Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 2 of 33)

Journal des poèmes 

03.02.2025

Je suis enfermé dans le cauchemar des jours. Je suis prisonnier du corps. À moins que le corps soit prisonnier de moi ; vasque ouverte sur le monde. Je n’ai pas vraiment choisi d’être ici ni aujourd’hui. Et toute l’information traitée, autour de moi, fait peu pour mon confort. Être sur une île déserte ajouterait à mon désarroi. Je laisse passer à travers mes yeux, deux vifs sourires sauvages et timides. D’un noir précieux. Il faudrait imaginer le corps comme une caverne, comme un abri, habité par deux félins, toujours libres de la quitter, ici et maintenant pour la grande aventure.

 

16.01.2025

Et après, Peut-on envisager le vide entre les deux syllabes ?
Peut-on envisager depuis, entre les deux
Une plante serait la réponse circonstancielle
Dans les gravats
La question n’aurait pas de phrase pour l’habiller,
La plante serait la couverture comme le reste des vies
Mais nul ne la poserait
Tout vivrait dans la béance,
Ce serait un rêve sans séquences
Aux balbutiements de la clarté ;
Mais l’étonnement ne serait-il pas l’état premier ? 
La vie chercherait le chemin pour se penser ?

 

23.12.2024

Apprendre, accepter cette part qui fait que je ne suis plus tout à fait au même endroit
Et que seul la part lucide entremêlée des rêves me fait constater
A plusieurs reprises ; me montre un autre chez moi,
Que je reconnais. Qu’ai-je ramené ?
Une sensation, une émotion, une impression ?
Me souviendrais-je demain
Quand je retrouverai ce texte au hasard des feuilles dispersées
Ou ceci ne sera-t-il plus qu’une sensation vague, qu’une amorce de rêve,
Qu’un morceau de papier qu’on garde pour la photo.

 

23.11.2024

Je suis chez moi. Je transcris le poème. Je lève les yeux, je souffle un bon coup. Je lève les yeux. Je me vois dans le store, dans le reflet, dans la vitre. Il est 18 h 53. Je regarde mes doigts qui tapent sur le clavier. Je me regarde à nouveau dans le reflet, tout à fait suspicieux. Le linge tourne dans la pièce à côté. Pourtant, tout est là, à sa place. Le reflet du verre est là, il bouge si ma main déplace le verre sur la table. Dans le reflet de la pièce la lumière derrière moi m’indique qu’une lumière est derrière moi, et je me tourne en effet : elle est bien là, je suis bien là. Je souffle un bon bouc. Je regarde mon reflet, un sourire de diable se dessine, c’est certain je me scrute. Qui parle ? Il existe quelqu’un entre lui et moi, et ce quelqu’un est moi-même : mais dès lors moi disparaît et lui s’éteint. Comme une flamme au bout d’une mèche. La flamme se rallume. Je lève les yeux. Mon reflet me regarde dans la vitre, tout à fait suspicieux pendant que j’écris. On dirait qu’il n’est pas content, qu’il va me sauter dessus. Je souffle un donc à l’attention de qui, allez savoir… Je regarde mes mains taper sur le clavier. C’est vertigineux, on dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Mais qui est « il » ? L’index frotte le pouce. Il ne sait. Quelqu’un d’autre me regarde. J’accepte la situation. Un frisson parcourt mes bras jusqu’aux mains, le corps. Les poils se hérissent. Je ferme les yeux, je respire avec une attention plus marquée. Suis-je à l’endroit que je crois être ? Le bruit de la machine à laver me parvient mais je perçois que le bruit n’est pas celui de la machine, mais de ma reconnaissance ; je me laisse bercer par ce bruit autre, qui donne une étrangeté à l’espace où je me situe. Je me souviens à présent être nulle part, tout à fait nulle part, je veux dire sans date particulière ; j’aimerais ouvrir les yeux pour savoir où je me situe ; mais à défaut j’ouvre mes yeux, mon index éprouve une difficulté particulière à taper ; j’aimerais me reconnaître, mais la première fois est la plus… je n’arrive pas à trouver le qualificatif qui ferait que la phrase entre jusqu’au trou — étonnante, difficile ? Mon corps insiste pour me gratter le bras, le nez, la nuque, l’autre bras. Je reviens ici, une décharge se manifeste en l’écrivant. Ici est circonspect. J’ai de la chance d’habiter cet ici comme la peau sa pomme… “Comme l’appeau sa pomme, comme l’appeau sa paume” tapent les doigts. Ils s’en vont dans la nuit.

Pièce, chez moi, 18h53, 23.11.2024

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