Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 2 of 36)

Journal des poèmes 

17.04.2026

Je suis là,
Assis dans le rer.
J’ouvre les yeux,
Il faudrait que je voie :
« Ah, ah que c’est… »
Cette phrase fait l’effet d’un ballon
Ou sa ficelle ou sa nacelle
Liii.br..
Combien le mot est difficile à prononcer.
Je vois comme on voit depuis le manège
Vertige, ou la grande roue
Liiibre
Ah ! regarder l’enfant, son sourire
Au stand, il vient de gagner un son contre un sans
— Et là.

(Rer C

14.04.2026

Tout ce qui survient fait sens : tout va de soi, dans ce square, près de la gare, dans une configuration qui s’actualise, s’ordonne. Je suis là, mais je pourrais être là — un là différent alors que le banc lui n’a pas bougé. Je pourrais être ailleurs aussi, mais je vois cet ailleurs depuis là ce banc, et là et ailleurs deviennent alors aussi évanescents que pétales au vent. Je suis là et tout ce qui survient fait sens : l’arrivée du rer, son freinage dans mon dos, mon dos, le cri de la mésange à quelque hauteur, les joies de l’enfant sur la balançoire. Les moucherons. Et mille indices sur le sol, à mes pieds, qui pourraient faire l’objet d’un roman tant le détail du parterre est celui d’une galaxie. Ceci, je l’ai déjà dit ailleurs. C’est au même endroit. Je suis là. Ainsi l’accent sur le là comme une touche de piano. La, la — la. Je suis là et ce pourrait être ailleurs.

(Square de la gare)

14.03.2026

On peut parfois, entre deux virgules, sortir, s’asseoir, se trouver là ; à nouveau, dans le flux du monde. C’est même la seule chance, quand la pensée s’arrête, qu’elle peut s’arrêter ; qu’elle rejoint le corps sur le banc, comme la branche l’oiseau. Ne pas l’effrayer, faire comme si de rien était. Avoir la chance de n’être personne, de pouvoir être chacun des passants, ou de n’être rien. Regarder sa main, le bas de pantalon, ses chaussures croisées, regarder sa main à nouveau, s’en étonner — d’être l’aimable propriétaire de cette main ; sourire à tous de son propre étonnement d’être là. Le soleil décline, les ombres sont géantes.

(Jardin des Plantes)

10.03.2026

Je ne fais aucune promesse que celle qui se présente : à présent. Nul éclat. Nul « attends de voir ce qui vient ». Je ne dérange ni les fleurs ni d’impeccables aïeux, parce qu’ils sont à leur place et que je suis à la mienne. Mais je sais que je leur dois tout. Ma promesse est ailleurs, contenue dans ces mots ; ne sachant pas ce qu’elle est, mais prêt à la cueillir. Un sourire a la forme d’une assiette. Et l’assiette, celle d’une pièce qui se forme. Je resterai au seuil, dans l’ombre, pour mieux l’accueillir, comme on évase le bord, sur le tour.

(Ligne 14)

03.03.2026

Ainsi les petits voiliers sur l’eau, combien vont-ils ?
Cinq, douze, j’en compte dix-neuf.
Rouge-jaune, rouge-verte, verte-bleue, leurs voiles
Et le noir. Coques rouges, parmi les deux canards.
Autour du bassin, les enfants attendent avec leur canne.
Les mains se tendent quand la barque arrive.
Le cœur penche : ils poussent.
Au milieu, le jet d’eau lui aussi penche comme une horloge, paresseuse
qui inonde le monde d’une heure indolente.
L’eau ondule, le vent pousse parfois.
Et l’enfant jubile, maitre du destin.

(jardin du Luxembourg)

 

01.03.2026

Il y a un Dieu qui a inventé l’oiseau,
Lui vole.
Il est un Dieu qui a inventé
L’arbre, la fleur, les saisons ;
Et l’homme a inventé le train
D’où il peut voir la création du monde.
Il peut voir, car le monde ne lui demande rien, à présent
Et qu’il est dans le train
Comme le cheval s’en retourne au pré.
Il peut écrire un poème,
De remerciement.

 

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