Voilà moi
Toujours à m’émerveiller d’un caillou, petit, bien lisse
Et à faire sur l’étendue des ricochets,
les plus loins,
Je n’ai pas fait de château moi, pourtant Et pourtant.
Catégorie : Poèmes (Page 30 of 37)
Journal des poèmes
Je vais plus vite à pied que la file des voitures,
Mais, je préfère ralentir, — jouer : avec la lumière : jouer avec le monde.
Franchement, je n’avais pas vu tout cet or à portée de richesse,
maintenant que le monde parle, qu’il s’ouvre comme fleur,
je vais devoir ralentir — encore et en corps.
Je tourne, je tourne et je descends l’avenue du Maine,
Je préfère rouler plutôt que de marcher ;
Aurais-je un jour la grâce et la sagesse d’un arbre ?
Le pas de côté
faire un pas de côté,
qu’il est dur à faire,
toujours un truc à faire ;
Pas de côté
penser le pas de côté,
non, au contraire,
le truc à pas faire !
Aller tout droit
comme si de rien n’était.
Quand je m’arrête, wouaoh
Tout l’espace retrouve sa clarté
Tout respire : et pas que la couleur des géraniums, rouges, à leur balcon,
même le gris sous les pas du pigeon boiteux.
D’où vient cette impression de redécouvrir pour la première fois ?
Toutes mes pensées m’ont quitté
J’avais peut-être les paupières trop ouvertes,
Il suffit d’une pour que les autres suivent, toutes s’envolent.
“Je vois” “je vois”, clame-t-il rue Delambre.
L’espace et le temps ici sont magnifiques,
ainsi que les personnes qui passent.
Tiens, voici un pigeon qui s’est posé sur le balcon d’en face.
Me souviendrai-je de ce moment ?
ou le poème ne sera-t-il que le souvenir lointain, mort ?
Je croise les pattes.
Je prends mon risque,
Je suis dans la poésie
C’est plus casse-gueule que le langage
(Certains se vêtent avec élégance,
d’autres prennent ce risque)
C’est plus casse-gueule que le langage :
Le vertige le mot, le mot le vertige ;
Je prends ce risque au quotidien
je suis assis dans le RER ;
C’est comme un guépard assis dans un RER
Vous le trouvez assorti au tissu
Mais ça s’arrête là
C’est pareil pour le siège.
Je m’an . cre
Je m’enra . ce
Je veux
Je bran che
J’éclos
Je . clo . che
Je bran che
Je tou che
Je bran che
Je tou . che
Je . che
Tout est dans les
Je chut . e
La mer fait rouler
fait rouler les galets
au coeur au creux de l’oreille
les galets parlent au coeur
la mer cet enfant
vous saute dans les bras.
Derrière la vitre, un autre monde ; un autre monde luit.
Je suis allongé.
Pourtant, si j’ouvrais la vitre, pour m’y rendre,
je passerais de l’autre côté, dans le monde ancien ;
dans le monde ancien que mes pas arpentent chaque jour, chaque matin.
Il faudrait que cet autre monde entre chez moi ;
comme il entre à cet instant ;
autre monde, auquel j’appartiens, pleinement.
se libérer des dernières peurs
la peur est comme un poste-frontière, un douanier, une guérite
une illusion de flamme plus qu’une allumette, beaucoup plus que la lumière que nous connaissons,
mais qui par son illusion de flamme devient flamme, vous brûle les doigts (On se souvient de la douleur)
se libérer des dernières peurs
la vie n’est pas cette grille cochée dans la fenêtre, au feutre noir, qui finit par obstruer le passage de la lumière, du jour
jusqu’au mouvement : si le corps devient une allumette (le risque est grand).
se libérer des dernières peurs
objectivement tu as tout : Un corps, de l’eau, un coeur
il suffit d’oser batifoler dans la lumière – loin des tableaux, des représentations –
là où l’obscurité est la plus grande
ici, que pourrait-il t’arriver
Monde déjà su.
Monde déjà vu. Ou peu.
Monde familier malgré le néant qui sépare ce monde
de mes yeux de mon corps de mes mains.
Monde-présent passant comme une promesse d’avenir
Comme un chez-soi malgré les limites qui me séparent de sa présence.
Ce monde est-il peut-être à l’image de mon être ? Lui qui défile dans la fenêtre
au moment où le tunnel le ferme sous mes paupières.
C’est peut-être allé loin (loin en spéculation). Et pourtant ce monde est bien là
Ce monde familier dont je suis aussi le dépositaire par la présence de mes mains, de mon corps de mes yeux.
