Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

16.06.2019

C’est vrai. 
Après tout, pourquoi attendre
Les péages, la vitesse. 
Il suffit que la gare ait une panne, 
Tout s’arrête, s’assoit, se fige.
Pourquoi attendre ; devant la machine. 
Je suis ébahi de celui qui, sur une marche de gare, traverse mille lieux, mille gares,
mille paysages.

 

13.06.2019

Voilà moi
Toujours à m’émerveiller d’un caillou, petit, bien lisse
Et à faire sur l’étendue des ricochets,
les plus loins,
Je n’ai pas fait de château moi, pourtant Et pourtant.

05.06.2019

C’est étrange, croyez-moi, de savoir que ce que vous êtes en train d’écrire est déjà écrit ; ça laisse sur la langue et sous les doigts un goût de bizarre. L’écriture, les mots, révèlent un film ; passer du fil au film ; l’écriture n’est plus un fil mais une révélation. Comme c’est étrange. Il reste en surface une forme de beauté, des lettres à contempler, et l’énigme du signe tout de même. Et bientôt de s’interroger sur cette présence – flottante, comme si le signe faisait apparaître autre chose – encore, un nuage. On se met à rêver, entre la page et le nuage, à vagabonder, la page devenue paysage d’une vallée où le regard se perd. On en viendrait presque à sentir la goutte qui tombe sur la paupière. 

30.05.2019

Le pin maritime 
Qu’ai-je dit de plus 
Le pin maritime 

 

26.05.2019

Je vais plus vite à pied que la file des voitures,  
Mais,  je préfère ralentir, — jouer : avec la lumière : jouer avec le monde.
Franchement, je n’avais pas vu tout cet or à portée de richesse,  
maintenant que le monde parle, qu’il s’ouvre comme fleur,
je vais devoir ralentir — encore et en corps. 
Je tourne, je tourne et je descends l’avenue du Maine,
Je préfère rouler plutôt que de marcher ;   
Aurais-je un jour la grâce et la sagesse d’un arbre ?

 

26.05.2019

Le pas de côté
faire un pas de côté, 
qu’il est dur à faire, 
toujours un truc à faire ;
Pas de côté 
penser le pas de côté, 
non, au contraire,
le truc à pas faire !
Aller tout droit 
comme si de rien n’était.

 

25.05.2019

Quand je m’arrête, wouaoh 
Tout l’espace retrouve sa clarté
Tout respire : et pas que la couleur des géraniums, rouges, à leur balcon,
même le gris sous les pas du pigeon boiteux. 
D’où vient cette impression de redécouvrir pour la première fois ? 
Toutes mes pensées m’ont quitté
J’avais peut-être les paupières trop ouvertes, 
Il suffit d’une pour que les autres suivent, toutes s’envolent.
« Je vois » « je vois », clame-t-il rue Delambre. 
L’espace et le temps ici sont magnifiques,  
ainsi que les personnes qui passent. 
Tiens, voici un pigeon qui s’est posé sur le balcon d’en face. 
Me souviendrai-je de ce moment ?  
ou le poème ne sera-t-il que le souvenir lointain, mort ? 
Je croise les pattes. 

25.05.2019

le concert de pluie 
les notes de musique 
fleur(e)s et feuilles 

21.05.2019

Je prends mon risque,
Je suis dans la poésie
C’est plus casse-gueule que le langage
(Certains se vêtent avec élégance,
d’autres prennent ce risque)
C’est plus casse-gueule que le langage :  
Le vertige le mot, le mot le vertige ; 
Je prends ce risque au quotidien
je suis assis dans le RER ;
C’est comme un guépard assis dans un RER 
Vous le trouvez assorti au tissu
Mais ça s’arrête là
C’est pareil pour le siège. 

20.05.2019

Dehors, les sirènes hurlent. Je me souviens de ce même instant, il y a dix ou douze ans. Mais, il y a dix ou douze ans, mon lit était de l’autre côté. Et ce n’est pas les sirènes qu’on écoutait, mais des manifestants. Il y avait cette idée de mouvement dans les voix des sirènes comme dans celle des manifestants. Je me souviens qu’à l’époque mes préoccupations étaient autres, et concernaient la durée d’un haïku et la durée d’une vie. Il reste entre les plis du sol des morceaux de papier qui quand on les ouvre sont des morceaux de rêves, des préfabriqués, en deçà desquels s’ajoute une autre vie, à l’identique, plus décontractée. Je suis dans la même pièce, à dix années d’écart, ou douze. Dehors les sirènes n’arrêtent pas de hurler. Je pose un oeil sur la branche du houx. 

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