils sont de pleine vie, néanmoins vaporeux. Ici l’amitié est un mot qui compte. Amitié entre les hommes. En tentant de me chercher depuis ce haut lieu, je me retrouve ici, dans mon canapé, blotti en train de vivre cette expérience inouïe et de la transcrire. Ma certitude vient du fait que les vivants rencontrés ici sont ceux-là de l’autre côté, pour ceux qui prennent soin de vous, d’une attention amicale, sincère. Je voudrais leur dédier ce poème, ce que je fais et s’ils m’entendent, s’ils me lisent, à deux nous pouvons faire un sourire.

 

01.10.2026

Chaque matin, il siffle, l’éboueur 
Avec son balai vert, il siffle 
Mais quoi le rend joyeux ? 
Il siffle, il siffle
Il siffle de bonne heure. 
Et quand c’est propre
Il verse un seau sur la chaussée ;
La chaussée sèche et la flaque demeure. 
Chaque matin, 
Ils sifflent ils sifflent les moineaux
Ils sifflent de bonheur 
Nombreux dans la flaque d’eau. 

(Rue des Cinq Diamants, 01.10.2026)

 

28.09.2026

La poésie ne peut rien.
Elle peut autant que ce monde qui m’entoure, et dont je fais partie, 
Du moins ce corps assis sur un banc
À côté des quatre pigeons sur l’herbe 
qui picorent les graines.
Si le monde qui m’entoure ne peut rien
Pour mon âme, par sa seule présence
Alors elle non plus — la poésie restera sur le seuil.
Mais si le monde devant mes paupières
Crie, par sa seule naissance
Alors la poésie pourra quelque chose,
Comme les faire cligner.

(Square René le Gall, 28.09.2026) 

20.09.2026

Me ramène à lui. Ma langue adhère. Ma langue est lent gage. Ce qui va de soi ne l’est pas. Et maintenant que j’ouvre les yeux, je ne reconnais rien, si ce n’est l’étrangeté de la pièce dans laquelle j’écris ces mots. Demain le charme sera effacé. Je recouvrirai la vue. Ce sera lundi. Mais ce soir, c’est-à-dire maintenant, maintenant est main molle, maintenant et poussière et deux mains est fervente croyance. Demain est une, je sais que tout peut disparaitre, je veux dire : durablement. Il reste le corps familier, mais d’une étrangeté familière comme la pièce, à présent. La conséquence est redoutable. Respiration. Sept à huit secondes. Combien d’air, dans chacune de ces phrases.

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