Bien sûr nous pourrions dire : rien
Rien qu’un peu formerait une espérance
un point d’appui
Mais si ce point se manifestait
l’abondance nous survivrait
Nous ne saurions qu’en faire
Elle serait louche
Catégorie : Poèmes (Page 36 of 37)
Journal des poèmes
Et toi nuage, qui es-tu ?
Et toi oiseau : d’où viens-tu ?
Et toi papillon : quel est ton nom.
Je viens d’un pays lointain,
quatre murs ;
Ma soif de vous connaître
vaut l’obscurité de mon pays ;
La lumière du vôtre.
Entre deux regards le bateau a disparu
de la fenêtre
Mes pensées sont allées loin, dit-il
pourtant une seconde est passée
Une seconde c’est la vie
c’est une goutte d’eau qui se déplace
J’aimerais être comme elle
durant la traversée lui ressembler
et disparaître.
Les graviers autour des tombes ressemblent
à nos morts
L’océan, sa langue turquoise
Franchir le mur
Les chants des passereaux ont une vibration d’étoiles
Le goéland a le rire bas.
(Granville)
C’est un ange déchu
Qui marche dans la plaine,
C’est un ange – ému
Dans une aube sereine.
Nulle trace, et pourtant,
Tout est là : aube première,
C’est d’un pas hésitant
Qu’il goûte la lumière.
Le monde est son miroir ;
La beauté éternelle
Le salue ! si légère
Qu’on entend toute étoile.
Savourer la vie par les petits détails.
Rien, en fait.
Rien de beau ou de joyeux,
rien qui élève l’âme
ni ne retranche à la tristesse.
Rien, pas même un détail
ni la fougue amoureuse (mais là-dessus, devrais-je dire désir, comme quand on lorgne un beau et gros cul, ou le pied joliment apprêté qu’on confondrait avec le haut du cornet, sa crème glacée, ou sa pointe, croustillante).
Rien, rien de tout ça. Pas même un détail ni le reste. Rien – o vieil impie.
Ni la légèreté. Rien. Mais un rien qui soit équitable où que le regard porte,
comme un rocher au milieu de la rivière, sans eau, près du pont.
Embarqués dans une galère, la même
passagers assis debout de dos de face
dans ce bus droit pas même courbe (pourquoi pas)
les géraniums s’en balancent.
Direction Nord, la vigne annonce la couleur
quelques feuilles éparses
mais les platanes sont malades ;
On se fait des politesses
À part baiser et combler l’angoisse, rien de neuf – heureusement
Le bébé s’en fout c’est le sein qui compte
petit coeur La fillette veut sa sucette
les mains s’accrochent le chien aboie
remue ça tangue on a traversé la Seine.
Dans la vitre près du conducteur
une femme debout de dos
le visage éclatant de la mort.
Ce qui ne peut-être dit
doit-il être tu ?
La rose ne peut-elle éclore
et sa forme et la ronce
et la douleur ?
Garde tes peines
accueille la rosée
et sa goutte
De sa forme naît la couleur
et l’Univers
qu’elle porte en elle
La tombée du soir
le parfum de ces roses emplit l’âme
quel parfum quel spectacle
au loin une cloche, une cloche qui tinte,
la cloche d’une église dont les contours
se noient dans la lumière lointaine
du village
Cela forme une butte, tandis que la parfum des roses emplit la nuit
c’est un parfum sucré, et discret
que les contours d’un grillon accompagnent,
ouvrant les alvéoles pulmonaires un peu plus qu’elles ne l’étaient
laissant entrer la nuit, plus loin
tandis que le coeur bat, à l’unisson de l’instant,
du présent
Des années me séparent de ce poème
comme je m’exerçais à savoir comment
le parfum de ces roses jaunes pouvait être restitué
au son de la cloche lointaine
Pourtant, l’instant n’a pas changé
et je remercie le poème
de m’avoir déposé à nouveau dans cette soirée.
Les étoiles ont cessé de briller
un lampadaire éblouit la nuit
les nuages réverbèrent le passage d’un avion
(en direction de lui-même, c’est indiqué)
quel silence que l’obscurité est profonde
le souvenir d’un grillon persiste
des masques grimaçants passent au-dessus du banc
Je bois une autre bière
l’obscurité a-t-elle mangé la nuit ?
pourtant l’olivier, dans la clarté du lampadaire, tient tête
il est grand il respire
au-dessus de lui une trouée
une étoile sept huit
la nuit ne prend pas partie.
