Touche
À quel moment du mot Touche
Le doigt sur la vitre
Mes lèvres sur les tiennes
À quel mo ment
Où se tient-elle
La vitre sa bouche
Le paysage.
(Rer C)
Littérature, écriture
Touche
À quel moment du mot Touche
Le doigt sur la vitre
Mes lèvres sur les tiennes
À quel mo ment
Où se tient-elle
La vitre sa bouche
Le paysage.
(Rer C)
Si le mot disparait, que reste-t-il
Que reste-t-il du monde.
Arriverais-tu à la source ?
Arrives-tu à boire.
Le poisson qui s’y essaie, l’écarterait
Fait jaillir une ombrelle
d’eau. Plus sa bouche s’approche,
Plus l’ombrelle grandit.
Le doigt la touchant deviendrait d’eau.
Que resterait-il du monde,
Un poisson sans les mots.
(Au Grand Bonheur, Ris-Orangis)
Je suis dans le lieu, avec mon bagage à dos et puis mon bagage à œil chargé de ce que je me représente du lieu. Que voulez-vous, l’habitude et on ne se rend pas compte des choses qui se cumulent au quotidien dans le bagage à œil à force. À force. Mon bagage à dos est léger. Il contient mon travail du jour, ma pitance et le soir quand je quitte mon travail il ne pèse plus que sur mes épaules. Léger. Mais mon bagage à œil. Je ne m’étais pas rendu compte comme il est encombrant, à quel point il m’encombre, me gêne dans mes déplacements. Non mais, j’ai l’air d’un obèse qui ne passe plus les portes du métro à force. À force. Si quelque ange m’observe : car son poids ne pèse presque pas, disons qu’il encombre mais que sa masse est transparente. Et c’est ainsi chaque soir, chaque matin. Mon bagage à dos. Mon bagage à œil. Un peu plus léger le matin mon bagage à œil. C’est lié à l’évapotranspiration des rêves, comme le tour de taille qui diminue la nuit, ou la cheville. Ça dégonfle un peu pendant le sommeil. Il y a parfois cette poussière dans l’œil, qui gêne, qui gêne, à vous en faire dédoubler le regard, le bagage à œil d’un côté, l’œil le lieu de l’autre, la nuit au milieu, avant que l’image ne se reforme.
(Rer C)
Je ferme les yeux, je suis obligé. Je ferme l’oreille. Comment maintenir l’œil ouvert en cette circonstance. Les astres sont rares à l’échelle du bus. L’écriteau lumineux s’éclaire ; les portes s’ouvrent ; le bus accélère ; le bus freine ; le bus dit ; etc. Pour rester dans le bus, à hauteur d’astre, il faut pouvoir maintenir la paupière ouverte dans un léger retrait ; et sourire. Un regard trop insistant, même fugace, vers n’importe quel passager densifie d’un coup votre masse. Les bascules de paupières n’y changent rien. La sombre énergie cosmique se déverse en vous. Alors pour sortir du bus ensuite, je ne vous explique pas. La tête dans les chaussures, bonjour les contorsions. C’est mâlin.
(Bus 64)
Pêcheurs en bord de nuage
Ligne ligne
Faire le tour du galet,
dans le roulis.
Fermer les yeux
Et puis rien : mais le rien
du cerf-volant,
Paupière dans l’horizon.
(Dieppe)
Je suis dans le train.
Tout ici est fait pour me souvenir que je suis dans le train.
J’écris depuis la béance.
Mesdames et messieurs, dit le contrôleur, je vous rappelle que notre train accuse un retard de 25 min.
Cette béance que je subis, en qualité de passager, me rappelle que j’ai tout loisir de l’observer.
Est-elle un don ?
Ne faudrait-il pas être aveugle ?
Je regarde le train :
La nature entre et circule.
Elle entre et circule, et dit :
Je suis la béance.
Dans le tunnel, où elle n’entre pas, chaque homme est la maille d’une même toile.
La béance ouvre sur l’ailleurs.
La nature le sait aussi.
(train Nomad, Paris-Dieppe)
Un pictogramme :
4 personnes
2 flèches
3 sièges
Merci de céder ces places
Qui viendrait s’installer ?
L’aveugle et sa canne voyante.
Le pas gagnant, enrubanné dans un plâtre.
L’espérance à portée de doigts.
Merci de céder ces places
Certes.
(Ligne 6)
La goutte, les gouttes
Glisse sur la vitre,
Dessinent des chemins ;
Dehors, le vert dit la nature, frêle, mais quand même :
Luzerne, sujets, lisière ;
Et je ne l’avais pas vu
Pas senti, je respire.
Dans le TER, une voyageuse ouvre en grand
son parapluie
Que puis-je vouloir à présent ?
L’univers est là.
(ter)
Que peut-on
Soustraire, traire
Après ?
Le gain d’obscurité avec le néon qui s’éteint
Le siège dans mes yeux
Les passagers
Le soleil qui frappe les paupières ?
Les doigts formant ces mots ?
La lettre qui change ses voyelles, ses consonnes : qu’est-elle ?
La chute ? le sommeil l’escamoterait comme la pièce dans le faux-tiroir
Mais, confond-on la soustraction de la mort et celle au présent ?
Le poème est un moment gagné.
(Ter)
Perle et grain de beauté vous siéent.
La courbe de votre lèvre
Supérieure, fait trembler la ligne.
Les veines, dessinées sur votre main,
Me transportent aux racines
Vigoureuses d’un hêtre.
J’eus, à vos côtés, attendu la chute
Longtemps.
(Ligne 6)
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