Raphaël Dormoy

Littérature, écriture

21.05.2026

Si le mot disparait que reste-t-il
Que reste-t-il du monde.
Arriverais-tu à la source ?
Arrives-tu à boire.
Le poisson qui s’y essaie l’écarterait,
fait jaillir une ombrelle
D’eau. Plus sa bouche s’approche,
Plus l’ombrelle grandit.
Le doigt la touchant deviendrait d’eau
Que resterait-il du monde ?
Un poisson sans les mots.

(Au Grand Bonheur, Ris-Orangis) 

19.05.2026

Je suis dans le lieu, avec mon bagage à dos et puis mon bagage à œil chargé de ce que je me représente du lieu. Que voulez-vous, l’habitude et on ne se rend pas compte des choses qui se cumulent au quotidien dans le bagage à œil à force. À force. Mon bagage à dos est léger. Il contient mon travail du jour, ma pitance et le soir quand je quitte mon travail il ne pèse plus que sur mes épaules. Léger. Mais mon bagage à œil. Je ne m’étais pas rendu compte comme il est encombrant, à quel point il m’encombre, me gêne dans mes déplacements. Non mais, j’ai l’air d’un obèse qui ne passe plus les portes du métro à force. À force. Si quelque ange m’observe : car son poids ne pèse presque pas, disons qu’il encombre mais que sa masse est transparente. Et c’est ainsi chaque soir, chaque matin. Mon bagage à dos. Mon bagage à œil. Un peu plus léger le matin mon bagage à œil. C’est lié à l’évapotranspiration des rêves, comme le tour de taille qui diminue la nuit, ou la cheville. Ça dégonfle un peu pendant le sommeil. Il y a parfois cette poussière dans l’œil, qui gêne, qui gêne, à vous en faire dédoubler le regard, le bagage à œil d’un côté, l’œil le lieu de l’autre, la nuit au milieu, avant que l’image ne se reforme.

(Rer C)

07.05.2024

Je ferme les yeux, je suis obligé. Je ferme l’oreille. Comment maintenir l’œil ouvert en cette circonstance. Les astres sont rares à l’échelle du bus. L’écriteau lumineux s’éclaire ; les portes s’ouvrent ; le bus accélère ; le bus freine ; le bus dit ; etc. Pour rester dans le bus, à hauteur d’astre, il faut pouvoir maintenir la paupière ouverte dans un léger retrait ; et sourire. Un regard trop insistant, même fugace, vers n’importe quel passager densifie d’un coup votre masse. Les bascules de paupières n’y changent rien. La sombre énergie cosmique se déverse en vous. Alors pour sortir du bus ensuite, je ne vous explique pas. La tête dans les chaussures, bonjour les contorsions. C’est mâlin.

(Bus 64)

14.05.2026

Je suis dans le train.
Tout ici est fait pour me souvenir que je suis dans le train.
J’écris depuis la béance.
Mesdames et messieurs, dit le contrôleur, je vous rappelle que notre train accuse un retard de 25 min.
Cette béance que je subis, en qualité de passager, me rappelle que j’ai tout loisir de l’observer.
Est-elle un don ?
Ne faudrait-il pas être aveugle ?
Je regarde le train :
La nature entre et circule.
Elle entre et circule, et dit :
Je suis la béance.
Dans le tunnel, où elle n’entre pas, chaque homme est la maille d’une même toile.
La béance ouvre sur l’ailleurs.
La nature le sait aussi.

(train Nomad, Paris-Dieppe)

07.05.2026

Que peut-on
Soustraire, traire
Après ?
Le gain d’obscurité avec le néon qui s’éteint
Le siège dans mes yeux
Les passagers
Le soleil qui frappe les paupières ?
Les doigts formant ces mots ?
La lettre qui change ses voyelles, ses consonnes : qu’est-elle ?
La chute ? le sommeil l’escamoterait comme la pièce dans le faux-tiroir
Mais, confond-on la soustraction de la mort et celle au présent ?
Le poème est un moment gagné.

(Ter

 

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