Littérature, écriture

Catégorie : Avant le sommeil (Page 1 of 2)

03.10.2026

J’ai l’impression d’être déjà mort, que les temporalités coexistent, sans que l’une précède l’autre, au contraire, les temporalités coexistent, l’une englobe l’autre. Il faut imaginer la première phrase de ce texte détruite et que la seconde, prise pour la première, l’avalise par sa place sans que le sens ne fût donné tout à fait. Cette singularité rend la mort tout à fait joviale, presque juvénile dans son attention aux vivants. Car ici les morts ne sont pas morts : ils sont de pleine vie, néanmoins vaporeux. Ici l’amitié est un mot qui compte. Amitié entre les hommes. En tentant de me chercher depuis ce haut lieu, je me retrouve ici, dans mon canapé, blotti en train de vivre cette expérience inouïe et de la transcrire. Ma certitude vient du fait que les vivants rencontrés ici sont ceux-là de l’autre côté, pour ceux qui prennent soin de vous, d’une attention amicale, sincère. Je voudrais leur dédier ce poème, ce que je fais et s’ils m’entendent, s’ils me lisent, à deux nous pouvons faire un sourire.

 

15.06.2026

Même adresse :
Je suis entre le corps et la pièce
Je suis la pièce
Je suis la pièce par ce qu’est ce bruit
Et que mon corps est ce bruit
Après, je me la représente
C’est peut-être mon erreur :
Chaque mot me conduit à son hôte :
Mon bureau, le lit.
Mes yeux sont fermés,
L’obscurité est. 
Dans quelque instant je ne serai plus ici
Mais dans le sommeil ou le rêve.

 

16.08.2026

Je ne me souviens pas du rêve. Et pourtant il m’apparaît — le rêve de la nuit passée. Si je passe l’apparition des flashs oniriques, il surgit dans la nuit sans que la scène ne m’apparaisse. Il fallait fuir. Quoi ? J’étais poursuivi. J’étais avec mon fils. Le rêve est très présent, je le reconnaîtrais entre mille sans pourtant pouvoir le décrire. Je serais dans un commissariat, je le reconnaîtrais. D’autres flashs oniriques s’ajoutent aux premiers (et d’autres poèmes — aussi), comme autant de potamots qui caressent le corps. J’ai rêvé mille rêves. Le dernier a le bras cassé et la jambe levée.

 

19.05.2026

Couteau. Tranche et bien tranché.
Cou. Ciel. Âge. Mer. Vague, va. Algues. Valgues.
Chaque voyelle est lettre qui roule…
J’entre dans l’auberge, je m’installe pour déjeuner. Je ne sais pas si je suis avec mon fils. Je ne sais pas s’il s’agit d’un rêve. Je crois me souvenir du lieu qui me fit rêver cette table. À présent, les flashs oniriques montent : des images, les mêmes, se succèdent. Ce sont les mêmes d’un rêve à l’autre. Une ville émerge. Et moi là dedans, je dois bien faire ma vie. Tout le monde ici avance en somnambule, oubliant la présence même du rêve. C’est la même chose quand je ne rêve pas. J’avance aussi en somnambule. Malgré ma lecture au monde.
Le lecteur pourra-t-il m’en délivrer ?
J’avance bien des choses.

22.07.2026

Il faut du temps pour construire une phrase. Il faut d’abord s’asseoir. Mais s’asseoir prend du temps. Car pour s’asseoir, il faut dégager le banc. Et le banc est enseveli dans le sable. Alors l’effort premier serait de s’allonger sur le tas de sable. Mais je l’ai constaté : rien ne sort tout à fait de cette circonstance. Cela vous donne le pas pressé : aller d’un endroit à l’autre dans le rêve, être uniquement dans cette occupation. Bien sûr, on écrit une ligne comme on prend le sable en main. On regarde les points filer, ça donne le sentiment d’entrer quelque part, en un lieu cher et tout à fait légitime. Mais, sommes-nous au bon moment ? Ne revenons-nous pas dans le lieu du rêve, pour la seconde fois – alors que l’action a déjà eu lieu ? En cette circonstance, on peut rester là, allongé sur le sable, et se dire que c’est trop tard, qu’on n’y arrivera pas. Et puis, à quoi bon ? À quoi bon écrire pour cette chose qui resterait là, au pied de l’arbre, comme le caillou resté sur la grille. Pour écrire, il faut du temps. Mais il faut d’abord déjà pouvoir se poser, s’asseoir sur le banc. Et cela, en soi, prend du temps. Parfois, on accélère pour être sûr de tout condenser, d’avoir tout fait. Mais on se rend vite compte que peu fut mené, ou que la tâche est immense, et qu’on trouvera le temps, demain, après-demain, de s’asseoir enfin. Ces notions de temps sont piégeuses comme le piège du fourmilier qui dérobe la surface. Demain, après-demain, nous pourrions prendre deux allumettes. Il y a que chaque jour est un bâton : demain, après-demain, sont dans la boîte. On les entend dedans, comme la promesse de dire : ils sont intacts. On compare demain, après-demain, à l’arête du Velux, au-dessus du bureau. Et que, s’ils n’étaient plus, nous serions soit déjà morts, soit en train d’écrire. Et la tache aurait valeur d’encre – de ce point grossier fait sur la table. Nous serions en train d’emprunter le chemin des lignes : non celles de la page en train de se faire, mais celle en train de s’écrire. Nous serions dans le mouvement d’une encre qui ne projette rien du récit qui l’anime. Mais la page est loin, enfouie sous le tas. Nous restons au bord, il y a tant à faire.

14.01.2026

Peut-on ?
Alors la question va se concentrer sur les deux termes de la question, entre, entre les deux, sur le trait, le pouce et l’index des deux mains vont soulever les deux termes, verbe et pronom, et tester la solidité entre les deux : 
Peut-on ?
Si l’on peut, la question n’eut jamais peut-être vécu.
Si l’on ne peut pas, reviendrait-elle ?
Peut-on ?
La tentation est grande de vouloir tester la résistance entre les termes,
Et mouvementer le trait d’union, comme on peut faire entrer un rêve par effraction.
Mais il est plus sage de garder la question en l’état,
Avec l’hypothèse qui ne serait jamais vérifiée.

21.01.2026

Je sais. N’idéalisons pas. On se projette ici ou là. Mais que ferais-je sur un yatch ? Au milieu de l’océan. Par temps clair. Je m’ennuierais. Je regarderais la mer. Le clapotis. Je penserais : j’aimerais être la mer. Puis je rentrerais dans le yatch. Je chercherais le lieu où ne pas penser. Je lirais ce texte, avant de regarder la mer à nouveau. Et je dirai : que fais-je là ? Je voudrais ne pas avoir de yatch. Les gens ont moins, en mieux. Avec leurs soucis, comme des casseroles qui tapent, chaque fois qu’ils tournent la tête, à la recherche d’on ne sait quoi. 

 

20.01.2026

Je suis heureux d’avoir pu me dégager et de faire comme si. En effet, quand je viens au bord, je suis heureux de constater à minima le reflet de mon étonnement. Parfois, on m’oblige : à mettre un doigt, le pied, le torse. Mais soyez sûr que j’agis avec circonspection, que j’entre à reculons. Est-ce le fait que je ne m’apprécie pas ? Que mon visage vieillit ? C’est tout aussi vrai autrefois. Et l’assurance, celle qui vous dit que tout est vain, se conquiert sur le silence. Si je ne me baigne pas, aujourd’hui ni demain, c’est que je pense que l’espace appartient aux fééries qui furent découvertes. Telle une espèce de luciole bleue qui vole, au-dessus du cours, plus haut. Ou d’autres fééries libres d’aller, de venir, qui nous éloignent chaque fois du château. J’espère que mon travail sera entendu pour ce qu’il est. Et que les quelques animaux maladroits, trouvés ici et là, et pourtant tout à fait réels, seront aussi intrigués, plus qu’un coup de clairon.

 

01.01.2026

Pas d’autre choix que d’aller jusqu’au bout, à cet instant où le poème continue alors que la phrase a cessé ; cet instant où la gaine des mots reste mais le mot est ailleurs, à cet instant où tout est froid, sous les yeux du lecteur. Mais le moment se poursuit, plus rien n’est tout à fait réel. Les images qui paraissent appartiennent à d’anciens rêves. Il est une ligne à franchir pour entrer en gare. En certains lieux, les bus se perdent, les arrêts ne sont plus sus. Faire le tour du propriétaire, se souvenir du familier, n’est-ce pas le luxe ?  

 

16.09.2024

Il faut prendre le mot et le tordre, surtout ne pas suivre ce que montre l’œil, ce que montre le torve, ne pas tomber dans le piège, et conséquemment tomber dedans, dans l’œil. Ouvrir le mot : ce qui spontanément ouvre les rêves. Au bout d’une forme, le mot ne revient pas en son état antérieur. Le mot reste là abandonné, laissé comme une épave à l’intérieur du parking. Les rêves continuent d’entrer ci et là, comme on cligne des cils sans faire l’effort du paysage. Lequel attraper ? Le propriétaire peut-il nous rencontrer ? Le propriétaire d’une maison devenue plus réelle que la mienne à cet instant du rêve. J’imagine qu’il en va de même pour tout : pour tout ce qui nous tient, dans notre quotidien. Je parle des soucis, des dettes. Aussi réels que cet instant de rêve. Comment les gens font-ils pour se reposer, pour que leurs jambes au milieu du mouvement ne restent pas en l’air, qu’ils en sortent, qu’ils se reposent vraiment. Tous ces mots à la fin du jour représentent certainement les cadavres de certains bonbons que le corps a juste léchés. Par conséquent, la journée de demain sera aussi douce qu’aujourd’hui, et sera délayée de tous les éléments compliqués ; les admirateurs pourront naturellement s’y baigner.

 

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