J’ai donc écrit un poème en anglais
Assis en dormant sur un banc
C’est donc un poème en anglais écrit lisiblement
Tandis que le soleil échaude le sable autour du banc
Et que la bande en plastique blanche rouge oscille vibre.
Les yeux fermés, je ne reconnais rien autour de moi
Ni en moi, à l’exception de ce phénomène d’étrangeté.
Je suis seul. C’est la place du poète, un strapontin
Comment assumer cette solitude où rien n’est vrai sinon l’affliction que les corps s’imposent
où le monde (des hommes) suit la déclivité,
Comment assumer cette solitude en celui habité par la tentation du sommeil,
Comment assumer cette solitude mon cœur mon enfant ma révolte,
Comment assumer cette place où tout n’est pas pareil que le passé ?
Tout ça fut écrit dans un poème en anglais
Et la chute est un éclat de rire comme une levée de rideau :
Nous sommes tous des enfants abandonnés que le soleil pardonne.
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Journal des poèmes
Nous eûmes aspiré à autre chose
et finalement nous mordons la poussière
La langue lèche les parquets et les angles
Il faut mettre le paquet, dit-on
En fait il s’agissait de mettre le paquet et d’aspirer
Nos ventres sont mal remplis et les dents sont sales
Mais ils font aussi de la prévention
ils nous disent que nous allons dégueuler ou crever
Ils mettent sur les paquets les images
affreuses de la Terre qui brûle, ou pétrifiée
pour nous sensibiliser,
nous dire que tout ceci a assez duré
Alors les hommes se révoltent
les dents se déchaussent au moment de crier
les paroles ne sont pas claires
c’est compliqué à entendre
le silence comment fait-on pour exprimer le silence
quand les machines tournent à fond
nuit et jour, bruit et joue
Alors l’un d’eux s’arrache le cœur, et c’est beau
et l’image est mise sur les nouveaux paquets
de lessive
je n’ai pas besoin de grand chose
je n’ai pas besoin d’aller
à l’autre bout du monde
j’ai besoin d’un peu de lumière
j’ai besoin d’un peu de mouvement aussi, et d’eau
mais si la lumière venait à manquer
si le mouvement venait à rompre
alors il me faut partir,
à l’autre bout.
C’est vrai que je puis partir
pourquoi être pressé de rentrer chez soi
Ce chez soi est partout je l’oublie trop souvent
en chacun de mes pas déjà
et les portes sont en chacune des parties (que mon corps regarde)
Portes omises, portes entrouvertes
Seulement voilà il faut cette excitation de lumière
ce départ de feu, ce quelque chose, pour les voir
aujourd’hui, ce fut toi lumière
réaction en chaîne
C’est vrai que je puis partir
pourquoi être pressé de rentrer chez soi
Ce chez soi est partout, je l’oublie trop souvent
déjà, en chacun de mes pas
et les portes sont en chacune des parties (que mon corps regarde)
Portes omises, portes entrouvertes, portes mises,
Seulement voilà, il faut cette excitation de lumière
ce départ de feu, ce quelque chose pour les voir
aujourd’hui ce fut toi lumière,
réaction en chaîne.
Il fait froid, moins 4 peut-être
Le rayon de soleil perce
Je l’ai vu traverser la devanture
qui fait l’angle (de ma rue
et de la rue Ernest Cresson)
Elle baigne dans le soleil
Tous types de vêtements,
retouches, est-il écrit.
Bien sûr nous pourrions dire : rien
Rien qu’un peu formerait une espérance
un point d’appui
Mais si ce point se manifestait
l’abondance nous survivrait
Nous ne saurions qu’en faire
Elle serait louche
Et toi nuage, qui es-tu ?
Et toi oiseau : d’où viens-tu ?
Et toi papillon : quel est ton nom.
Je viens d’un pays lointain,
quatre murs ;
Ma soif de vous connaître
vaut l’obscurité de mon pays ;
La lumière du vôtre.
Entre deux regards le bateau a disparu
de la fenêtre
Mes pensées sont allées loin, dit-il
pourtant une seconde est passée
Une seconde c’est la vie
c’est une goutte d’eau qui se déplace
J’aimerais être comme elle
durant la traversée lui ressembler
et disparaître.
Les graviers autour des tombes ressemblent
à nos morts
L’océan, sa langue turquoise
Franchir le mur
Les chants des passereaux ont une vibration d’étoiles
Le goéland a le rire bas.
(Granville)
C’est un ange déchu
Qui marche dans la plaine,
C’est un ange – ému
Dans une aube sereine.
Nulle trace, et pourtant,
Tout est là : aube première,
C’est d’un pas hésitant
Qu’il goûte la lumière.
Le monde est son miroir ;
La beauté éternelle
Le salue ! si légère
Qu’on entend toute étoile.
