L’environnement presse la phrase
se tait.
Le capitaine serait prudent d’en rester là ;
Imploserait.
Sourire
Sourire, en corps
Jusqu’à
provoquer
La modification de la courbe.
Barracuda est loin.
(Bureau)
Littérature, écriture
L’environnement presse la phrase
se tait.
Le capitaine serait prudent d’en rester là ;
Imploserait.
Sourire
Sourire, en corps
Jusqu’à
provoquer
La modification de la courbe.
Barracuda est loin.
(Bureau)
Je suis là,
Assis dans le rer.
J’ouvre les yeux,
Il faudrait que je voie :
« Ah, ah que c’est… »
Cette phrase fait l’effet d’un ballon
Ou sa ficelle ou sa nacelle
Liii.br..
Combien le mot est difficile à prononcer.
Je vois comme on voit depuis le manège
Vertige, ou la grande roue
Liiibre
Ah ! regarder l’enfant, son sourire
Au stand, il vient de gagner un son contre un sans
— Et là.
(Rer C)
Tout ce qui survient fait sens : tout va de soi, dans ce square, près de la gare, dans une configuration qui s’actualise, s’ordonne. Je suis là, mais je pourrais être là — un là différent alors que le banc lui n’a pas bougé. Je pourrais être ailleurs aussi, mais je vois cet ailleurs depuis là — ce banc, et là et ailleurs deviennent alors aussi évanescents que pétales au vent. Je suis là et tout ce qui survient fait sens : l’arrivée du rer, son freinage dans mon dos, mon dos, le cri de la mésange — à quelque hauteur, les joies de l’enfant sur la balançoire. Les moucherons. Et mille indices sur le sol, à mes pieds, qui pourraient faire l’objet d’un roman tant le détail du parterre est celui d’une galaxie. Ceci, je l’ai déjà dit ailleurs. C’est au même endroit. Je suis là. Ainsi l’accent sur le là comme une touche de piano. La, la — la. Je suis là et ce pourrait être ailleurs.
(Square de la gare)
Je marche à côté d’un nuage
Les problèmes du jour :
ajoutons un —
La distance que crée le ciel
m’éloigne du soupir.
Dans le wagon, le soleil décline, sa présence sur ma main
Et l’ombre, il peut s’agir d’une virgule
à mettre là
Je me dirige vers la nuit.
C’est dire si le problème valait son poids.
(Rer C)
On peut parfois, entre deux virgules, sortir, s’asseoir, se trouver là ; à nouveau, dans le flux du monde. C’est même la seule chance, quand la pensée s’arrête, qu’elle peut s’arrêter ; qu’elle rejoint le corps sur le banc, comme la branche l’oiseau. Ne pas l’effrayer, faire comme si de rien était. Avoir la chance de n’être personne, de pouvoir être chacun des passants, ou de n’être rien. Regarder sa main, le bas de pantalon, ses chaussures croisées, regarder sa main à nouveau, s’en étonner — d’être l’aimable propriétaire de cette main ; sourire à tous de son propre étonnement d’être là. Le soleil décline, les ombres sont géantes.
(Jardin des Plantes)
Il regarde on ne sait quoi
Sa concentration est totale.
On dirait une bulle qui flotte.
Il est cette bulle.
Je le regarde, un peu gêné.
C’est un grand paysage de train
de banlieue, vert bleu gris.
Il ne se passe rien
avec passion.
(Rer C)
Je ne fais aucune promesse que celle qui se présente : à présent. Nul éclat. Nul « attends de voir ce qui vient ». Je ne dérange ni les fleurs ni d’impeccables aïeux, parce qu’ils sont à leur place et que je suis à la mienne. Mais je sais que je leur dois tout. Ma promesse est ailleurs, contenue dans ces mots ; ne sachant pas ce qu’elle est, mais prêt à la cueillir. Un sourire a la forme d’une assiette. Et l’assiette, celle d’une pièce qui se forme. Je resterai au seuil, dans l’ombre, pour mieux l’accueillir, comme on évase le bord, sur le tour.
(Ligne 14)
Quelqu’un lit derrière moi. C’est un homme élégant. L’élégance vient de son costume, de son allure, de sa posture. Il a des manières surannées et pourtant totalement actuelles. Je ne sais pas quel ouvrage il lit. J’ai tenté de voir le titre comme il était sur le quai, en vain. Sur le quai il a fière allure : il porte un costume trois pièces, d’un tissu gris avec rayures, qui contraste avec l’accoutrement des voyageurs. A ses pieds, une sacoche en cuir épais, couleur fauve est posée. Et surtout il tient son livre comme on tiendrait un rapport, de la plus haute importance, dans une lecture recueillie. Ses coudes forment un angle droit, il tient les pages comme sur une table imaginaire, dans l’agitation du quai. J’ai croisé le regard de cet homme au moment d’entrer dans le Rer, de m’engager dans le couloir. Il allait passer. Je me suis arrêté. Il s’est arrêté. Il m’a prié de passer. Je l’ai prié tout autant. Il m’a dit je vous en prie. Je lui ai rendu la pareille. Nos regards se sont croisés. Ses yeux portent une chaleureuse délicatesse. Il a insisté, a ouvert la main. Je suis passé. Je me suis assis. Il s’est assis derrière moi, à deux sièges d’écart. J’ai tourné la tête, discrètement. Il a rouvert son livre. Il lit. Je ne sais toujours pas ce qu’il lit. Pourtant, je sais à présent qu’un lecteur m’observe.
(quai de Juvisy, Rer C)
fleurs éparpillées
magnolia ébouriffé
blanc pimpant
(Rer D)
Ici ou là,
Dans une chambre d’hôtel
Au bord de mer
Ou loin chez soi
La même question survient :
Toutes ces présences, en soi
— Qui nous peuplent,
Qu’elles sont absentes
Une fois le corps considéré, dépassé
Que le corps reste seul.
Ici,
Dans cette pièce, dans cet hôtel
Au bord d’eau
Ou loin, chez soi
La question viendrait après :
Il faudrait sauter une ligne.
Ce serait une question sans phrase.
Il resterait le point
d’interrogation
auquel se serrer.
(hôtel, Dieppe)
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