Faire des selfies avant la mort,
ou regarder le ciel.
Mon fils creuse le sable.
Ne plus être vraiment là :
l’esprit, les coups de trop ; mais hors soi.
Le monde est une épaisse couverture et les arbres du jardin seraient mes poils.
Le monde est une question de distance,
Mon fils m’apporte une pâquerette.
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Journal des poèmes
Il y a peut-être, toujours, ce désir renouvelé
de voir les choses
des prisons
nous nous infligeons des prisons,
certains se les infligent avec un grand jardin, d’autres avec un espace minuscule,
nous allons d’une prison à l’autre, en attendant la délivrance ,
si ça se trouve, nous pourrions nous retrouver circonscrits à un point
après la mort,
ou, enfermés dans le rien,
ce qui serait le comble de l’ironie.
Je suis nulle part entre le jour et la nuit
Je ne remarque pas cette inquiétude dans les yeux des passants
Je remarque des yeux tournés en soi ; pas la flamme blanche
parfois une lumière, parmi les gyrophares
parmi les lumières et les enseignes
Il est normal que les moineaux récoltent les miettes
le pain se fabrique à l’entrée du jour.
Un ou deux poèmes, pas plus
après tout c’est un bon salaire ;
Avec cette monnaie, on ne paiera rien, de matériel sur Terre
avez-vous essayé ?
Pourtant, un beau poème ravit autant qu’une bonne clémentine
Et mille fois le même poème dans mille mains font
mille clémentines dans mille autre mains ;
me voilà riche !
Me voilà riche d’un poème.
Il restera une attitude
Comme la part du squelette ou
comme une fleur de vie
Comme une racine agrippée à
Comme la part de l’ange
ou le cadavre minuscule.
accepter la finitude
ne plus savoir où l’être respire
même si le passage d’une roue rend l’adhérence de nouveau palpable
une cuillère suffit
les gouttes d’enfant, d’oiseau, de pluie
les premiers besoins seraient d’être vêtu et manger
le reste est donné
Un monde où chaque jour l’énergie se consume à faire vivre
une lampe ;
Une lampe, probablement magique, puisqu’elle apparait.
Peu importe l’énergie consumée pour faire vivre cette lampe.
Cette lampe serait possible en chaque instant :
Il suffit de la voir, même quand elle n’est pas là,
Il suffit de la savoir même si elle n’apparait pas ;
C’est son autre côté magique.
Cette lampe ne fait rien pour qui l’admire ; son miracle est ailleurs.
Je ferme les yeux,
Je ferme les paupières sous le soleil.
L’environnement retrouve sa clarté.
Les cris d’enfants, les joies de pelles, retrouvent leur clarté première.
Les bruits s’entremêlent dans cette clarté joyeuse.
Un instant suffit pour tout perdre,
pour voir le château disparaître.
Mystère enfui, enfoui sous les sables.
Fenêtre entrouverte, le houx luit autrement. Le houx, dans l’entrebâillement de la fenêtre, propage un peu de son éclat dans le houx de la vitre. Ce n’est pas le même houx, dirait-on, qu’autrefois. De même il en va des troènes, dans la fenêtre entrouverte, dont les branches bougent derrière celles du houx, lentement. Si le vent était langage, réussirait-il à mouvoir ces lettres? Fenêtre entrouverte, chair du monde.
Être vieux, c’est être moins souple,
Plus d’accès.
La lune est cachée par le parasol.
C’est la même nuit, le mystère en moins.
Être vieux, c’est attendre dans un paysage qui sert de décor
Sans horizon, ni trompe-l’oeil,
Et ordonner ses affaires
dans l’attente d’un grand voyage
où tout restera à quai.
