Le cerisier en fleurs
alentit les pas du passant
devenu fleur
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Les fleurs, ça ne dit rien
Ça ne dit rien des fleurs qui m’ont fait dire « les fleurs »
Les fleurs
Elles sont de toutes les couleurs,
mais ça ne dit rien de leur couleur
Ce n’est pas tout à fait vrai :
elles sont dans les tons pastels
Quel est leur nom déjà, à quoi ressemblent-elles ?
Tout ceci ne dit rien des fleurs qui m’ont fait dire « les fleurs »
et qui font que je les regarde encore ;
et tout ceci de dit rien du vent qui fait bouger leurs pétales
et leur tige.
Tout ceci ne dit rien des fleurs que je regarde
Qui donc les a aimées ?
Qui donc les a plantées ?
Combien sont-elles au mètre carré ?
oh, c’est un grand mètre carré
au moins ça par ça que j’aurai étiré ;
Que n’ai-je point fait au coeur de l’hiver
de venir me substanter, comme d’autres de votre nectar,
moi de votre beauté.
09.01
Les enfants
Le spectacle
Les enfants
Faire des selfies avant la mort,
ou regarder le ciel.
Mon fils creuse le sable.
Ne plus être vraiment là :
l’esprit, les coups de trop ; mais hors soi.
Le monde est une épaisse couverture et les arbres du jardin seraient mes poils.
Le monde est une question de distance,
Mon fils m’apporte une pâquerette.
Il y a peut-être, toujours, ce désir renouvelé
de voir les choses
des prisons
nous nous infligeons des prisons,
certains se les infligent avec un grand jardin, d’autres avec un espace minuscule,
nous allons d’une prison à l’autre, en attendant la délivrance ,
si ça se trouve, nous pourrions nous retrouver circonscrits à un point
après la mort,
ou, enfermés dans le rien,
ce qui serait le comble de l’ironie.
Je suis nulle part entre le jour et la nuit
Je ne remarque pas cette inquiétude dans les yeux des passants
Je remarque des yeux tournés en soi ; pas la flamme blanche
parfois une lumière, parmi les gyrophares
parmi les lumières et les enseignes
Il est normal que les moineaux récoltent les miettes
le pain se fabrique à l’entrée du jour.
Un ou deux poèmes, pas plus
après tout c’est un bon salaire ;
Avec cette monnaie, on ne paiera rien, de matériel sur Terre
avez-vous essayé ?
Pourtant, un beau poème ravit autant qu’une bonne clémentine
Et mille fois le même poème dans mille mains font
mille clémentines dans mille autre mains ;
me voilà riche !
Me voilà riche d’un poème.
Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à
Comme la part de l’ange
ou le cadavre minuscule.
accepter la finitude
ne plus savoir où l’être respire
même si le passage d’une roue rend l’adhérence de nouveau palpable
une cuillère suffit
les gouttes d’enfant, d’oiseau, de pluie
les premiers besoins seraient d’être vêtu et manger
le reste est donné
Peut-on penser la production d’un écrivain, dont les textes, dont les phrases, dont chaque ligne, iraient inaperçus ? Comme si l’oeuvre se faisait en deçà de la page, et que les pas se confondaient avec le bruit, sans être audibles. La page serait alors une sorte de sanctuaire dans l’espace foulé, lumineuse et blanche, et métaphore totale de l’espace habité. De l’écrivain, il ne resterait rien si ce n’est dans la promiscuité des textes la manifestation de cet espace où le monde continuerait à circuler, librement, où les pas iraient dans des directions, et selon des pentes, qui échapperaient à la prédation du regard. Et cette page se réaliserait en tout lieu, en tout monde, en chaque instant. On fréquenterait cet espace par incidence, sans le rencontrer vraiment, avec la ferme conviction ou le génie de croire que cet espace fut, non pas nécéssaire mais, vital.

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