Littérature, écriture

Catégorie : Poèmes (Page 1 of 37)

Journal des poèmes 

01.10.2026

Chaque matin, il siffle, l’éboueur 
Avec son balai vert, il siffle 
Mais quoi le rend joyeux ? 
Il siffle, il siffle
Il siffle de bonne heure. 
Et quand c’est propre
Il verse un seau sur la chaussée ;
La chaussée sèche et la flaque demeure. 
Chaque matin, 
Ils sifflent ils sifflent les moineaux
Ils sifflent de bonheur 
Nombreux dans la flaque d’eau. 

(Rue des Cinq Diamants, 01.10.2026)

 

28.09.2026

La poésie ne peut rien.
Elle peut autant que ce monde qui m’entoure, et dont je fais partie, 
Du moins ce corps assis sur un banc
À côté des quatre pigeons sur l’herbe 
qui picorent les graines.
Si le monde qui m’entoure ne peut rien
Pour mon âme, par sa seule présence
Alors elle non plus — la poésie restera sur le seuil.
Mais si le monde devant mes paupières
Crie, par sa seule naissance
Alors la poésie pourra quelque chose,
Comme les faire cligner.

(Square René le Gall, 28.09.2026) 

15.07.2026

Qui est qui ?
Entre le banc et moi, il est une allée
Où plus exactement je me regarde ;
Force est de constater que le banc est libre.
À quoi ressemble notre être, intérieurement ?
Sommes-nous cette forme articulée, uniquement
Ou : œuvrons-nous d’un autre lieu, aussi physique que celui-ci ?
Le banc m’interroge,
Le banc vide d’où j’exprime mon étonnement.

Jardin des Plantes

27.07.2026

Quand la mort se rapproche, que fait-il
Que faut-il ?
Il a certainement vérifié ses traits d’union
Et l’interrogative
Il eût rêvé d’une autre direction
Mais celle-ci convient
Il tient il tient :
Ce n’est pas la première fois
Il sait qu’il n’a personne à qui s’adresser
Sinon elle, la phrase tient
de sa virgule au point.
La majuscule c’est pour demain
Pour ce qui vient.

 

17.05.2026

Je n’ai jamais été aussi proche du
Point qui éloigne la narration
Qui tient tout entière
dans une barquette de frites.
Soumettez-moi au bain d’huile,
Mais à la frite ?
Toute l’histoire dans sa production
Tient en elle : Navette spatiale,
matières premières, histoire des puissants, tout tient dedans.
Je ressens l’autre lieu de l’histoire, au-delà de l’histoire,
Où rien n’est nommé.
Les époques communiquent au même point.
Détachez-le, point, sentez la légère adhérence qu’il laisse sur le papier.
Mais ne lui en tenez pas rigueur.
Nous sommes loin de la nostalgie et proches d’avant les dieux.

(Train nomad, 17.05)

12.06.2026

Je suis dans le TER. Et si je n’avais pas de langue, cette phrase aurait-elle tout son sens ? Un homme assis devant moi vient de finir de tourner les pages d’un grand livre, on dirait de photographies. Sa main est encore posée sur la quatrième de couverture ; il regarde le paysage, se frotte la joue, regarde le livre à nouveau, baille, regarde dehors avec un air rêveur. La femme assise devant moi vient de sortir un livre. La couverture est arrachée ; elle est noire : je vois le mot Art écrit en gros dessus, mais pas le second. L’un comme l’autre ont deux mains, avec une alliance sur l’annulaire de la main gauche. Il est facile d’écrire dans un TER d’autant que les détails ne manquent pas. Par exemple la boucle d’oreille de la femme de dos, avec sa tige en forme d’hameçon ou de poisson, et la demi-perle offerte sur un plateau. Mais dans les faits, soyons concrets. L’art de la description est figuratif. Et le talent de l’écrivain peut se mesurer à sa capacité de représenter le monde dans sa précision figurative. Mais que resterait-il sans figuration ; mais aussi sans abstraction, sans émotion ? Quel moyen aurait-on pour décrire le monde tel qu’il est ? L’homme tourne les pages d’un autre livre, dont il vient d’ôter le film transparent. Un voyageur se mouche et se mouche, se mouche encore. Ainsi on ne peut que mentir. Mais l’homme a besoin de mensonges vérifiables.

(Ter)

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