Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

28.05.2021

La mésange bleue écrit un escalier
montant du ciel, vers le sol
oui montant, du ciel vers le sol.
Il ne faut pas déranger la mésange
sinon elle se tait
et tous les enfants sont orphelins du ciel.
C’est un double mouvement
pour que le ciel existe,
pour que les couleurs correspondent.
Seuls les enfants comprennent.

 

06.06.2021

Tenter tenter
Tenter encore
Foi de
Eh bien tant pi si je reste derrière
Derrière le paysage.
Ah, le grand air
Je le vois presque!
Ah, comme j’aimerais descendre du train
train-train, être ici-même.
Il n’est rien qui me sépare, peut-être
pas plus, une virgule en forme de loquet
Un je ne sais quoi qui ferait tomber le
Ah comment le nommer
Quand ensuite, le poème.

 

26.05.2021

Le langage, cet obscur continent. 
Qu’est-ce que le monde serait sans langage ? 
— Une obscure muette.
Obscurs sont les deux mondes,  
Mais le langage projette ses ombres sur le monde :
Vastes oiseaux, autres tropismes, fourmi géante,
ou mille-pattes, variant par la taille ou la déformation de taille. 
Mais toutes les apparences sont les ombres du langage.
Un oeil nu n’existe pas, à moins de le crever, mais alors tout serait obscur
et le mille-pattes émergeant de lui-même, bientôt déformé —
Le langage.  

 

10.05.2021

Après un tunnel, s’en souvenir
des fois que
Tout va bien ; j’avais oublié
Certes la petite facture, les tracas, mais là
Tout prend forme d’un sourire
en plus des variations de paysages.
Un an dans le même regard ne suffirait pas pour faire le tour.
Cerise sur le gâteau : Voyez l’univers – dans une goutte d’eau.
Bref je m’égare
Le train est à l’arrêt
Je savoure ces gouttes d’instant
avant de rhabiller mon regard.

03.05.2021

Certains regards ont tant de beauté
Bien plus de beauté que le paysage ;
Certains regards ont bien plus de paysages que le paysage lui-même.
Oh comme j’aimerais rester dans le train,
Éternellement, à regarder votre paysage
Dont je ne sais rien.
Certains regards vous magnétisent
Comme une source d’eau vive.
Ce paysage, enfin ce regard, pose la pierre à son endroit
Le futur à sa place,
Et tout ce que la vie contient de vie est dedans vos yeux.
Que restera-t-il ?
La tendresse des pierres,
Une hésitation.

 

17.04.2021

Se tenir hors, un peu.
Le banc crée cette illusion,
La langue crée cette illusion,
Se tenir hors la langue ; ou la voir rouler et jouer 
dans les jambes de l’enfant ;
Ne pas céder à l’habitude
de l’allée des platanes plantées,
Ou devenir soi-même paysage dans le paysage
Banc sur le banc, 
Et Accueillir celui qui vient.

 

15.04.2021

Un bon nuage, un gros nuage.
Un de ces bons gros nuages qui vous éclaire la vue.
Qui vous remplit de bleu.
Qui vous sort du sol. Vous fait monter aux cieux.
Qui vous remplit les yeux le ciel d’étincelles.
Ah ce bon gros nuage, O comme je l’aime.
Tout revient comme avant, ou presque.
Paysage net autour – ou presque.
Enfin pas tout, mais quand même, quand même un peu.
Qui vous sort d’un rêve, du sortilège, les désagrège.
O nuage.

 

09.04.2021

Laver le monde de ses jours anciens
Restés collés aux fenêtres du train, comme une mauvaise peinture,
Écaillées dont il ne reste rien, ou si peu.
Traverser le néant sans nulle importance pour la direction
puisqu’il s’agit d’un voyage accompagné,
Avec un enfant et son père.  
Nous ferions boussole, appréciant l’écart de direction avec le nord.

 

05.04.2021

S’asseoir sur un banc, quitter le fil
un instant,
Laisser les poussettes passer, devant le banc
et leur cortège d’années.
Saluer le pigeon, à la rigueur,
ou s’écorcher l’oeil contre l’écorce du tilleul,
Mais quitter le fil,
Et se remettre là, chez soi,
à l’entrée de chez soi
avec cette furieuse envie de dire, de creuser.
Tenir le signe à distance,
– les aboiements, les claquements de porte
des toilettes, des taxis -,
et toute la géographie des lieux
qui m’éloignerait d’ici,
près d’un homme en quête de conversation.
Oui, rester là, à l’orée du signe, comme poil de bête,
Et accepter de ne pas aller plus loin ce jour,
de rester sur le banc
les yeux mi-ouverts mi où vers,
comme les enfants dans leur poussette.

 

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