1er février 2025
18 h 06
Le merle revient
J’écoute sa phrase
Il parle –
Je l’écoute. Il élabore des phrases plus modulées que la voix de l’homme Donald Trump
Ce merle posé près de moi a plus de vertu, dirait-on
que le président de la première puissance
du continent américain
(Ensuite, pendant quelques instants mes pensées vont comme des feuilles au vent)
Le soir tombe
Il est 18h 12
Le merle s’est tu.
Catégorie : Poèmes (Page 2 of 35)
Journal des poèmes
Les gens n’ont le temps de rien. Aussi je devrais raccourcir cette nouvelle pour avoir une chance de rencontrer mon lecteur. Mais son manque d’attention risquerait de nous entrainer tous deux dans la chute. Mais son manque d’inattention risquerait de nous percuter. Cela s’appelle le principe de résistance, de réalité. Il a beau forcer je suis là, derrière. Je résiste. Il pousse, je tiens encore. Si bien que ce jeu minuscule pourrait durer des heures. C’est à moi de cesser alors que le lecteur lui continuerait volontiers. Les gens veulent des intrigues. Ils veulent des histoires dans lesquelles se réfléchir. Ils veulent des miroirs dans lesquels se reconnaitre. Le cadre s’y prête. Le cadre s’y prête.
« Elle aussi voulait partir, mais elle est en retard », dit-elle dans son téléphone. Ce matin, la brume s’est glissée dans le RER ; son paysage. Reviens. Reviens ici. Redescends dans la sensation. Tu es dans le RER comme un soldat aux aguets. Derrière son rocher. Reviens. Reviens encore. Tu es ce que tu vois et ce que tu vois est immédiat. Prends l’immédiat dans tes mains, tes bras. J’ai beau avoir mon âge, l’immédiat et moi-même nous nous regardons. Un instant. L’immédiat est l’espace révélé à lui-même. J’éclate tous les ballons.
(Rer C)
Chaque jour est une victoire sur la mort.
Faire le dos rond,
comme une tortue.
Avoir la patience de l’arbre.
Le monde s’agite autour de moi,
croît, déchoit.
Rien à faire.
Mon heure n’est pas venue.
Mais ce sourire
— C’est l’éclosion de l’aube.
(Rer C)
J’ai épuisé le sujet
J’ai gonflé l’éponge
Je l’ai pressée
J’ai épuisé l’éponge
La larme hésiterait, mais alors
seul l’extérieur, tout l’extérieur serait une larme
Il fait nuit, il fait jour
Il fait toutes les saisons
Mais il reste, il reste
Ah, comment le nommer
Mais il y a
Il y a
Je lis des vivants qui ne sont pas morts.
Je les lis — aussi.
Peut-être quelqu’un verra-t-il le livre que je tiens contre ma cuisse, à présent que je dors ;
le livre posé de dos, ouvert à la page du poème que je terminai de lire,
Le chasseur étourdi.
Quelqu’un qui dira : Je le connais, lui, Luis Sepúlveda, c’est un intime. Je lui dirai — Et qui reprendra l’avion vers le Chili — Et qui dira au téléphone, une fois arrivé :
J’ai rencontré ton lecteur,
Il dormait dans le TER, tu lui tenais vie.
Mais le poète est mort ;
Mais le poète est né encore une fois.
Cloué un peu
Là à l’entrée du RER
Dans le matin Sur le siège en direction De
La passagère me le rappelle : Je l’ai appelé quatre fois, ajoute-t-elle dans le combiné
Cloué un peu, au lieu de,
Mon siège
Quoiqu’il fasse beau
Que la lumière entre Que je sois
vivant
Cloué un peu
Cela m’ôte les paroles sont muettes
Je rentrerai ce soir,
J’écrirai mon poème
– branlant,
Bam, le soleil
Sans cesse les paroles
coulent
sur votre corps,
Dans les transports.
Comme un robinet mal fermé.
On se croirait, dans une salle d’eau
avec des fuites, dans le tuyau
Dans le pommeau dans le plafond :
Fuite de mots,
Sans cesse sans cesse.
Le soleil vous sèche
Quoique.
Tension : tant scion
Pourquoi une présence attire plus qu’aucune autre
Corporellement,
Spirituellement ;
Spirituellement, scientifiquement
Mon corps
Et donc ma parole hésitent ;
Quand une autre, qui s’installe à côté de la première, rebute :
La tristesse rebute
Plus qu’elle, la désespérance.
(Je quitte le siège)
Vivant, rester vivant.
Ce n’est pas une injonction, dis-je en marchant
C’est une vérification.
Je suis, vivant.
Mais il reste la virgule.
Parfois, on croise un regard, bref et rieur
Qui défait le point
Que pourrais-je voir à quoi je ne sois pas attentif. Je suis attentif aux personnes, à leur posture, à quelques informations, panneaux, à une atmosphère d’ensemble… “Attention, freinage puissant” est-il écrit à côté de la porte automatique, ou encore “Cédez votre place”. Mais je manque à chaque fois les détails, comme par exemple le motif du siège sur lequel la passagère face à moi est assise, ou la forme des poignées de sustentation, ou le nombre de stries du soufflet entre deux wagons. Mais surtout, il est cette chose qui m’échappe toujours, qui échappe à chaque fois, qui tient en cette phrase, salvatrice quand elle se rappelle à moi : Tout va bien, je suis arrivé. Oui, je suis arrivé. Où que le train aille, où que j’aille. Alors, je peux ralentir… Je peux souffler…
Mince ! mon arrêt.

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