Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

Catégorie : Poème(s) (page 2 of 10)

17.08.2019

Regarder la pluie. Regarder la pluie tomber. Vraiment s’arrêter. Ne rien attendre. Ni de la pluie. Ni du pigeon qui passe. Ni des arbres roussis. Ni de la circulation. Être là. Ni des bulles dans les flaques. Être là. Être là. Ni demain. Ni d’hier. Ni de la circulation des voitures. Ni des roues. Être là. Tenter d’être là. Par intermittence.

 

16.08.2019

Je regarde l’arbre,
À présent je dois me dévêtir.
Mais si je suis nu,
Je dois ôter ma nudité.
L’arbre peut à présent me regarder.
Nous conversons silencieusement,
entre le passé et le présent.
Ses racines se sont mises à danser ;
Et ses bras de lumière,
les moineaux ne s’y trompent guère.
Et le tambour du soleil. 

01.08.2019

Le phénomène est la narration du réel d’une époque sans signe. Le phénomène est le signe de ponctuation d’une époque sans mot. Il n’y a plus du mot. Il y a des signes partout, qui ponctuent l’espace, autour desquels gravitent des hôtes, autres, autrui : des cris, des émotions, de la colère ; les draps sont sortis des armoires, on a ouvert les fenêtres ; des cris, des émotions, des draps, de la colère. À côté il y a les papillons. Mais les papillons constatent et ne font pas de châteaux. Les papillons visitent les châteaux sans jamais les construire. Les phénomènes sont des points dans des ensembles vides. Ce ne sont pas les points sur une page. Ce sont des points dans l’espace vide. Les marronniers continuent d’étendre leurs bras, tant qu’ils peuvent, tant qu’il pleut. La goutte d’eau, cette richesse inouïe, à l’œil, à l’ouïe, au sens, au goûter, aux lèvres, au toucher, à la chair, à la vie. Partout, la narration du réel part en fumée. D’abord les poèmes, puis les modes d’emploi qui sont beaucoup plus lents à brûler, comme la goutte de poix qui tombe, à tomber. La terre aussi prend vide, des pôles vers le centre, du ventre bleu vers le centre gris : goutte de mercure. Coqurille, croquis, croquille, spiale écrasée. Parmi les fleurs champêtes, nous nous mettrons à danser. Nous tournerons sur nous-mêmes en faisant des feux d’artifice avec nos bras levés, qui font des spirales en fusée, comme on souffle des bougies, sans qu’il n’y ait rien à fêter ; sinon un haussement d’épaules.    

01.08.2019

Je suis ancré
Je déborde de mon siège, légèrement. 
Je suis ancré ici et là. 
Ici, l’obscur
Et là, dans la courette lumineuse : avec ses mosaïques fleuries, son jet de lumière, sa fontaine, et les soleils discrets posés entre les chaises, entre les bleus.
« Ancré ici et là » 
Ici, l’obscur : le coin mystérieux qui fait sourire les portes et les gonds des portes, de l’au-delà.
Et là, là où le corps sensible penche.
Un papillon aux grandes ailes blanches se pose sur mon nez. 

 

13.07.2019

Au bord d’un nuage :
je pensai que mon fils m’avait lancé une pierre,
mais c’est un oiseau. 
Et, ce que j’ai pris tout à l’heure pour un déchet plastique est un papillon.  
Au bord du même nuage, un vigoureux frêne m’instruit 
— ses branches, sa lumière, —
tandis que mon fils est entré dans l’eau du canal, 
montrant les poissons autour de lui ;
On ne se lasse pas des miracles.

 

14.07.2019

Les enfants sautent et jouent dans la forêt, gonflable, juste avant le terrain de foot, tandis que le bois étend sa lisière derrière. Le monde ne dit rien et pourtant le mystère du monde est présent en chaque chose ; en tout — même dans la tribune vide en bordure de terrain, même dans le caillou. Le mystère transpire du ciel, des nuages, de la surface de toutes choses ; et plus encore à cet instant, des arbres qui se dressent à la lisière du bois ; de chacun d’eux. Et mon impatience non à le décrire, mais à y entrer, équivaut à mon silence. D’un château l’autre, d’une forêt l’autre ; allons, allons les enfants. 

 

11.07.2019

Les marques fondent, 
la parole s’éteint. 
Elle fait l’effet d’un fil tremblotant dans la grille sans ressentir l’air du ventilateur ;
On vit encore avec son image pour les plus talentueux, 
son souvenir, on souffle on souffle pour prolonger la mémoire des habitus,
mais la parole ne dit rien. 
Et certains s’évertuent à faire la grande roue, 
à faire la paon et le « pan » dans la grande roue ;
Mais c’est un cerceau géant, gérant, garant, 
Mais ça ne les grandit pas, 
Et le monde s’éteint.

16.06.2019

C’est vrai. 
Après tout, pourquoi attendre
Les péages, la vitesse. 
Il suffit que la gare ait une panne, 
tout s’arrête, s’assoit, se fige.
Pourquoi attendre ; devant la machine. 
Je suis ébahi de celui qui, assis sur les marches d’une gare traverse, mille lieux, mille paysages,  mille âges.

 

13.06.2019

Voilà moi
Toujours à m’émerveiller d’un caillou, petit, bien lisse
Et à faire sur l’étendue des ricochets,
les plus loins,
Je n’ai pas fait de château moi, pourtant Et pourtant.

26.05.2019

Le pas de côté
faire un pas de côté, 
qu’il est dur à faire, 
toujours un truc à faire ;
Pas de côté 
penser le pas de côté, 
non, au contraire,
le truc à pas faire !
Aller tout droit 
comme si de rien n’était.

 

« Older posts Newer posts »

© 2019 Raphaël Dormoy

Theme by Anders NorenUp ↑

%d blogueurs aiment cette page :