J’ai épuisé l’espace
C’est cela
L’espace n’a plus de suc, a perdu sa vitalité, toute
Un décor de carton pâte, sans carton sans mystère sans pâte.
Le balayeur qui passait là : aurait perdu sa montre
La nature, plus de nature, nous réconforte ; elle ne dit rien.
Une voix féminine parle à présent dans mon dos
et le soleil couvre le visage des passagers assis dans le RER
Et moi ? et moi ? A quoi ressemblé-je ?
Suis-je même désirable.
Le train va me déposer, à quai, comme tous les jours.
Mais non. Le train est à l’arrêt.
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Je tomberai toujours amoureux des femmes qui lisent
même si les vitres sont sales
Je tomberai certainement amoureux d’une ophtalmologue ou d’une opticienne
puisque c’est elle qui m’a donné la vue
Je tomberai amoureux des femmes qui donnent de la clarté,
Ou sont comme les rayons de soleil, que la main caresse.
Trop su, mais non
Quai de gare inconnu
Inconnu reconnu.
Grand vent de liberté : Montagne soi
Intérieur / extérieur :
Plateau de jeux
Trois bandes ou la sortie.
Accepter de n’être rien
rien rien dans le néant des jours
Et que seules comptent
ces cordes ;
plus ou mois pourries,
qui nous rattachent à nos racines
même si l’arbre n’est plus.
Accepter de n’être rien
rien rien dans le néant des jours
Et que seuls comptent
ces cordes
les unes pourries les autres vivantes
celles qu’on ne peut couper
Tant elles s’ancrent en notre souvenir
et ces autres inaltérables qui nous attachent à des êtres
même si l’arbre n’est plus.
Parfois la ligne resterait vide, encombrée par des vibrations lointaines
Un éclat de soleil luirait sur l’un de ses rails
L’homme serait, à ce point d’éclat
incarné comme, comme une.
Etre le paysage lui-même
comme en chaque chose,
Comme le paysage lui-même.
Un état où rien n’atteint
où les problèmes restent au-dessus à la surface du monde
et sont
comme les nénuphars et le soleil, des ombres
Un état où les vitraux leurs rondeurs font des coussins
où les secondes sont des flocons d’avoine
Où le temps est arrêté
Ou s’il passe est un sillon doux,
Un temps qui ressemble à la mort
à son antichambre, et à la naissance du jour.
Fil, vie d’équilibriste
Femme de dos : Cheveux d’ange dans les rayons du matin
Lui, gratte un jeu à gratter, deux jeux à gratter, trois jeux, souffle la poussière.
La lumière forte du soleil éblouit la Seine.
Vie, fil d’équilibriste
Quelqu’un a gratté la vitre avec un couteau pour y inscrire son nom
L’arbre s’enracine, mais l’homme ?
Et l’arbre, que sait-il du retour de la saison ?
Vie, fil d’équilibre.
La femme est la créature la plus douce que la Terre ait enfantée ;
Au sortir de la gare, les nuages délivrent des lampadaires.
Ailleurs des hommes exécutent des hommes d’une balle dans la nuque.
Une journée peut sembler longue
Une autre interminable,
Le temps s’ouvre et se ferme comme une gorge d’oiseau ;
C’est parfois une grande étendue,
Parfois un parterre serré de cheveux ;
Le temps semblait si long déjà
Ce n’est plus qu’une miette
Tout a été consommé.
Je pleure l’en nuit, dis-tu aussi,
sans savoir s’il faut ôter ou mettre le t.
Cette béquille ? me réponds-tu
Tandis que le troisième ronfle
Visage de neige.
La fabrique de nuages
Le ciel est tout blanc
Éclaire-t-il mieux ?
Rend-il mieux les éléments du décor :
Les pierres du ballast, l’immeuble les entrepôts, les sièges rouges du rer, les hommes ?
Rend-il mieux le monde le ciel tout blanc
Ou est-ce une escroquerie, cette fabrique de nuages.
Les nuages sont vides, il faut les peindre en restituer la couleur
Comme les sièges rouges du RER.
La pierre, quelle pierre ?
J’ai dans ma poche un moulin à paroles
Ma poche est le parvis d’une grande gare
Et les moulins sont alignés
Ils fabriquent des paroles quand on tourne la manivelle
Mais qui les reconnaitrait ?
Je suis dans le train et je vois la lune
La lune claire qu’aucun appareil ne peut rendre
Je suis dans le train et je vois la lune.
Elle me fait sortir du train ;
J’ai beau ne pas la regarder
Elle me fait sortir du train ;
Je suis à nouveau dans le train :
O magie
Les passagers assis dans la rame sont des astres.
O magie ô lune ô paysage
J’aimerais remettre ma bouche à ta fontaine
O Charlotte, mais pas que ;
Je regarde la lune comme un chien regarde un morceau de sucre.
Il semblerait que nous fassions la course
Mais la lune a sur moi un train d’avance,
Toujours là ;
Jusqu’aux portes de la ville ;
Mais à mesure que le train traverse les buildings, tous les buildings du monde
Elle s’élève.

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