Littérature, écriture

Auteur/autrice : rd (Page 17 of 58)

06.05.2023

Retour en pleine conscience
Pleine conscience, disent-ils
Ne pas donner trop de poids aux efforts quotidiens pour faire adhérer une réalité sensible aux objets familiers 
La présence de langues étrangères dans la rame du métro, le mélange des genres, invitent à faire l’effort d’un  relâchement,
Langue, algues, le corps se détache.
On se croirait sur la lune, dans la capsule (double combinaison), 
Le corps se détache.
Il resterait un sourire, on le croirait vieux de cent siècles.
Les spéculations iraient bon train.

 

30.04.2023

Eh oui.
Ici même.
Le pas lent, ou le lent pas
Allumé bien sûr
Mais pas plus que le merle qui chante.
Mais pas le merle de la pensée
Ni le lent pas pas là, 
O langage traitre.
C’est ici.
J’entre dans le centre commercial. 
Vite vite vite, J’en profite, dit une promotion 
Je sors du centre commercial.
Je traverse la rue Bobillot, puis la rue du Père Guérin.
Je remonte les pavés de la rue Gérard.
« C’est l’ici, dit l’ailleurs »
Et moi qui ne sais rien d’une fleur de glycine.

30.04.2023

Être au cœur
Il n’est pas rouge, mais vert
Vers ici au cœur.
Dans l’allée, des nuées de moucherons indisposent le passant 
Cela fait deux décennies que j’écris et : Il y a de la vie partout partout Partout
Le geai des chênes furtif se pose près du banc
Je le suis du regard de feuille en feuille, parmi les mésanges festonnant dans la nuée des branches 
À écouter de loin de près, à décentrer l’attention, l’homme est une petite part.
Une grive musicienne s’est mise à chanter;  ou je l’écoute ou j’écoute 
Nous sommes une petite part de la grande part.

 

30.04.2023

Expérimenter la langue pour
mieux voir, mieux entendre.
Expérimenter, exprimer.
Quémander aux dieux comme le sansonnet la miette
et l’humain un chant neuf, recommencé.
Quitter, quitter, mais quitter quoi ?
Quitter pour mieux deviner la forme du reflet.
Sur l’avenue des Gobelins, la voiture du cirque Zavatta passe au ralenti, et nous informe du spectacle qui vient, avant le défilé du 1er mai, après les feux d’artifices des financiers.
Les moucherons ont leur nuée.
Ici, tout est tracé.
Apprendre à voir comme le chien sent,
Peut-être est-ce le chemin de la rédemption,
la mie, la mie tendre, mais lui à cet instant veut la croute,
la racine qui ouvre le ciel.

06.04.2023

Il n’y a plus d’histoires à raconter. Le merveilleux est mort. En était-il autrefois de telles assertions possibles ? Dans la petite allée les passants s’en vont, certainement au travail. Et les quelques retardataires, à moins qu’ils s’agissent de retraités, mais certainement des humains, sont à leurs fenêtres. Je suis la seule personne dans le jardin assise sur le banc. Il pleut. Il ne pleut pas des cordes, mais des gouttes tombent et font leur bruit sur la capuche. Le cerisier s’est vêtu de ses pompons de fleurs. Outre cette magnificence la nature pourtant silencieuse semble être présente au jour. Que dis-je, elle semble consciente. Il n’est plus d’histoire à raconter, dans le cœur des hommes. Peut-être le merveilleux s’est-il déplacé en son origine. Un groupe d’écoliers traverse le chemin. Il s’agit certainement d’une classe. On voit la flamme encore virevolter au-dessus de ces jeunes statures en mouvement. Je ne sais pas bien ce que le merle pense de nos présences, mais il regarde les passants, lui aussi, tout en avançant, en sautillant. Il pleut plus encore. La narration est elle possible encore dans le cœur des hommes ? Qui s’est arrêté devant le cerisier en fleurs ? Le merle rend grâce.

17.02.2023

En quittant la pièce, j’ai laissé mon regard entourer la plante, dans la cuisine, et celle du salon puisque les âmes communiquent. À présent je m’en vais trouver le livre d’un poète, pour un ami que je verrai bientôt, tandis que le poète n’est plus, mais son œuvre demeure. Nous partons tous d’un lieu. Nous parlons, nous partons, ou peut être avons-nous déjà quitté ce lieu. Nous parlons, nous partons, et nous échouons depuis ce lieu, faut-il le savoir, et l’accepter, avant de faire et de défaire ; à partir duquel iriser, se taire. Le miroir de la vie nous renvoie au même point ; parfois triste mais, nous le savons, un point peut en cacher un autre. Et, sans lumière, le mouvement finirait par manquer à moins que l’obscurité nous plonge au plus profond de notre être. Aussi j’ai laissé la porte entrouverte et j’ai pris soin des plantes, de leur place de la lumière. A besoin d’eau ;
Il se produirait un accident, le poème tel une fleur ; pas plus d’un émerveillement.
Souvent la contrainte d’écrire est entravée par tout un poids qu’exercent d’obscures pressions, par la banalité d’obscures présences, mais, oui ce mais, suffit-il d’un rai, d’une infime libération, d’une virgule, pour que la machine toute puissante de la vie, pour que la machine toute puissante d’écrire se remette en selle.
Mouvement horizontal, vertical, à partir duquel l’irisation se fait.
Alors le point était cette double espérance : du mouvement par la fin, et du poème futur.

13.03.2023

Voir revoir
Voir à nouveau le présent,
Voici mon espérance ;
Le présent Immédiat
Le présent d’avant le présent
Le présent joueur ;
Jou-eur, dites-le à votre guise,
Mais si vous l’écrivez
Séparez bien les lettres, mettez-y du vide
Ne vous laissez pas dompter par la chaise.
A vous asseoir, riez
Chaque fois que le mouvement de vous asseoir s’opère, riez.
Riez. Riez riez riez !
Mais il est déjà tard :
Je suis assis dans la chaise et la chaise vit en moi.
Le présent s’éloigne.

08.09.2022

Je ne pourrai plus rien écrire je pense, à moins de tout, radicalement changer.
Je ne pourrai plus rien écrire je pense à moins de tout changer radicalement.
Ce n’est plus une question de sens, ni de situation,
De conforter le néant ou le réel,
le nez en l’air, ou le corps dans la pagaie (gai savoir, va)
Non là est plus profond.
Un l’un dit : « une forme particulière qui épouse la matière. »
Fini les rêves aussi, la transcription au réveil, ou la plongée dans la nuit, la forme ou l’abime,
le genre aussi, même si l’oiseau (compagnon reste fidèle) aux choses.
Le mot : comme continuité de la matière.

(Selon une condamnation au non silence.)

Note, 08.08.2022

21.02.2023

Il y a, à cet instant, de vide, un extérieur qui m’oppresse. Non pas l’extérieur, mais la banale réalité des jours à venir. Non pas la banalité des jours à venir, mais ce à quoi, si vous êtes normalement constitué, c’est-à-dire de joie et de silence intérieur vous tenteriez d’échapper : Une tapisserie dont l’être s’est affublé aux limites même d’un ailleurs pour tenter de constituer un soi, un soi raisonnable, afin de traverser la vie. La vie, moins direction que charges, que charges d’âmes dont l’équipage doit prendre soin. Cet extérieur vient taper au centre de l’ici alors que je réussissais à m’extraire. Mais il reste ce centre, et je le vois, à cet instant je le ressens, comme un foyer vivant. Une poche de respiration d’où tout peut repartir. J’en mesure la hauteur et la profondeur pour être sûr de ne pas l’oublier. Ici la maison fait ses propres bruits. Le temps sort de l’horloge, de son corps mécanique, et le paysage doit être tu. Mais je ne manque pas de constater, dans la baie, le vol d’oiseaux, une dizaine, des palombes dans le ciel blanc, groupées, avec une forme fantasque d’un caractère en devenir. Et à quelques doigts du regard, sur la paille, les petits signes – moineaux, mésanges – de ponctuation, sauvages. Enfin c’est peut-être se souvenir qu’à l’endroit du vide, on peut ôter une lettre sans rien céder. On peut supprimer sans rien céder.

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