Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 1 of 34)

Journal des poèmes 

05.02.2026

Regardant les trains filer : 
Pourquoi aller de l’un vers l’autre
L’un ou l’autre
L’autre vers l’un
Est-ce une question d’habitudes ?
Certes, il y a

Regardant les fenêtres des façades :
Pourquoi là, et là
Et pas ici

Regardant mon avant-bras :
Pourquoi dans ce corps 
Et pas lui ou la plante 

Regardant le paysage :
Pourquoi ce pourquoi

RER D, 05.02.26

 

01.02.2025

1er février 2025
18 h 06
Le merle revient
J’écoute sa phrase
Il parle –
Je l’écoute. Il élabore des phrases plus modulées que la voix de l’homme Donald Trump
Ce merle posé près de moi a plus de vertu, dirait-on
que le président de la première puissance
du continent américain
(Ensuite, pendant quelques instants mes pensées vont comme des feuilles au vent)
Le soir tombe
Il est 18h 12
Le merle s’est tu.

11.01.2026

Les gens n’ont le temps de rien. Aussi je devrais raccourcir cette nouvelle pour avoir une chance de rencontrer mon lecteur. Mais son manque d’attention risquerait de nous entrainer tous deux dans la chute. Mais son manque d’inattention risquerait de nous percuter. Cela s’appelle le principe de résistance, de réalité. Il a beau forcer je suis là, derrière. Je résiste. Il pousse, je tiens encore. Si bien que ce jeu minuscule pourrait durer des heures. C’est à moi de cesser alors que le lecteur lui continuerait volontiers. Les gens veulent des intrigues. Ils veulent des histoires dans lesquelles se réfléchir. Ils veulent des miroirs dans lesquels se reconnaitre. Le cadre s’y prête. Le cadre s’y prête.

 

29.01.2026

« Elle aussi voulait partir, mais elle est en retard », dit-elle dans son téléphone. Ce matin, la brume s’est glissée dans le RER ; son paysage. Reviens. Reviens ici. Redescends dans la sensation. Tu es dans le RER comme un soldat aux aguets. Derrière son rocher. Reviens. Reviens encore. Tu es ce que tu vois et ce que tu vois est immédiat. Prends l’immédiat dans tes mains, tes bras. J’ai beau avoir mon âge, l’immédiat et moi-même nous nous regardons. Un instant. L’immédiat est l’espace révélé à lui-même. J’éclate tous les ballons.

09.01.2026

Je lis des vivants qui ne sont pas morts.
Je les lis — aussi.
Peut-être quelqu’un verra-t-il le livre que je tiens contre ma cuisse, à présent que je dors ;
le livre posé de dos, ouvert à la page du poème que je terminai de lire, 
Le chasseur étourdi.
Quelqu’un qui dira : Je le connais, lui, Luis Sepúlveda, c’est un intime. Je lui dirai — Et qui reprendra l’avion vers le Chili — Et qui dira au téléphone, une fois arrivé :
J’ai rencontré ton lecteur,
Il dormait dans le TER, tu lui tenais vie.
Mais le poète est mort ;
Mais le poète est né encore une fois.

 

29.12.2025

Cloué un peu
Là à l’entrée du RER
Dans le matin Sur le siège en direction De 
La passagère me le rappelle : Je l’ai appelé quatre fois, ajoute-t-elle dans le combiné

Cloué un peu, au lieu de, 
Mon siège
Quoiqu’il fasse beau
Que la lumière entre Que je sois
vivant

Cloué un peu
Cela m’ôte les paroles sont muettes

Je rentrerai ce soir,
J’écrirai mon poème
– branlant,

Bam, le soleil

 

11.12.2025

Tension : tant scion

Pourquoi une présence attire plus qu’aucune autre
Corporellement,
Spirituellement ;
Spirituellement, scientifiquement
Mon corps
Et donc ma parole hésitent ;
Quand une autre, qui s’installe à côté de la première, rebute :
La tristesse rebute
Plus qu’elle, la désespérance.

(Je quitte le siège)

Vivant, rester vivant.

Ce n’est pas une injonction, dis-je en marchant
C’est une vérification.
Je suis, vivant.

Mais il reste la virgule.
Parfois, on croise un regard, bref et rieur
Qui défait le point

 

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