“Soyez terrestre,
élevez-vous”, disent les mouettes.
Les moineaux, à hauteur de ciel,
de nuage, de chaises
veillent au grain : sable ! soleil !
Il me souvient de l’enfant,
ancré, ancré,
mais quel âge a-t-il,
quel âge terrestre ?
qui déroulait son fil, entre ciel et mer
Puis déployait ses ailes,
son cri.
Catégorie : Poèmes (Page 33 of 37)
Journal des poèmes
Il n’y a pas d’échappatoire puisque Poésie est
Il n’y a pas d’autre monde que celui qui se présente
chaque fois que l’homme ouvre les yeux
le saluent
Parfois il faudrait une allumette pour se rappeler
Ou une amulette qui se mettrait à crisser chaque fois que les volets se ferment pour nous désigner la transparence.
Mais à présent, tout me conduit en Lui : monde à l’état brut, sauvage, terriblement familier,
où chaque détail révèle sa nature, sa présence
Dans le parc où je me situe, les bancs sont des sculptures; des livres à ciel ouvert sur lesquels les passants ont posé leurs fesses,
Les pigeons, pourtant mièvres d’habitude, nous indiquent, par leur présence et leur vol, une direction, du moins une correspondance.
On voudrait croire à l’illumination, au surgissement synchrone de la pensée avec ce qui entoure, par le tintement des cloches
Mais la page se referme pour laisser le champ libre et vierge.
Certaines paroles se diluent
le ciel est saturé
cela n’ôte rien de la mécanique perceptible, imperceptible des êtres
Au contraire, les lettres posées sur le monde semblent plus denses,
sans que les mots n’aient de sens
Les deux portes-fenêtres l’une ouverte, l’autre fermée
le soleil inonde la pièce comme j’ouvre un oeil
et lui redonne son exact volume,
volume de belle espérance
d’un à venir déjà clos dans le présent
redonnant au présent son entier volume.
J’ouvre les yeux et je souris de cette espérance
comme si toute l’épaisseur avait été lavée
et que je retrouvai mes yeux d’enfant dans un corps nettoyé et lavé.
Discutez, discutons,
mais sait-on la qualité d’une conversation
à la qualité de ses silences.
Discutez, discutons.
Elle est intarissable : son débit, son flux, c’est un flot immense,
comme si le saumon remontait à la source.
Son partenaire rame un peu.
Moi, je suis sur le bord, sur la table à côté,
terrasse ouvert, nous sommes le 31 mai.
Je sais que tu es là.
Allées de marronniers ; lumière
Les enfants, les passants, passent
(et même les pigeons)
et même les marronniers dans la beauté du monde
Lumière et mouvent, lumière et mouvement
Ce “me” furtif m’émeut.
la poésie est un état
parfois des chemins s’ouvrent
n’écoute pas ceux qui parlent de poésie
mais lis ceux qui l’écrivent
il y a une différence entre feu et feu
certains s’enflamment,
parfois les chemins sont redoutables
mais on trouve toujours quelques pensées qui l’égaient de leurs couleurs
assemblées
et, un échafaudage, n’est pas non plus le signe de mauvaise santé
au contraire, c’est un manque d’attention qui préoccuperait
dans la brèche
les coquelicots ne disent rien
On finit par voir un soleil,
un soleil gigantesque dans un ciel dégagé
si tard sur la route que les corps n’ont plus d’ombre
Ainsi ce sera ma petite entreprise, le réel
à regarder les pigeons, marcher dans un square
à les observer – voler, atterrir
à regarder leurs mouvements de masse sur l’herbe du
square (ça vaut pas les vagues, certes)
parmi les hommes, assis sur les bancs, ou pas.
Ainsi ce sera ma petite entreprise,
parmi les hommes ou pas.
Regarder les nuages
couler sur la toiture
Laisse l’oiseau entrer
et se poser
Ce à quoi le corps s’accroche
ne sont-ce pas les branches malingres du passé ?
Il faudrait tout ôter
jusqu’à déraciner le ciel
Mais que resterait-il derrière le velux ?
Pépiements :
les feuilles d’un arbre
Quand il fallut installer la dictature, on supprima les bancs. Ensuite, on supprima les silences. Il fallait que chacun se rende d’un point à l’autre. Sans discontinuer. L’esprit devait toujours être occupé, à se remplir, ou à transporter quelque chose, tels que des mets. Sans néanmoins que cet objet pèse car l’objet est le regard lui-même. Le regard vide ne pouvait pas être toléré à moins qu’il s’agisse d’un regard rempli de vide où le vide occupe la place du regard. Ceux-là on les tolère, ils ne sont pas visibles. On ne les voit pas. Comme les arbres. Ce sont des arbres qui marchent, dirait-on. Je suis entré dans un jardin, je me suis assis.
