Le froid à tout envahi
C’est l’heure de l’hiver de la dormance
Le monde des humains produit ses bruits qui encombrent.
À côté de moi, un homme rassure une femme dans son téléphone : “Mais non tu n’es pas dépensière.” Puis : “La prochaine fois qu’on se voit, tu t’habilles sexy.”
L’humain est fat. Mais peut-être la fatuité est-elle le coussin premier sur lequel s’asseoir, quand on sait le fil de notre histoire – fragile, qui pend dans le néant.
Une odeur de nourriture grasse envahit le wagon, et toutes les nouvelles encombrantes du monde encombrent.
“Tu vas kiffer cette photo, ajoute-t-il. Je vais t’envoyer mes objectifs capillaires dans l’ordre en commençant par les cheveux. Quoi, tu ne te rases pas la chatte ? C’est fade, ajoute-t-il, quelques secondes après.”
Mon téléphone sonne.
Mais il reste la lumière.
Les yeux rougis, vitreux avinés d’un homme dévisagent le visage d’une femme, puis il la déshabille du regard. Dans le wagon, la voix enregistrée égraine sa litanie de stations.
Mais il reste la lumière.
Et ces deux talons hauts.
Catégorie : Poèmes (Page 10 of 33)
Journal des poèmes
Celui qui est devant la fenêtre,
Tout ceci (qu’il voit) n’a aucune importance
sauf l’urgence de témoigner de cette
non importance :
La ville les passants, le jour.
Et cette non importance est le lieu calme
d’où voir et sentir.
J’écris au dos d’un ticket de caisse
comme j’avais besoin d’un stylo pour ne pas oublier
les premiers mots,
pour ne pas perdre l’endroit.
Et la surface sur le ticket de caisse
est aussi vitale à présent
que l’espace qui m’entoure,
que les passants dans la fenêtre,
que le lieu calme d’où habiter.
Cette surface qui permet au poème de prendre racines.
Quand une personne s’assoit près de vous il arrive que
Il arrive que
les yeux peuvent rester fermés vous ressentez
sa présence
Un fluide vous traverse le corps, du côté
où la personne est assise, près de vous,
de la cheville jusqu’à la nuque
Et son rire est comme un éclat d’étoile qui vous chatouille l’oreille.
Vous pourriez vous sentir gêné de rester là
assis sans paroles
mais vos corps semblent se connaitre.
Le soleil fait une boule dans le ciel blanc
et dans le ventre.
Je me suis levé, nous nous sommes dits Au revoir
Elle avait un manteau rose dans le ciel blanc,
Et deux mirabelles.
Les oiseaux jouent dans les fumées des incinérateurs
dans les nuages
La lumière joue dans le reflet de la lumière
La matière joue à être matière
La cheminée qui ne fume pas joue
à être la cheminée qui ne fume pas
Chaque chose persévère jusqu’à
Jusqu’au premier atome.
Bien des poèmes sont inachevés.
La sincérité n’est pas gage de poésie,
mais quand même
Un ou deux vers suffisent pour gagner
sa journée.
Mais le poème est long.
On suppose qu’il déborde de la vie.
Quelqu’un le coupera.
Nous sommes de passage,
À quoi bon s’alléger, ou se lourdir ?
Se glisser entre les mots,
Mille sphères, volumes sans poids, jusqu’à.
Et tous ces êtres chers.
Nous sommes être parmi des êtres, fils de relation.
Quoi se glisserait entre nous ?
Paysage familier de gare ce matin encor.
On croit se rendre au même endroit,
mais d’autres sont déjà loin et haut.
La jeune fille dans le train, en face de moi, à quelques sièges du mien, se tient penchée
Dos penché visage penché, elle
regarde loin.
Elle sourit. Puis se sentirait nostalgique et quittant sa posture penchée
l’inquiétude a envahi son visage elle se mord les lèvres, et regarde entre ses mains avec sérieux.
Et moi ? Et moi je suis assis dans le train de ligne C, qui me conduit au travail. À quelle endroit se situe-t-elle dans ma paume de main, cette ligne ?
J’ai laissé mon fils à l’école ce matin et je le retrouverai ce soir.
Nous sommes le lundi un 7 novembre.
Et le paysage est lui aussi traversé de lignes fermées, qui traversent la lumière, qui la transportent, d’un point vers l’autre.
Elle ne lève plus les yeux. Notre train dépasse un autre train .
Les nuages ne disent rien, sinon le temps qu’il fait, mais les yeux restent ouverts.
Rien,
Être à sa place ;
Et elle semble une juste place.
Ni le soleil ni les nuages tremblent.
Ils vibrent. Ils ne tremblent
pas. Rien,
mais Rien de plus
pourrait être la lumière
d’une flamme qui danse.
Parfois juste la page suffit. Son contact de chair ou plus exactement sa présence. RIen ne pourrait être ajouté. Ou peut-être l’évocation de sa présence à l’orée du sommeil. Comme une page ouverte et blanche. On vous pencherait. On vous penserait riche. C’est le signe de la félicité.
Rendre son temps plus excitant.
Ici, ce sont les (lents) nuages qui passent devant ma fenêtre.
Je cherche ailleurs :
Accompagner (ce matin) mon fils à l’école.
Je cherche encore :
Allumer une (belle) lampe.
Je cherche en plus :
Voici donc – toute ma richesse !
Je ne pourrai vous rendre la monnaie,
mais un ou des rêves.

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