Littérature, écriture

Auteur/autrice : rd (Page 47 of 57)

01.07.2018

Puisque le livre est fermé, que ces personnages sont libres, que ses personnages errent parmi les vivants, et les vivants parmi les morts, et les vivants parmi les personnages de fiction, comment trouver l’issue, et la fuite : le point de perspective qui redonnerait au décor sa dimension première, sa dimension narrative, sa dimension de papier, pages qu’on ouvre et qu’on ferme, qu’on livre et qu’on ferme. Ainsi, le narrateur, pour la première fois, ferait le pari de sa fiction, au risque de ne plus paraître parmi ses contemporains.

23.06.2018

Les deux portes-fenêtres l’une ouverte, l’autre fermée 
le soleil inonde la pièce comme j’ouvre un oeil 
et lui redonne son exact volume,
volume de belle espérance 
d’un à venir déjà clos dans le présent 
redonnant au présent son entier volume.
J’ouvre les yeux et je souris de cette espérance 
comme si toute l’épaisseur avait été lavée 
et que je retrouvai mes yeux d’enfant dans un corps nettoyé et lavé.

21.06.2018

Ces sales caractères, difficile de les effacer, de les dépasser, de les déplacer. Et rage et rajoutez-en : il n’est pas plus facile de couper le fil. Tout vous plombe. En chaque pore, ça s’accroche. Rien ne sert de tirer, ça s’accroche. Et l’arme descend lentement. Il faut être patient. Baver le moins, sortir les pinces (c’est une image bien sûr). Ne rien faire, patienter. Jeter l’ancre, comme on dit. Ne rien faire, patienter. Laisser venir. Se contorsionner. Laisser venir. Laisser venir, puis rendre tout noir. Laisser l’encre s’immiscer jusqu’à tout recouvrir. Attendre que la lucarne s’ouvre. Puis d’un bras leste, disparaître.

31.05.2018

Discutez, discutons, 
mais sait-on la qualité d’une conversation 
à la qualité de ses silences. 
Discutez, discutons. 
Elle est intarissable : son débit, son flux, c’est un flot immense,
comme si le saumon remontait à la source. 
Son partenaire rame un peu. 
Moi, je suis sur le bord, sur la table à côté,
terrasse ouvert, nous sommes le 31 mai.
Je sais que tu es là.

27.05.2018

la poésie est un état 
parfois des chemins s’ouvrent 
n’écoute pas ceux qui parlent de poésie 
mais lis ceux qui l’écrivent  
il y a une différence  entre feu et feu 
certains s’enflamment,  
parfois les chemins sont redoutables
mais on trouve toujours quelques pensées qui l’égaient de leurs couleurs
assemblées
et, un échafaudage, n’est pas non plus le signe de mauvaise santé
au contraire, c’est un manque d’attention qui préoccuperait 
dans la brèche  
les coquelicots ne disent rien
On finit par voir un soleil,   
un soleil gigantesque dans un ciel dégagé
si tard sur la route que les corps n’ont plus d’ombre   
   

23.05.2018

Ainsi ce sera ma petite entreprise, le réel
à regarder les pigeons, marcher dans un square
à les observer – voler, atterrir
à regarder leurs mouvements de masse sur l’herbe du
square (ça vaut pas les vagues, certes)
parmi les hommes, assis sur les bancs, ou pas.
Ainsi ce sera ma petite entreprise,
parmi les hommes ou pas.

22.05.2018

Je marche pour rester vivant. Je vais d’un point vers l’autre. Le monde se disloque; le monde est un terrain de jeu: sortir de ses frayeurs. Sans quoi, je finirais comme le monde, dans une cage à poules. Ce sont d’abord des cris, de révolte ou d’indignations. Ensuite c’est le silence. Puis la dislocation. La dislocation prend du temps. Personne ne se rend tout à fait compte. Même si une chose étrange traverse l’esprit, les corps, les villes, semble s’être posée, sans être visible, une chose que les gens traversent, puis contournent. Marchant dans la rue, on ne se rend pas compte. Pas plus que le soleil se souvient de nous. Non le soleil qui vous rôtit la peau, mais celui qui fraie à l’ombre, parmi les herbes que le fruit la fleur contiennent. Bien sûr, ce n’est pas évocateur. C’est comme une pomme, une tomate, une mandarine, ça se croque, c’est tout. 

11.05.2018

C’est un problème de temps. C’est un problème d’attention. J’avais oublié qu’on ne pouvait plus voyager ; qu’on ne pouvait plus non plus être seul. Même si le soleil est même pour tous. J’ai fait une croix sur mes espoirs d’être publié. Sans trottinette, j’irai à pied. Acceptez ce qui se présente, ce n’est pas recevoir tout d’un bloc mais le tailler. Accueillir l’inacceptable, il finit par se tarir. Un jour, on reçoit la mort. Elle est le vase qui accueille les roses, et qui reste sur la table, bien avant qu’elles n’éclosent. Savoir dire non quand même. Sans but, il serait difficile de faire une chute acceptable. Et la posture finit par terre.  Oui, il est dur de voyager. Il est dur d’être seul. Je me retrouve emmêlé, entre les pages, entre les caractères, avec des personnages, ne sachant s’ils sont réels ou de fiction, convenant moi-même d’une fiction nécessaire, a minima, pour que le réel et la réalité ne se dérobent pas au quotidien. Adossé contre la vitre d’un panneau publicitaire, aux affiches mobiles, je conçois alors être à l’orée d’un grand voyage dont l’issue est incertaine. Je dois m’asseoir. 

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