Les gens ne s’entendent pas vivre avec leur clavier, les touches de leur clavier, qu’ils tapent, les écouteurs forts, ou le haut-parleur pas fort de leur téléphone mobile tout à fait audible. Pourtant les conversations, au rythme des convives, du paysage, bercent, sauf lorsque le voyageur voyageant seul est le principal réceptacle d’échanges tronqués — forts, plus ou moins forts, parfois très forts. Pourtant, ah pourtant, c’est le calme quand on écoute dedans la boîte crânienne de l’inopportun, de l’importun, de l’important — dites-le comme vous voulez. Corps mou, semelles tantôt sur le siège, tantôt les épaules en avant, le dos vouté, il semble que le circuit électrique général soit endommagé et que le mouvement vital soit réduit au mouvement du pouce, qui déplace le contenu sur l’écran. Mais dedans, tout dedans, le cerveau, en état de dormance. Le sans-gêne absorbe l’écran. Celui qui tape sur son clavier est trop concentré pour écouter autre chose que sa pensée, mais le scrutateur de l’âme se reposerait de voir la page restée blanche, et que toute cette énergie exercée sur le clavier est celle d’un échange administratif dans le train du dimanche. Quant à l’impoli qui nous fait profiter de sa conversation sans que nous sachions jamais l’autre rive, se couler dans son crâne permet de rétablir l’équilibre de l’échange. Mais alors que dire de celui qui écoute son rock fort, heureux de contenter le paysage, les voyageurs, on sent bien la provocation agrémentée des bruits de canettes que sa main fait jouer compulsivement. Ah mes amis, tous ces voyageurs impolis ont beau être Bruit, aucun d’entre eux n’a jamais écouté dedans la tête d’un écrivain. Aussi, amis écrivains, n’ôtez la prise jack qu’en dernière instance.

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