Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

13.07.2019

Au bord d’un nuage :
je pensai que mon fils m’avait lancé une pierre,
mais c’est un oiseau. 
Et, ce que j’ai pris tout à l’heure pour un déchet plastique est un papillon.  
Au bord du même nuage, un vigoureux frêne m’instruit 
— ses branches, sa lumière, —
tandis que mon fils est entré dans les eaux du canal, 
montrant les poissons autour de lui ;
On ne se lasse pas des miracles.

 

14.07.2019

Les enfants sautent et jouent dans la forêt, gonflable, juste avant le terrain de foot, tandis que le bois étend sa lisière derrière. Le monde ne dit rien et pourtant le mystère du monde est présent en chaque chose ; en tout — même dans la tribune vide en bordure de terrain, même dans le caillou. Le mystère transpire du ciel, des nuages, de la surface de toutes choses ; et plus encore à cet instant, des arbres qui se dressent à la lisière du bois ; de chacun d’eux. Et mon impatience non à le décrire, mais à y entrer, équivaut à mon silence. D’un château l’autre, d’une forêt l’autre ; allons, allons les enfants. 

 

13.07.2019

Où termine l’ici et maintenant ? Où commence l’après ? Moi qui suis assis sur un banc, regardant le soir tomber, et prendre forme dans le corps des choses : dans le corps des arbres allongés, de l’autre côte de la rive ; dans les reflets. Moi qui suis assis sur ce banc, et me concentre, me déconcentre, comme un caillou tombé dans l’eau. Mais ce n’est pas le moment exact ; l’instant est la congruence, à la congruence de mille autres. Dans le ciel, les étoiles apparaissent, l’une après l’autre ; comme les points d’un récit, dont les phrases ne demanderaient qu’à paraitre, ici et maintenant. Le chant de la grenouille a ce don, que dis-je le pouvoir, de lier tous les moments. À présent, je suis là, entre l’ici et le maintenant, comme si l’ici et le maintenant s’étaient détachés, l’un de l’autre, et formaient deux nénuphars. Je suis bien là, entre deux nénuphars.

 

11.07.2019

Les marques fondent, 
la parole s’éteint. 
Elle fait l’effet d’un fil tremblotant dans la grille sans ressentir l’air du ventilateur ;
On vit encore avec son image pour les plus talentueux, 
son souvenir, on souffle on souffle pour prolonger la mémoire des habitus,
mais la parole ne dit rien. 
Et certains s’évertuent à faire la grande roue, 
à faire la paon et le « pan » dans la grande roue ;
Mais c’est un cerceau géant, gérant, garant, 
Mais ça ne les grandit pas, 
Et le monde s’éteint.

30.06.2019

Certains, toute leur vie, fixeront une sorte de voile, derrière lequel se tendent les mains, les espoirs, l’effort. On eut presque été certain de toucher sa lumière, et chaque effort aurait la forme d’une boucle, et chaque effort aurait la forme d’une boucle, d’une flammèche, qui s’éteindrait avec. Toute sa vie, on poursuivrait cette quête, déçu par l’initiative qui ne ferait que singer cette vertu tant recherchée, déçu aussi par toute initiative qui s’en rapprocherait, sans jamais la toucher. Un peu comme un mort qui se surprendrait à lever le voile de sa propre mort. Disparaître avec le voile suffirait.

16.06.2019

C’est vrai. 
Après tout, pourquoi attendre
Les péages, la vitesse. 
Il suffit que la gare ait une panne, 
Tout s’arrête, s’assoit, se fige.
Pourquoi attendre ; devant la machine. 
Je suis ébahi de celui qui, sur une marche de gare, traverse mille lieux, mille gares,
mille paysages.

 

13.06.2019

Voilà moi
Toujours à m’émerveiller d’un caillou, petit, bien lisse
Et à faire sur l’étendue des ricochets,
les plus loins,
Je n’ai pas fait de château moi, pourtant Et pourtant.

05.06.2019

C’est étrange, croyez-moi, de savoir que ce que vous êtes en train d’écrire est déjà écrit ; ça laisse sur la langue et sous les doigts un goût de bizarre. L’écriture, les mots, révèlent un film ; passer du fil au film ; l’écriture n’est plus un fil mais une révélation. Comme c’est étrange. Il reste en surface une forme de beauté, des lettres à contempler, et l’énigme du signe tout de même. Et bientôt de s’interroger sur cette présence – flottante, comme si le signe faisait apparaître autre chose – encore, un nuage. On se met à rêver, entre la page et le nuage, à vagabonder, la page devenue paysage d’une vallée où le regard se perd. On en viendrait presque à sentir la goutte qui tombe sur la paupière. 

30.05.2019

Le pin maritime 
Qu’ai-je dit de plus 
Le pin maritime 

 

26.05.2019

Je vais plus vite à pied que la file des voitures,  
Mais,  je préfère ralentir, — jouer : avec la lumière : jouer avec le monde.
Franchement, je n’avais pas vu tout cet or à portée de richesse,  
maintenant que le monde parle, qu’il s’ouvre comme fleur,
je vais devoir ralentir — encore et en corps. 
Je tourne, je tourne et je descends l’avenue du Maine,
Je préfère rouler plutôt que de marcher ;   
Aurais-je un jour la grâce et la sagesse d’un arbre ?

 

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