Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 2 of 34)

Journal des poèmes 

29.01.2026

« Elle aussi voulait partir, mais elle est en retard », dit-elle dans son téléphone. Ce matin, la brume s’est glissée dans le RER ; son paysage. Reviens. Reviens ici. Redescends dans la sensation. Tu es dans le RER comme un soldat aux aguets. Derrière son rocher. Reviens. Reviens encore. Tu es ce que tu vois et ce que tu vois est immédiat. Prends l’immédiat dans tes mains, tes bras. J’ai beau avoir mon âge, l’immédiat et moi-même nous nous regardons. Un instant. L’immédiat est l’espace révélé à lui-même. J’éclate tous les ballons.

(Rer C

09.01.2026

Je lis des vivants qui ne sont pas morts.
Je les lis — aussi.
Peut-être quelqu’un verra-t-il le livre que je tiens contre ma cuisse, à présent que je dors ;
le livre posé de dos, ouvert à la page du poème que je terminai de lire, 
Le chasseur étourdi.
Quelqu’un qui dira : Je le connais, lui, Luis Sepúlveda, c’est un intime. Je lui dirai — Et qui reprendra l’avion vers le Chili — Et qui dira au téléphone, une fois arrivé :
J’ai rencontré ton lecteur,
Il dormait dans le TER, tu lui tenais vie.
Mais le poète est mort ;
Mais le poète est né encore une fois.

 

29.12.2025

Cloué un peu
Là à l’entrée du RER
Dans le matin Sur le siège en direction De 
La passagère me le rappelle : Je l’ai appelé quatre fois, ajoute-t-elle dans le combiné

Cloué un peu, au lieu de, 
Mon siège
Quoiqu’il fasse beau
Que la lumière entre Que je sois
vivant

Cloué un peu
Cela m’ôte les paroles sont muettes

Je rentrerai ce soir,
J’écrirai mon poème
– branlant,

Bam, le soleil

 

11.12.2025

Tension : tant scion

Pourquoi une présence attire plus qu’aucune autre
Corporellement,
Spirituellement ;
Spirituellement, scientifiquement
Mon corps
Et donc ma parole hésitent ;
Quand une autre, qui s’installe à côté de la première, rebute :
La tristesse rebute
Plus qu’elle, la désespérance.

(Je quitte le siège)

Vivant, rester vivant.

Ce n’est pas une injonction, dis-je en marchant
C’est une vérification.
Je suis, vivant.

Mais il reste la virgule.
Parfois, on croise un regard, bref et rieur
Qui défait le point

 

24.11.2024

Que pourrais-je voir à quoi je ne sois pas attentif. Je suis attentif aux personnes, à leur posture, à quelques informations, panneaux, à une atmosphère d’ensemble… “Attention, freinage puissant” est-il écrit à côté de la porte automatique, ou encore “Cédez votre place”. Mais je manque à chaque fois les détails, comme par exemple le motif du siège sur lequel la passagère face à moi est assise, ou la forme des poignées de sustentation, ou le nombre de stries du soufflet entre deux wagons. Mais surtout, il est cette chose qui m’échappe toujours, qui échappe à chaque fois, qui tient en cette phrase, salvatrice quand elle se rappelle à moi : Tout va bien, je suis arrivé. Oui, je suis arrivé. Où que le train aille, où que j’aille. Alors, je peux ralentir… Je peux souffler…
Mince ! mon arrêt.

08.11.2020

Je suis arrivé. Je suis arrivé.
Il faut voir les choses en face.
Je suis arrivé, point. Le long voyage a pris fin.
J’y suis. Cela peut paraître étrange,
d’entendre cet homme, assis sur un banc,
répéter sans cesse : Je suis arrivé.
répéter sans arrêt : J’y suis.
On pourrait presque croire qu’il voyage encore
et que ces paroles qu’il clame sont l’espérance qu’il se donne
pour sauter d’un train.
Il se lève et s’assoit.   

 

23.08.2025

Il y aura toujours une attente,
Toute phrase précède un devenir
Toute phrase est un devenir.
Le lecteur est attentif pour les tenir, bout à bout
Et voir la flamme dans le circuit noueux de brindilles.
Il y aura toujours une attente
Cette flamme, dans les yeux de l’enfant, s’explique-t-elle ?
Elle est comme un rêve
On brûlerait sa langue de l’approcher, la faible précaution la ferait perdre, et nous fuirions celui ou celle qui substituerait son cœur danse, dansant, de paroles, inutiles.
Il y aura toujours une attente
On peut la porter, dessus l’index et le pouce, et la mettre en signe avec des feux follets dans la forêt du songe.
Pourtant, il suffit de la regarder, une et nue.
Il y aura toujours une attente
Et c’est ainsi.

« Older posts Newer posts »

© 2026 Raphaël Dormoy

Theme by Anders NorenUp ↑

%d blogueurs aiment cette page :