Il faut du temps pour construire une phrase. Il faut d’abord s’asseoir. Mais s’asseoir prend du temps. Car pour s’asseoir, il faut dégager le banc. Et le temps est enseveli dans le sable. Alors l’effort premier serait de s’allonger sur le tas de sable. Mais je l’ai constaté : rien ne sort tout à fait de cette circonstance. Cela vous donne le pas pressé, en rêve : aller d’un endroit à l’autre, être uniquement dans cette occupation. Bien sûr, on écrit quelques lignes comme on prend le sable en main. On regarde les points filer, ça donne le sentiment d’entrer quelque part, en un lieu cher et tout à fait légitime. Mais, sommes-nous au bon moment ? Ne revenons-nous pas dans le lieu du rêve, pour la seconde fois – alors que l’action fut passée ? En cette circonstance, on peut rester là, allongé, et se dire que c’est trop tard, qu’on n’y arrivera pas. Et puis, à quoi bon ? À quoi bon écrire pour cette chose qui resterait là, au pied de l’arbre, comme le caillou resté sur la grille. Pour écrire, il faut du temps. Mais il faut d’abord déjà pouvoir se poser, s’asseoir sur le banc. Et cela, en soi, prend du temps. Parfois, on accélère pour être sûr de tout condenser, d’avoir tout fait. Mais on se rend vite compte que peu fut mené, ou que la tâche est immense, et qu’on trouvera le temps, demain, après-demain, de s’asseoir enfin. Ces notions de temps sont piégeuses comme le piège du fourmilier qui dérobe le sol. Demain, après-demain, nous pourrions prendre deux allumettes. Il y a que chaque jour est un bâton : demain, après-demain, sont dans la boîte. On les entend dedans comme la promesse de dire : elles sont intactes. On les compare à l’arête du Velux, au-dessus du bureau. Et que, s’ils n’étaient plus, nous serions soit déjà morts, soit en train d’écrire. Et la tache aurait une valeur d’encre – de ce point grossier fait sur la table. Nous serions en train d’emprunter le chemin des lignes : non celle de la page en train de se faire, mais celle en train de s’écrire. Nous serions dans le mouvement de l’encre qui ne projette rien du récit qui l’anime. Mais la page est loin, enfouie sous le tas. Nous restons au bord, il y a tant à faire.

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