Je suis dans le lieu, avec mon bagage à dos et puis mon bagage à œil chargé de ce que je me représente du lieu. Que voulez-vous, l’habitude et on ne se rend pas compte des choses qui se cumulent au quotidien dans le bagage à œil à force. À force. Mon bagage à dos est léger. Il contient mon travail du jour, ma pitance et le soir quand je quitte mon travail il ne pèse plus que sur mes épaules. Léger. Mais mon bagage à œil. Je ne m’étais pas rendu compte comme il est encombrant, à quel point il m’encombre, me gêne dans mes déplacements. Non mais, j’ai l’air d’un obèse qui ne passe plus les portes du métro à force. À force. Si quelque ange m’observe : car son poids ne pèse presque pas, disons qu’il encombre mais que sa masse est transparente. Et c’est ainsi chaque soir, chaque matin. Mon bagage à dos. Mon bagage à œil. Un peu plus léger le matin mon bagage à œil. C’est lié à l’évapotranspiration des rêves, comme le tour de taille qui diminue la nuit, ou la cheville. Ça dégonfle un peu pendant le sommeil. Il y a parfois cette poussière dans l’œil, qui gêne, qui gêne, à vous en faire dédoubler le regard, le bagage à œil d’un côté, l’œil le lieu de l’autre, la nuit au milieu, avant que l’image ne se reforme.
(Rer C)

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