Le vent sait danser
dans les feuilles de pruniers
Emporter le jaune
Le vent sait danser
dans les feuilles de pruniers
Emporter le reste
Littérature, écriture
Le vent sait danser
dans les feuilles de pruniers
Emporter le jaune
Le vent sait danser
dans les feuilles de pruniers
Emporter le reste
Où cloîtrer le temps ?
Entre les deux platanes ? entre leurs feuilles ?
Entre les mains du vieux monsieur qui passe et repasse.
Dans les gestes de la serveuse qui déplie les tables.
Dans les coups lointains de marteau-piqueur.
Dans les chants de cigales, qui font vibrer la place.
Place ronde, mon regard saisit le temps.
Les poissons tournent dans le bassin,
Les voitures tournent autour de la place,
Et l’enfant soulève la poussière avec son aiguillon.
Regarde. Arrête-toi.
Respire. Il n’est personne autour de toi.
Ou si peut-être : Lierre pourpre, berbéris des aïeux, cerisier de Sainte-Lucie,
toutes ces plantes que tu nommes pour la première fois, que tu longes ici.
Ou si peut-être. Tous ses corps qui comme autrefois, mais tu l’avais oublié, marchent autour de toi,
animés de cette part non visible, o combien manifeste.
Je vois ! J’avais oublié ! Je verrais ailleurs
la tendresse de la matière,
et tout ce que ma langue a tant de mal à saisir, cueillir, baiser,
prise au piège le reste de l’espace et du temps de la lumière.
Mais vois ce banc. Souviens-t’en.
Assieds-toi dans la nuit.
Que le monde est exotique.
Cette nuit, je discutais avec le songe en lui expliquant mes difficultés à publier. La première était que le travail était si délicat qu’une écoute de travers risquait de tout corrompre. Et qu’ensuite, le travail n’avait plus besoin d’être publié, ne représentait pas l’état des matières à venir. Est-ce peut-être pour cela qu’il existe une table des matières dans les livres de bon usage ? Ensuite, je n’arrivais pas à dormir dans le rêve, car quelqu’un avait allumé une ampoule au-dessus de mon lit. Par ailleurs dans le rêve, il n’était pas possible de vivre dans la lumière, comme l’hôte, ses yeux de fillette, ne la supportait pas. J’avais dû avancer deux ou trois autres arguments au songe, sur l’orgueil et la vanité de publier, étant incapable de lui citer mon ami Pierre Drogi sur cette dernière pesée. Et que par conséquent, je n’étais pas en pouvoir de délivrer quoi que ce soit. Un peu comme un arbre auquel on commanderait de commander aux saisons, parce qu’il perd ses feuilles en automne et produit ses fruits en été.
(Vers le 15 juin, par là)
Il y a quelque chose de merveilleux,
un étonnement renouvelé à arpenter la Terre,
Peut-être que le miracle de ce tout qui nous entoure,
de tout ce qui est,
de ce qui me traverse,
tient-il dans cet étonnement ;
Que tout est là, oui !
dans l’étonnement de la pierre à être pierre,
dans l’étonnement de l’arbre à être arbre,
tandis que mes pas arpentent le sentier.
Tout va bien.
Est-ce la pointe du silence
sur la mer du rien ?
Peut-on nommer rien ce qui entoure ;
Où le verre n’est ni dehors, ni dedans
Mais posé sur la table.
On pourrait boire, mais le corps désaltéré peut le remplir à nouveau.
Tout va bien.
Les mots seraient au pire un glaçon
quel autre usage, ici et maintenant ?
Les laisser fondre.
Attention, ouvre l’oeil ! le bon !
Ne trouves-tu pas ça bizarre ?
Ce cocker… Et cet arbre ?
Tous font comme si de rien n’était.
Ah ah ah ! Même les arbres !
Même les marronniers de l’allée !
À moins qu’ils sachent, qu’ils marchent droit, et fassent semblant de ne pas voir,
fassent semblant de diversion ! passants, cyclistes, piétons,
que cette manière d’aller, de marcher, soit un leurre ;
Que chacun voie, mais se taise.
Ne pas faire plus malin que le pigeon qui picore un grain,
que la roue qui tourne sur elle-même. Allons donc.
Cette dame, assise sur le banc, fait-elle semblant de lire,
Ou prend-elle la posture de celle qui fait semblant de ne pas lire ?
Tiens, tiens. Ce chien a l’air fort fatigué.
L’homme assis sur le banc a ses yeux qui lui tombe dans ses mains.
Cette femme qui ferme les paupières a-t-elle des yeux qui lui poussent.
Décélération, le monde à bout portant.
La trottinette
Ses seins rebondissent
Ah, les pavés
Qui lirait quoi que ce soit ?
Nous avons besoin de silence d’espace et de temps
Chaque jour le langage emporte son flux au fond du caniveau
Ça ne suffit pas à laver le silence l’espace et le temps
Nous risquons notre vie pour un verbe
Ni avant ni après
Et toute une vie peut tenir sans que la promesse éclose.
Le cerisier en fleurs
Tant de grâce et pourtant ;
Le cerisier en fleurs
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