Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

11.07.2024

L’espace sauvage entre à nouveau.
Il suffit d’un peu de vert dans le verre train. 
La verdure est dedans
puisque le verre est dedans,
puisque toute la scène est dedans avec la Seine en sus, elle-aussi devenue sauvage.
Pourquoi dirais-je « devenue » et non « redevenue sauvage » : puisque l’état ne va jamais de soi, est instable, est la partie merveilleuse du miroir quand il se tourne montrant sa cache avant qu’il ne revienne à son état d’équilibre.
J’écris « revienne » et non « vienne »,
Dans cet ouvert encore où vers
Un instant.

 

06.07.2024

Nécessairement, le poète bute sur le présent. Il n’a que faire du passé, des sillons achevés, non achevés. Il bute sur le présent. Il ne peut se résoudre à ce que le présent lui résiste, à se laisser enferrer en lui, à perdre tout espoir de jours meilleurs. Le poète veut maintenir un temps de distance avec le présent. À la rigueur, il peut promener le présent en laisse, mais ce serait par facétie, pour le bon mot, pour surprendre celles et ceux qui tirent l’indécrottable passé qui lui refuse d’avancer ! Il en résulte des scènes tout à fait déplacer, comme quand le présent monte le passé devant les yeux attendris des enfants, perplexes de leurs mamans. Parfois c’est tout à fait l’inverse, et chacun se met à houspiller la scène, tandis que le présent reste affable. Mais le poète lui ne veut pas se laisser enferrer par le présent. Il veut respirer un air : un air qui n’est ni d’hier ni d’aujourd’hui. Le poète veut prendre son temps, ou le perdre ; il n’est pas avare à la tâche, et peut tout à fait produire un travail ingrat, s’y soumettre, tant que l’aventure est faite pour ne pas durer, qu’elle puisse se croquer comme un gressin. Pas trop, pas plus ; juste ce qu’il faut pour nourrir son homme et l’imagination, et donc son écriture, puisque l’écriture est une somme de situations que l’écrivain se doit de rendre exactes. Mais le présent, ce présent-ci, ce mur, cette ligne dure, il n’est plus qu’à poser le coude dessus, regarder, contempler, accepter de ne pas aller plus loin, accepter que ce présent-ci soit une impasse, revenir là où sont les nuages — ce grand îlot de candeur, de fraîcheur, de possibles. Et tant pis si l’aventure se finit là, au pied d’un ici. Rembobiner, abandonner l’horizon, la perspective. Et sortir, non plus avec le présent mais avec ce présent devenu futur antérieur.

06.06.2024

Viendra l’instant où
la réalité pourra se déchirer d’un trait
D’un très d’un très or
On espère quelques pièces (en plus) ? Mais
on sait que la valeur se situe dans l’instant lui-même
– avant, pendant, après
il pourrait que le rideau noir vous tombe dessus,
Il faudra s’épousseter recommencer –
A moins que l’instant se tienne toujours au seuil de l’instant
que l’on conserverait comme une pièce d’or.

 

09.06.2024

Le mystère du monde pourrait reparaître ;
Il suffit de s’asseoir
Il suffit de s’asseoir
Sur le banc, le second mouvement ne va pas de soi ;
Le personnage est de glaise,
Ouvre à peine l’œil qui se referme.
Mais il sait reconnaître aujourd’hui le chant de la fauvette noire :
Cela se voit à la forme de sourire qui se dessine sur sa tête, tandis que son œil s’ouvre à nouveau avant de disparaître ;
Le chant de la fauvette noire, il fait comme le saltimbanque qui trouverait appui sur l’une et l’autre échasse, pour y grimper, s’y élever jusqu’à hauteur de ciel.
Mais lui le personnage de glaise, qu’y comprendrait-il ? Quelle métaphore filerait-il?
Un « O » peut-être, déjà fort appuyé ;
Il suffit de s’asseoir
Il suffit de s’asseoir,
Deux yeux grands ouverts, c’est déjà pas si mal.

08.06.2024

Mais puisque la poésie ne peut rien dire
Ne peut rien nommer correctement, et nommer quoi ?
Que l’espace est pollué du langage,
Toutes les formes qui se manifestent
(Je ne parle pas des réclames)
Alors il faut abandonner l’idée même d’un mot,
Se contenter d’un sourire,
Parenthèse ; lumineux dans l’obscurité.

 

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