Littérature, écriture

Catégorie : Journal des poèmes (Page 1 of 16)

Journal des poèmes 

03.05.2021

Certains regards ont tant de beauté
Bien plus de beauté que le paysage ;
Certains regards ont bien plus de paysages que le paysage lui-même.
Oh comme j’aimerais rester dans le train,
Éternellement, à regarder votre paysage
Dont je ne sais rien.
Certains regards vous magnétisent
Comme une source d’eau vive.
Ce paysage, enfin ce regard, pose la pierre à son endroit
Le futur à sa place,
Et tout ce que la vie contient de vie est dedans vos yeux.
Que restera-t-il ?
La tendresse des pierres,
Une hésitation.

 

17.04.2021

Se tenir hors, un peu.
Le banc crée cette illusion,
La langue crée cette illusion,
Se tenir hors la langue ; ou la voir rouler et jouer 
dans les jambes de l’enfant ;
Ne pas céder à l’habitude
de l’allée des platanes plantées,
Ou devenir soi-même paysage dans le paysage
Banc sur le banc, 
Et Accueillir celui qui vient.

 

15.04.2021

Un bon nuage, un gros nuage.
Un de ces bons gros nuages qui vous éclaire la vue.
Qui vous remplit de bleu.
Qui vous sort du sol. Vous fait monter aux cieux.
Qui vous remplit les yeux le ciel d’étincelles.
Ah ce bon gros nuage, O comme je l’aime.
Tout revient comme avant, ou presque.
Paysage net autour – ou presque.
Enfin pas tout, mais quand même, quand même un peu.
Qui vous sort d’un rêve, du sortilège, les désagrège.
O nuage.

 

05.04.2021

S’asseoir sur un banc, quitter le fil
un instant,
Laisser les poussettes passer, devant le banc
et leur cortège d’années.
Saluer le pigeon, à la rigueur,
ou s’écorcher l’oeil contre l’écorce du tilleul,
Mais quitter le fil,
Et se remettre là, chez soi,
à l’entrée de chez soi
avec cette furieuse envie de dire, de creuser.
Tenir le signe à distance,
– les aboiements, les claquements de porte
des toilettes, des taxis -,
et toute la géographie des lieux
qui m’éloignerait d’ici,
près d’un homme en quête de conversation.
Oui, rester là, à l’orée du signe, comme poil de bête,
Et accepter de ne pas aller plus loin ce jour,
de rester sur le banc
les yeux mi-ouverts mi où vers,
comme les enfants dans leur poussette.

 

27.02.2021

Le ciel ne sait rien des oiseaux
ni du ciel,
ni de nos joies ni de nos peines.
Les hommes attendent sous l’écran
avec leurs yeux grands ouverts comme bec
l’horaire du train ;
Tandis que les pigeons
sont en amour pour une fois.
Le ciel ne sait rien du ciel,
ni de nos joies ni de nos peines.
Mais le soleil sait retrouver son fils
Et tous les êtres de lumière.

 

22.03.2021

La Seine charrie sa durée.
L’homme charrie la sienne dans l’interstice des jours.
Nous construisons le ciel, ou des naufragés
Quels poids avons-nous sur le cours ?
Allons, laisse-toi, laisse-toi aller. Epouse le mouvement des secondes, des jours,
des saisons. Déleste-toi
et tant pis pour ce que le courant emporte.
Concentre-toi sur le voyage,
Concentre-toi sur ta propre lumière,
comme le font les oiseaux migrateurs.
Ce qui appartient à la durée retourne à la durée.
Allège-toi.

 

19.03.2021

Deviens bougie, éteinte ou allumée
mais deviens bougie, sans destination
Au-dessus des mouvements : chant d’enfant,
mouvement du train, mauvais regard, allant allant sur les
courants phénoménologiques.
En dessous du ciel ou de
—qui te semble beau à voir,
Ou quelque soit le plan, dessus dessous,
puisque le plan est sans direction.
Flotte, petite bougie, flotte. Au-dessus des eaux, de la
Seine, du prochain arrêt, du printemps, des marronniers.
Une main voyante, délicate, te trouvera
et trouvera ta mèche en partie consumée.

09.03.2021

Le langage, cet exotisme. 
La langue anglaise, cet exotisme. Comme une plante verte, ou bleue,
à l’entrée des bureaux, des gares,
occupant une place près de soi dans un train de banlieue. 
Parfois, en ouvrant les yeux, le monde des hommes devient lui aussi d’un grand exotisme : un humain qui lit le journal, des sièges ; une caquette. D’autres humains qui rentrent et s’assoient. Le sac à main d’une dame, de couleur noire. Le poussoir sur la vitre pour l’ouvrir, c’est très étonnant
Oui, l’homme est d’un grand exotisme, avec ses rails, ses cheminées en haut d’immeuble, ces trains à quai, ces hommes vêtus de rouge sur les voies ferrées. Alors oui,
à y voir de plus près,
de manière plus lucide, ces petits actes du quotidien, ces contrariétés, sont de même nature que le caillou sur le chemin de la pousse, que le trop plein d’ombre d’une feuille sur le chemin de l’héliophile, ou la bourrasque pour la plante frileuse que je suis. 
Et le ciel ? Et les étoiles ?
Mince ! mon arrêt. 

 

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