Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

Category: Poème(s) (page 2 of 6)

12.07.2018

Il n’y a pas d’échappatoire puisque Poésie est 
Il n’y a pas d’autre monde que celui qui se présente
chaque fois que l’homme ouvre les yeux
le saluent
Parfois il faudrait une allumette pour se rappeler  
Ou une amulette qui se mettrait à crisser chaque fois que les volets se ferment pour nous désigner la transparence.
Mais à présent, tout me conduit en Lui : monde à l’état brut, sauvage, terriblement familier,
où chaque détail révèle sa nature, sa présence  
Dans le parc où je me situe, les bancs sont des sculptures; des livres à ciel ouvert sur lesquels les passants ont posé leurs fesses,
Les pigeons, pourtant mièvres d’habitude, nous indiquent, par leur présence et leur vol, une direction, du moins une correspondance. 
On voudrait croire à l’illumination, au surgissement synchrone de la pensée avec ce qui entoure, par le tintement des cloches 
Mais la page se referme pour laisser le champ libre et vierge. 

05.07.2018

Certaines paroles se diluent
le ciel est saturé 
cela n’ôte rien de la mécanique perceptible, imperceptible des êtres 
Au contraire, les lettres posées sur le monde semblent plus denses, 
sans que les mots n’aient de sens

31.05.2018

Discutez, discutons, 
mais sait-on la qualité d’une conversation 
à la qualité de ses silences. 
Discutez, discutons. 
Elle est intarissable : son débit, son flux, c’est un flot immense,
comme si le saumon remontait à la source. 
Son partenaire rame un peu. 
Moi, je suis sur le bord, sur la table à côté,
terrasse ouvert, nous sommes le 31 mai.
Je sais que tu es là.

30.05.2018

Allées de marronniers ; lumière
Les enfants, les passants, passent
(et même les pigeons)
et même les marronniers dans la beauté du monde
Lumière et mouvent, lumière et mouvement
Ce « me » furtif m’émeut.

27.05.2018

la poésie est un état 
parfois des chemins s’ouvrent 
n’écoute pas ceux qui parlent de poésie 
mais lis ceux qui l’écrivent  
il y a une différence  entre feu et feu 
certains s’enflamment,  
parfois les chemins sont redoutables
mais on trouve toujours quelques pensées qui l’égaient de leurs couleurs
assemblées
et, un échafaudage, n’est pas non plus le signe de mauvaise santé
au contraire, c’est un manque d’attention qui préoccuperait 
dans la brèche  
les coquelicots ne disent rien
On finit par voir un soleil,   
un soleil gigantesque dans un ciel dégagé
si tard sur la route que les corps n’ont plus d’ombre   
   

23.05.2018

Ainsi ce sera ma petite entreprise, le réel
à regarder les pigeons, marcher dans un square
à les observer – voler, atterrir
à regarder leurs mouvements de masse sur l’herbe du
square (ça vaut pas les vagues, certes)
parmi les hommes, assis sur les bancs, ou pas.
Ainsi ce sera ma petite entreprise,
parmi les hommes ou pas.

06.05.2018

Regarder les nuages
couler sur la toiture

Laisse l’oiseau entrer
et se poser

Ce à quoi le corps s’accroche
ne sont-ce pas les branches malingres du passé ?

Il faudrait tout ôter
jusqu’à déraciner le ciel

Mais que resterait-il derrière le velux ?

Pépiements :
les feuilles d’un arbre

19.04.2018

Quand il fallut installer la dictature, on supprima les bancs. Ensuite, on supprima les silences. Il fallait que chacun se rende d’un point à l’autre. Sans discontinuer. L’esprit devait toujours être occupé, à se remplir, ou à transporter quelque chose, tels que des mets. Sans néanmoins que cet objet pèse car l’objet est le regard lui-même. Le regard vide ne pouvait pas être toléré à moins qu’il s’agisse d’un regard rempli de vide où le vide occupe la place du regard. Ceux-là on les tolère, ils ne sont pas visibles. On ne les voit pas. Comme les arbres. Ce sont des arbres qui marchent, dirait-on. Je suis entré dans un jardin, je me suis assis.

29.03.2018

On entend les cloches
Pas un merle dehors 
à part la pluie 

22.02.2018

Vieillir c’est apprendre à rêver, à marcher, à mourir seul,
vieillir c’est apprendre que les solitudes se complètent
C’est laisser loin les peurs les pleurs de l’enfant
mais être là pour le consoler s’il s’agite ou qu’il pleure
Vieillir c’est accepter de ne pas être ce que l’être aurait pu être, en d’autres circonstances, en d’autres événements
Vieillir c’est accepter d’être un peu plus épais
moins vigoureux, mais plus épais,
d’être là-haut bras levés, branches folles,
et d’avoir sondé loin dans le passé jusqu’à déformer le présent.

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