Chaque poème est une conquête
Un morceau de terre,
de vase ou d’argile, ramené ici
Sans savoir si ce qui fleurit sur ce morceau de terre
Est le poème lui-même.
Littérature, écriture
Chaque poème est une conquête
Un morceau de terre,
de vase ou d’argile, ramené ici
Sans savoir si ce qui fleurit sur ce morceau de terre
Est le poème lui-même.
Il y a tous ceux qui roulent sur l’or,
Et celles et ceux qui roulent sur le mais, sans parenthèse ni couvercle.
Les premiers scintillent
Parmi les soleils qui se succèdent, dans la vie du coeur simple.
Tendre. Et le second, l’étau le serre.
Il ne restera plus grand chose, qu’à se redresser,
Et inventer un autre rythme.
Souviens-toi du poème.
Habiter la solitude vraiment.
Je peux enfin habiter quelque part.
Elle n’est pas effrayante.
Au contraire. Entrer sans peur.
Ici nous pénétrons à l’abri des peurs.
Elle prolonge les qualités d’une vie.
Elle ne peut disparaître.
Et si le corps venait à s’égarer, garder signe
Garder trace dans l’herbe,
Un caillou, un poème, de l’entrée.
Le papillon
de ci de là de ci
de ci de là
Regarder la pluie. Regarder la pluie tomber. Vraiment s’arrêter. Ne rien attendre. Ni de la pluie. Ni du pigeon qui passe. Ni des arbres roussis. Ni de la circulation. Être là. Ni des bulles dans les flaques. Être là. Être là. Ni demain. Ni d’hier. Ni de la circulation des voitures. Ni des roues. Être là. Tenter d’être là. Par intermittence.
Je regarde l’arbre,
À présent je dois me dévêtir.
Mais si je suis nu,
Je dois ôter ma nudité.
L’arbre peut à présent me regarder.
A présent nous conversons silencieusement,
entre le passé et le présent.
Ses racines se sont mises à danser ;
Et ses bras de lumière :
les moineaux ne s’y trompent guère ;
Et le tambour du soleil.
Se détacher de la pesanteur. Se détacher des mots. Mais non. Rien n’y fait. Ça vous colle la peau. Cette réalité vous colle à la peau. C’est une réalité à ciel ouvert. Avec ses barrières, ses limites. Tout, strictement tout, chaque objet dans la rue, chaque détail, a recouvré sa fonction de décor, son intention première, son intention de mise en scène. Jusque dans l’attitude, jusque dans la parole. Comme une musique trop sue. C’est insupportable. Le moindre signe est amplifié au passage du corps sensible. Tout, strictement tout, a recouvré sa fonction de décor. Tout s’est dévêtu de sa nativité première. La fuite en réalité n’en était pas une. L’éloignement géographique ne faisait qu’amorcer ce grand retour, que mieux préparer la chute des toiles. Assis sur un banc, dans un jardin public, je contemple néanmoins cette nativité première, comme une espérance, comme un homme assis derrière le hublot qui regarde l’océan. Et dans ce décor il n’y a pas d’espérance puisque demain n’existe pas, puisque demain est un mur qu’il faut longer, puisque demain est ce mur dans un ciel resplendissant.
Peut-on faire et défaire les lettres ? Comme d’autres plongent leurs doigts dans des sacs de trombones ? Mais après : que faire de cette ligne un peu tordue ; entre le pouce et l’index, maintenue : entre la page et le ciel : entre le bureau et la rêverie : entre la rêverie et l’absence. Qui viendrait se poser sur ce marchepied ? Un oiseau ? Un lecteur ? Personne. Nous ne pouvons manger les noix non récoltées.
Grandir sous les tilleuls, avec leurs feuilles vertes tantôt argentées ;
Grandir avec la lumière qui se fraie un chemin sur la couche de copeaux,
parmi les feuilles qui étendent le spectre de la couleur : ocre, terre, jaune ;
Grandir au pied d’un platane en écoutant les enfants jouer ;
Grandir encore.
Le phénomène est la narration du réel d’une époque sans signe. Le phénomène est le signe de ponctuation d’une époque sans mot. Il n’y a plus du mot. Il y a des signes partout, qui ponctuent l’espace, autour desquels gravitent des hôtes, autres, autrui : des cris, des émotions, de la colère ; les draps sont sortis des armoires, on a ouvert les fenêtres ; des cris, des émotions, des draps, de la colère. À côté il y a les papillons. Mais les papillons constatent et ne font pas de châteaux. Les papillons visitent les châteaux sans jamais les construire. Les phénomènes sont des points dans des ensembles vides. Ce ne sont pas les points sur une page. Ce sont des points dans l’espace vide. Les marronniers continuent d’étendre leurs bras, tant qu’ils peuvent, tant qu’il pleut. La goutte d’eau, cette richesse inouïe, à l’œil, à l’ouïe, au sens, au goûter, aux lèvres, au toucher, à la chair, à la vie. Partout, la narration du réel part en fumée. D’abord les poèmes, puis les modes d’emploi qui sont beaucoup plus lents à brûler, comme la goutte de poix qui tombe, à tomber. La terre aussi prend vide, des pôles vers le centre, du ventre bleu vers le centre gris : goutte de mercure. Coqurille, croquis, croquille, spiale écrasée. Parmi les fleurs champêtes, nous nous mettrons à danser. Nous tournerons sur nous-mêmes en faisant des feux d’artifice avec nos bras levés, qui font des spirales en fusée, comme on souffle des bougies, sans qu’il n’y ait rien à fêter ; sinon un haussement d’épaules.
© 2026 Raphaël Dormoy
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