Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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08.12.2021

L’arrière du train grince
Comme une sonnette mal dégrossie
Grince dans le train
Grince dans ma tête
Me tête est dans le train
Le train est dans ma tête
Et nous roulons, roulons.
J’ai la tête dans les nuages
J’ai les nuages dans la tête
La sonnette est dans la tête
La Seine est dans le train
Où sommes-nous chacun, assis ici
Sonnette mal dégrossie.

 

18.11.2021

Gratter, gratter la surface
Comme on ouvre les yeux.
Enlever le plan d’ensemble, et le remettre :
L’obscurité reste pure.
Prendre les paroles autour de soi, tirer les phrases et les enrouler autour des doigts,
Et faire des doigts eux-mêmes des objets évanescents.
Voir le reflet de l’intérieur, que le tunnel renvoie à l’intérieur
Et faire comme si j’y étais j’y étais pas, avec un sourire en coin.
Délier les événements des causes, et considérer chaque état avec étonnement.
Prendre la pause et faire mine de déchiffrer les affiches (même si la vue baisse)
Considérer tout de même qu’une chaussure cirée est une chaussure cirée.
Tout ceci nettoie un peu la surface,
Même si l’espace reste encombré.

 

13.11.2021

Il y a une suite logique des évènements,
Une acceptation.
La réalité la plus contraignante finit par se transformer en arête,
Et tout ce qui vous entoure est le lac nécessaire.
Des rêves exotiques remontent vers la surface, en petites bulles, lentes,
Comme les ferments même de cet univers.
La liberté tient alors au coup de nageoire.

 

07.11.2021

L’homme s’est mis une couche de pommade pour ne rien penser
Pour ne pas penser à sa solitude
d’être vivant
sur cette Terre.
Des pommades, tout un tas de pommades
pour faire une couche de sens épais.
Malgré cela, avez-vous déjà attrapé un coup de néant?
Ça vous prend comme ça
au milieu de la rue, au milieu d”une chaussée
au milieu de la nuit, en ouvrant les yeux
A la caisse enregistreuse à mesure que les articles avancent sur la tapis,
Et peut-être juste avant “l’idée” de mort, comme quand on regarde la vitre sans voir encore à travers elle.

 

 

07.11.2021

Tout passe et rien ne passe
Mais parfois il faut fixer ce qui passe
Même si le souvenir est trompeur
Comme un verre sans eau
Sans l’eau qui reflète le paysage tant aimé.
Mais le banc reste le banc, malgré tout là
Le banc hors du banc
Qui ne s’est jamais souvenu de nous
Mais qui nous reconnaitra, et nous accueillera avec le même paysage.

 

23.04.2022

Finalement, je n’ai plus besoin d’aller nulle part
Je suis nulle part
Non dans le chemin tracé des jours
Mais dans l’interstice, quand le segment temporel manque à l’appel
Et qu’il n’est rien d’autre à faire, que d’attendre 
Au bord d’une gare, que d’attendre et voir :
Et là : – il n’est rien. Cet instant rappelle d’autres instants,
Un autre lieu, une autre gare
Un ruisseau devant lequel je restais assis tout le jour,
Puis l’asphalte à cette heure presque désert devient ce ruisseau que j’entends
couler nettement
Et mes yeux ébahis contemplent l’espace – pauvre
avec son minuscule bistrot, sa seule voiture arrêtée,
et les passants passant dont une est perdue, mais par dessus tout
Mes yeux contemplent la liberté
(ou l’espace la sienne.)
C’est bien moi ici, c’est bien le privilège du même lieu.
Un lieu où tout est possible,
mais où le possible est retranché de l’action.
Que faire ? Rien. Savourer, sourire, s’inviter s’inventer
Mais déjà, on me klaxonne.

24.04.2022

L’idée d’une pierre n’est pas la pierre.
L’idée du poème n’est pas le poème.
Et la vie, que peut-on dire d’elle ?
Et la mort ? 
Par la combustion des lignes, le poème peut agir, provoquer mille brûlures mille éclats. Et la page physique n’aurait rien laisser transparaître de la situation une fois la lecture  passée.. 
L’inspecteur devra lui-aussi emprunter le récit, s’il veut comprendre le crime, ou l’empreinte, mais une fois transformé lui-aussi par l’épreuve, comment pourra-t-il parler, déduire, depuis la pièce absente ?
L’inspecteur n’aurait d’autre choix que de se mettre en besogne, pour réaliser lui-aussi le crime parfait, et de dire à qui peut l’entendre Mais voyez, mais voyez !  
Le point de la page est parfois là pour remonter à la surface de l’oubli, une mémoire disparue, enfouie. Mais qui emprunterait ces veinules, une fois celles-ci découvertes ? Et pour aller où ? Certains lieux sont véritablement hantés, chargés d’une puissance particulière, magnétique, comme si une force supérieure nous observait, et pourtant accessible à l’intériorité de celui qui passe.
Haut-lieu qu’on retrouve en certains lieux, dans certaines charges, dans certaines stances, silences, blancs, bancs, pour qui peut voir, entendre.   

12.04.2022

                                                                         e

Fenêtre ouverte,
prochain arrêt Vigneux-sur-Seine 
Le monde s’active : Mouche Conducteur de travaux Pelleteuse
Le monde s’active en moi. 
Il est de plus en plus difficile de nettoyer les mots, dans l’eau 
de la fontaine et de les faire sécher sur le bord de la margelle. 
Chacun devient matière, granuleuse, comme pierre ; 
Ou bien tout est-il contenu dans cette seule lettre ?
Comme une fenêtre ouverte. 
Autour de moi, les gens chantent. 
Ouvrir les paupières pourrait être un acte érotique
comme celle qui fait glisser la serviette à tes pieds. 
Je bois les paroles comme des gazouillis,
Et chaque mot est un effort extrême d’une pierre qu’on ne peut plus bouger.
 
                                                                n
l                  v   
                                e        
                                                                        t

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