Mes amis dorment. Tout dort ici. Ça ressemble à la mort. Je regarde leurs visages. Tout est passé vite.
Plus rien. Le voile s’est échappé ; le voile qui jouait les yeux. C’est peut-être mon heure : celle à partir de laquelle je vois le train depuis le monde des morts. J’écoute. Un enfant émerge de sa sieste. Ses phrases sont dans une intention sonore, parfaitement phrases même si aucun mot ne sort. Tout est clair. Je voyage dans le lieu où bientôt je ne serai plus. Je l’observe comme on est sans corps. Je voyage dans le voyage. Respiration lente, alentie. Mon corps est dans les deux univers. Comment respirer, d’une traversée à l’autre. Comment rester, d’une traversée à l’autre. Comme la fleur enracinée. Comme l’orchis pyramidal. 
Comment fait-elle ?

(TGV, 27.06)