Littérature, écriture

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01.02.2025

1er février 2025
18 h 06
Le merle revient
J’écoute sa phrase
Il parle –
Je l’écoute. Il élabore des phrases plus modulées que la voix de l’homme Donald Trump
Ce merle posé près de moi a plus de vertu, dirait-on
que le président de la première puissance
du continent américain
(Ensuite, pendant quelques instants mes pensées vont comme des feuilles au vent)
Le soir tombe
Il est 18h 12
Le merle s’est tu.

11.01.2026

Les gens n’ont le temps de rien. Aussi je devrais raccourcir cette nouvelle pour avoir une chance de rencontrer mon lecteur. Mais son manque d’attention risquerait de nous entrainer tous deux dans la chute. Mais son manque d’inattention risquerait de nous percuter. Cela s’appelle le principe de résistance, de réalité. Il a beau forcer je suis là, derrière. Je résiste. Il pousse, je tiens encore. Si bien que ce jeu minuscule pourrait durer des heures. C’est à moi de cesser alors que le lecteur lui continuerait volontiers. Les gens veulent des intrigues. Ils veulent des histoires dans lesquelles se réfléchir. Ils veulent des miroirs dans lesquels se reconnaitre. Le cadre s’y prête. Le cadre s’y prête.

 

29.01.2026

« Elle aussi voulait partir, mais elle est en retard », dit-elle dans son téléphone. Ce matin, la brume s’est glissée dans le RER ; son paysage. Reviens. Reviens ici. Redescends dans la sensation. Tu es dans le RER comme un soldat aux aguets. Derrière son rocher. Reviens. Reviens encore. Tu es ce que tu vois et ce que tu vois est immédiat. Prends l’immédiat dans tes mains, tes bras. J’ai beau avoir mon âge, l’immédiat et moi-même nous nous regardons. Un instant. L’immédiat est l’espace révélé à lui-même. J’éclate tous les ballons.

24.01.2026

Et si. Mais si. Et si.
Et si l’idée aujourd’hui était, simplement, de sortir de mon corps. Une sortie franche, nette et vigoureuse. De se dire Ah enfin, c’est l’heure ! C’est l’heure de. Du geste. La difficulté dans mon cas, maintenant que je vais dans la rue d’un pas vigoureux, franc, net, ma difficulté tient dans les conditions de l’expérimentation, car ce que je constate, est que, de cet arrachement, il reste, dans l’attention – ou la tension de posture –, une image. Une image en mouvement : celle de l’arrachement. Et pas. Pas plus. Certes elle fonctionne parfaitement, comme le moulin à poivre qu’on tourne, de deux, trois degrés. Mais après, mais après ; mais après. Que reste-t-il ? J’en suis là depuis tout à l’heure dans mes pensées.
Je me rends compte que mon corps est déjà loin, qu’il marche d’un pas franc, net et vigoureux. Si bien qu’il faut que je me dépêche de le retrouver.
Je l’ai même perdu de vue.

 

15.01.2026

Chaque jour, je fais le même effort. Rentrer dans une boîte. Le vide me fait-il peur ? Je dis : Je n’ai pas le choix : J’ouvre le couvercle : je m’installe : je fais des contorsions inouïes je m’en félicite : je me félicite d’avoir tenu je suis heureux de mon sort je me convaincs, à la fin du jour il ne s’est rien passé sinon d’avoir tenu dans une boîte avec il faut bien l’avouer quelque exercice de délassement. M’évaporer ? Je suis quelqu’un de solide. Me sublimer ? J’y songe. Mais réfléchissons. Que se passerait-il ? Rien d’autre au bout d’un moment vague que la recherche d’une nouvelle boîte. La liberté réside-t-elle dans le fait de passer de l’une à l’autre ? De se contraindre soi-même dans sa boîte, sans contremaitre pour vous y obliger ni vous soumettre ? D’être admiré pour votre souplesse et vos talents de contorsionnistes par vos collègues, ou des passants passant par là ? Est-il des secrets que je n’aurais pas percés, comme celui de boîtes emboîtées ? Doit-on s’exercer à l’illusion, séparé dans deux boîtes, tantôt réuni ? Faut-il maintenir le mystère d’une boîte, mi-ouverte mi-fermée, tant les deux états semblent vérifiés ? Un chat miaule à la fenêtre. Il a faim.

20.01.2026

Je suis heureux d’avoir pu me dégager et de faire comme si. En effet, quand je viens au bord, je suis heureux de constater à minima le reflet de mon étonnement. Parfois, on m’oblige : à mettre un doigt, le pied, le torse. Mais soyez sûr que j’agis avec circonspection, que j’entre à reculons. Est-ce le fait que je ne m’apprécie pas ? Que mon visage vieillit ? C’est tout aussi vrai autrefois. Et l’assurance, celle qui vous dit que tout est vain, se conquiert sur le silence. Si je ne me baigne pas, aujourd’hui ni demain, c’est que je pense que l’espace appartient aux fééries qui furent découvertes. Telle une espèce de luciole bleue qui vole, au-dessus du cours, plus haut. Ou d’autres fééries libres d’aller, de venir, qui nous éloignent chaque fois du château. J’espère que mon travail sera entendu pour ce qu’il est. Et que les quelques animaux maladroits, trouvés ici et là, et pourtant tout à fait réels, seront aussi intrigués, plus qu’un coup de clairon.

 

09.01.2026

Je lis des vivants qui ne sont pas morts.
Je les lis — aussi.
Peut-être quelqu’un verra-t-il le livre que je tiens contre ma cuisse, à présent que je dors ;
le livre posé de dos, ouvert à la page du poème que je terminai de lire, 
Le chasseur étourdi.
Quelqu’un qui dira : Je le connais, lui, Luis Sepúlveda, c’est un intime. Je lui dirai — Et qui reprendra l’avion vers le Chili — Et qui dira au téléphone, une fois arrivé :
J’ai rencontré ton lecteur,
Il dormait dans le TER, tu lui tenais vie.
Mais le poète est mort ;
Mais le poète est né encore une fois.

 

29.12.2025

Cloué un peu
Là à l’entrée du RER
Dans le matin Sur le siège en direction De 
La passagère me le rappelle : Je l’ai appelé quatre fois, ajoute-t-elle dans le combiné

Cloué un peu, au lieu de, 
Mon siège
Quoiqu’il fasse beau
Que la lumière entre Que je sois
vivant

Cloué un peu
Cela m’ôte les paroles sont muettes

Je rentrerai ce soir,
J’écrirai mon poème
– branlant,

Bam, le soleil

 

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