Pêcheurs en bord de nuage
Ligne ligne
Faire le tour du galet,
dans le roulis.
Fermer les yeux
Et puis rien : mais le rien
du cerf-volant,
Paupière dans l’horizon.
(Dieppe)
Journal des poèmes
Pêcheurs en bord de nuage
Ligne ligne
Faire le tour du galet,
dans le roulis.
Fermer les yeux
Et puis rien : mais le rien
du cerf-volant,
Paupière dans l’horizon.
(Dieppe)
Je suis dans le train.
Tout ici est fait pour me souvenir que je suis dans le train.
J’écris depuis la béance.
Mesdames et messieurs, dit le contrôleur, je vous rappelle que notre train accuse un retard de 25 min.
Cette béance que je subis, en qualité de passager, me rappelle que j’ai tout loisir de l’observer.
Est-elle un don ?
Ne faudrait-il pas être aveugle ?
Je regarde le train :
La nature entre et circule.
Elle entre et circule, et dit :
Je suis la béance.
Dans le tunnel, où elle n’entre pas, chaque homme est la maille d’une même toile.
La béance ouvre sur l’ailleurs.
La nature le sait aussi.
(train Nomad, Paris-Dieppe)
Un pictogramme :
4 personnes
2 flèches
3 sièges
Merci de céder ces places
Qui viendrait s’installer ?
L’aveugle et sa canne voyante.
Le pas gagnant, enrubanné dans un plâtre.
L’espérance à portée de doigts.
Merci de céder ces places
Certes.
(Ligne 6)
La goutte, les gouttes
Glisse sur la vitre,
Dessinent des chemins ;
Dehors, le vert dit la nature, frêle, mais quand même :
Luzerne, sujets — arbres isolés — lisière ;
Et je ne l’avais pas vu
Pas senti, je respire.
Dans le TER, une voyageuse ouvre en grand
son parapluie
Que puis-je vouloir à présent ?
L’univers est là.
(ter)
Que peut-on
Soustraire, traire
Après ?
Le gain d’obscurité avec le néon qui s’éteint
Le siège dans mes yeux
Les passagers
Le soleil qui frappe les paupières ?
Les doigts formant ces mots ?
La lettre qui change ses voyelles, ses consonnes : qu’est-elle ?
La chute ? le sommeil l’escamoterait comme la pièce dans le faux-tiroir
Mais, confond-on la soustraction de la mort et celle au présent ?
Le poème est un moment gagné.
(Ter)
Le mot juste serait la perle sur le cristal
La lumière frappe sans détour
Mais peut-être a-t-elle traversé mille chemins obscurs
Pour nous toucher
Qui le sait ?
En toute circonstance
Le même endroit
Comment peut-on vivre cassé ?
(bus 64)
L’environnement presse la phrase
se tait.
Le capitaine serait prudent d’en rester là ;
Imploserait.
Sourire
Sourire, en corps
Jusqu’à
provoquer
La modification de la courbe.
Barracuda est loin.
(Bureau)
Je suis là,
Assis dans le rer.
J’ouvre les yeux,
Il faudrait que je voie :
« Ah, ah que c’est… »
Cette phrase fait l’effet d’un ballon
Ou sa ficelle ou sa nacelle
Liii.br..
Combien le mot est difficile à prononcer.
Je vois comme on voit depuis le manège
Vertige, ou la grande roue
Liiibre
Ah ! regarder l’enfant, son sourire
Au stand, il vient de gagner un son contre un sans
— Et là.
(Rer C)
Tout ce qui survient fait sens : tout va de soi, dans ce square, près de la gare, dans une configuration qui s’actualise, s’ordonne. Je suis là, mais je pourrais être là — un là différent alors que le banc lui n’a pas bougé. Je pourrais être ailleurs aussi, mais je vois cet ailleurs depuis là — ce banc, et là et ailleurs deviennent alors aussi évanescents que pétales au vent. Je suis là et tout ce qui survient fait sens : l’arrivée du rer, son freinage dans mon dos, mon dos, le cri de la mésange — à quelque hauteur, les joies de l’enfant sur la balançoire. Les moucherons. Et mille indices sur le sol, à mes pieds, qui pourraient faire l’objet d’un roman tant le détail du parterre est celui d’une galaxie. Ceci, je l’ai déjà dit ailleurs. C’est au même endroit. Je suis là. Ainsi l’accent sur le là comme une touche de piano. La, la — la. Je suis là et ce pourrait être ailleurs.
(Square de la gare)
Je marche à côté d’un nuage
Les problèmes du jour :
ajoutons un —
La distance que crée le ciel
m’éloigne du soupir.
Dans le wagon, le soleil décline, sa présence sur ma main
Et l’ombre, il peut s’agir d’une virgule
à mettre là
Je me dirige vers la nuit.
C’est dire si le problème valait son poids.
(Rer C)