Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

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17.04.2021

Se tenir hors, un peu.
Le banc crée cette illusion,
La langue crée cette illusion,
Se tenir hors la langue ; ou la voir rouler et jouer 
dans les jambes de l’enfant ;
Ne pas céder à l’habitude
de l’allée des platanes plantées,
Ou devenir soi-même paysage dans le paysage
Banc sur le banc, 
Et Accueillir celui qui vient.

 

15.04.2021

Un bon nuage, un gros nuage.
Un de ces bons gros nuages qui vous éclaire la vue.
Qui vous remplit de bleu.
Qui vous sort du sol. Vous fait monter aux cieux.
Qui vous remplit les yeux le ciel d’étincelles.
Ah ce bon gros nuage, O comme je l’aime.
Tout revient comme avant, ou presque.
Paysage net autour – ou presque.
Enfin pas tout, mais quand même, quand même un peu.
Qui vous sort d’un rêve, du sortilège, les désagrège.
O nuage.

 

09.04.2021

Laver le monde de ses jours anciens
Restés collés aux fenêtres du train, comme une mauvaise peinture,
Écaillées dont il ne reste rien, ou si peu.
Traverser le néant sans nulle importance pour la direction
puisqu’il s’agit d’un voyage accompagné,
Avec un enfant et son père.  
Nous ferions boussole, appréciant l’écart de direction avec le nord.

 

05.04.2021

S’asseoir sur un banc, quitter le fil
un instant,
Laisser les poussettes passer, devant le banc
et leur cortège d’années.
Saluer le pigeon, à la rigueur,
ou s’écorcher l’oeil contre l’écorce du tilleul,
Mais quitter le fil,
Et se remettre là, chez soi,
à l’entrée de chez soi
avec cette furieuse envie de dire, de creuser.
Tenir le signe à distance,
– les aboiements, les claquements de porte
des toilettes, des taxis -,
et toute la géographie des lieux
qui m’éloignerait d’ici,
près d’un homme en quête de conversation.
Oui, rester là, à l’orée du signe, comme poil de bête,
Et accepter de ne pas aller plus loin ce jour,
de rester sur le banc
les yeux mi-ouverts mi où vers,
comme les enfants dans leur poussette.

 

05.04.2021

Le bonheur renaît dans tel arbre quand
l’autre fut coupé.
Et l’opulente floraison d’un merisier,
en de larges panaches d’inflorescences
dans le jardin des soeurs coréennes.
Et cet autre souvenir, loin loin loin
que l’exographie des lieux fait renaître.
La vie s’apparenterait au rêve,
le banc est resté vide, chargé de nos espérances.
Et l’élégante collerette d’un camélia,
Se tenir prêt.

30.03.2021

Ligne C

Ligne C – Journal

Ligne C, bloquée. Retour à la D. Un homme s’est suicidé. Ascenseur bloqué. Ça pue tellement la merde à Châtelet, dans la station, qu’on en vient à vérifier ses chaussettes, des fois que. Ça ressemble à un gros boyau, tacheté de lumière. De l’air, de l’air. Le masque n’y fait rien. L’espérance malgré tout subsiste. Le soleil macère tout ça. Vitre sale. Il n’y aura pas de différence entre l’homme et le fourmilier, entre l’homme et la fourmi. L’humanité ressemble à ce rail rempli de cailloux. L’homme aura raclé le fond de l’assiette, ouvert les entrailles de sa mère. Ici, aucun fil ne vibre. La fête est désormais plus que fumée. Une journée de combustion. Ah, qu’elle fut belle et légère. Ici, rien ne différencie le pylône de l’arbre. La vie semble avoir quitté la vie. Mais il reste l’espérance, blottie haut quelque part. Mais il reste l’espérance. Un homme s’est jeté sur la voie.

22.03.2021

La Seine charrie sa durée.
L’homme charrie la sienne dans l’interstice des jours.
Nous construisons le ciel, ou des naufragés
Quels poids avons-nous sur le cours ?
Allons, laisse-toi, laisse-toi aller. Epouse le mouvement des secondes, des jours,
des saisons. Déleste-toi
et tant pis pour ce que le courant emporte.
Concentre-toi sur le voyage,
Concentre-toi sur ta propre lumière,
comme le font les oiseaux migrateurs.
Ce qui appartient à la durée retourne à la durée.
Allège-toi.

La Seine charrie sa durée.
L’homme charrie la sienne dans l’interstice des jours.
Nous construisons le ciel, ou les naufragés
Quels poids avons-nous sur le corps des choses ?
Allons, laisse-toi aller. Epouse le mouvement des secondes,
Et des saisons.
Tant pis pour ce que le courant emporte.
Concentre-toi sur le voyage,
Concentre-toi sur ta propre lumière,
comme le font les oiseaux migrateurs.
Ce qui appartient à la durée retourne à la durée.
Allège-toi.

La Seine charrie sa durée.
L’homme charrie la sienne dans l’interstice des jours.
Nous construisons le ciel, ou les naufragés
Quels poids avons-nous sur le cours des choses ?
Allons, laisse-toi aller. Epouse le mouvement des secondes,
de la goutte, des saisons.
Tant pis pour ce que le courant emporte.
Concentre-toi sur le voyage,
Concentre-toi sur ta propre lumière,
comme le font les oiseaux migrateurs.
Ce qui appartient à la durée retourne à la durée.
Allège-toi.

19.03.2021

Deviens bougie, éteinte ou allumée
mais deviens bougie, sans destination
Au-dessus des mouvements : chant d’enfant,
mouvement du train, mauvais regard, allant allant sur les
courants phénoménologiques.
En dessous du ciel ou de
—qui te semble beau à voir,
Ou quelque soit le plan, dessus dessous,
puisque le plan est sans direction.
Flotte, petite bougie, flotte. Au-dessus des eaux, de la
Seine, du prochain arrêt, du printemps, des marronniers.
Une main voyante, délicate, te trouvera
et trouvera ta mèche en partie consumée.

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