Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 1 of 37)

Journal des poèmes 

15.07.2026

Qui est qui ?
Entre le banc et moi, il est une allée
Où plus exactement je me regarde ;
Force est de constater que le banc est libre.
À quoi ressemble notre être, intérieurement ?
Sommes-nous cette forme articulée, uniquement
Ou : œuvrons-nous d’un autre lieu, aussi physique que celui-ci ?
Le banc m’interroge,
Le banc vide d’où j’exprime mon étonnement.

Jardin des Plantes

27.07.2026

Quand la mort se rapproche, que fait-il
Que faut-il ?
Il a certainement vérifié ses traits d’union
Et l’interrogative
Il eût rêvé d’une autre direction
Mais celle-ci convient
Il tient il tient :
Ce n’est pas la première fois
Il sait qu’il n’a personne à qui s’adresser
Sinon elle, la phrase tient
de sa virgule au point.
La majuscule c’est pour demain
Pour ce qui vient.

 

17.05.2026

Je n’ai jamais été aussi proche du
Point qui éloigne la narration
Qui tient tout entière
dans une barquette de frites.
Soumettez-moi au bain d’huile,
Mais à la frite ?
Toute l’histoire dans sa production
Tient en elle : Navette spatiale,
matières premières, histoire des puissants, tout tient dedans.
Je ressens l’autre lieu de l’histoire, au-delà de l’histoire,
Où rien n’est nommé.
Les époques communiquent au même point.
Détachez-le, point, sentez la légère adhérence qu’il laisse sur le papier.
Mais ne lui en tenez pas rigueur.
Nous sommes loin de la nostalgie et proches d’avant les dieux.

(Train nomad, 17.05)

12.06.2026

Je suis dans le TER. Et si je n’avais pas de langue, cette phrase aurait-elle tout son sens ? Un homme assis devant moi vient de finir de tourner les pages d’un grand livre, on dirait de photographies. Sa main est encore posée sur la quatrième de couverture ; il regarde le paysage, se frotte la joue, regarde le livre à nouveau, baille, regarde dehors avec un air rêveur. La femme assise devant moi vient de sortir un livre. La couverture est arrachée ; elle est noire : je vois le mot Art écrit en gros dessus, mais pas le second. L’un comme l’autre ont deux mains, avec une alliance sur l’annulaire de la main gauche. Il est facile d’écrire dans un TER d’autant que les détails ne manquent pas. Par exemple la boucle d’oreille de la femme de dos, avec sa tige en forme d’hameçon ou de poisson, et la demi-perle offerte sur un plateau. Mais dans les faits, soyons concrets. L’art de la description est figuratif. Et le talent de l’écrivain peut se mesurer à sa capacité de représenter le monde dans sa précision figurative. Mais que resterait-il sans figuration ; mais aussi sans abstraction, sans émotion ? Quel moyen aurait-on pour décrire le monde tel qu’il est ? L’homme tourne les pages d’un autre livre, dont il vient d’ôter le film transparent. Un voyageur se mouche et se mouche, se mouche encore. Ainsi on ne peut que mentir. Mais l’homme a besoin de mensonges vérifiables.

(Ter)

03.06.2026

On dirait qu’il n’y a pas de place
Pour accueillir la seule chose qui vaille,
Dès qu’il ouvre la bouche
Ça tombe à côté
Comme des cacas d’oiseau.
Ouvrez la bouche pour voir :
Ça tombe à côté.
Quand c’est là,
Tout le monde se tait,
Personne ne dit rien.
Lui, ça fait des années qu’il se tient là, sur la petite place,
Avec son costume d’oiseau
Des années, vous dis-je
Eh bien rien ne sort.
On l’a vêtu comme ça, de plumes
Ce sont les gens du quartier.
Ils sont sourds, paraît-il
C’est pour ça qu’on lui a mis les plumes,
Pour le reconnaître,
Vous comprenez ?
Alors il agite les ailes,
On le reconnaît
Si bien qu’il se reconnaît,
C’est pour ça qu’il reste.
S’il avait la parole, il eût été chanteur,
À faire vibrer l’air avec ses bras.
Mais voilà,
Il est un poète.

31.05.2026

Le sait-il,
L’étranger ici, étranger au lieu,
Ne l’est bientôt plus.
Il est le prolongement de la fauvette noire
Son chant ; de la palme du charme.
Plus encore, il semble entretenir déjà
avec chaque arbre du bois la même cordialité
que chacun d’eux, le tilleul, le platane, tresse avec chacun.
Ce n’est pas si différent de l’accueil d’autrefois,
en d’autres lieux, reculés du monde.
Je leur dois le même tribut.
Le présent correspond avec ses hôtes ; avec le passé.
Cordialités du monde ;
Cordes silencieuses.

(Square René-Le Gall)

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