J’ai beau m’arrêter, l’esprit vaque encore
Comme les voitures, dans leur lancée, dans la rue ;
Ou peut-être qu’un sage peut-il marcher tout en étant à l’arrêt ? 
Il faut du temps pour s’asseoir,
S’habituer à ce qui entoure.
On parle du temps nécessaire à la vue pour apprivoiser la nuit,
Que les taches d’ombre fassent corps.
Un instant, on perd déjà la trace, c’est l’obscurité à nouveau.
Dans ces circonstances, pour voir,
les objets peuvent-ils garder leur patine de mémoire, la plus légère, la plus adorable ?
Ou l’esprit est-il condamné à tout taire ? 
Ne pas trop réfléchir, au risque de faire nuit,
de manquer le jour.
Les gens peuvent courir des milliers de kilomètres pour un coucher de soleil,
Mais pour un banc,
de combien de secondes pourrait-on s’alléger ?
Jusqu’à disparaître.