Littérature, écriture

Catégorie : Journal (Page 1 of 16)

13.02.2026

Buée Bu et
Une fois bu e que reste-t-il ?
Que reste-t-il de l’étendue
Au-delà du regard, et dans le regard :
Le même univers inconnu et pourtant reconnu.
Ici là
Là devant les yeux
Ici, dans la contraction du temps de cet ici,
Le vertige me saisit ;
Un vertige m’a saisi
L’épaisse buée, blanche sur toutes les vitres rectangulaires :
Qu’écrirait-on ?

RER C, 13.02.2026

08.02.2026

Il y a les pas. Il y a les vocalises métalliques des passereaux. Il y a la terre battue où les ombres passent. Que reste-t-il ? C’est un espace pur.
Quoi mériterait d’embellir cet espace pur, quoi en sus ?
Deux femmes viennent de s’asseoir ; sur leur banc, aucune de leurs paroles ne laisse une chance au silence.
Sur le banc d’en face, un homme profite silencieusement de la lumière.
Entre les bancs, au milieu de l’allée, un enfant passe : son cou se tord, son visage se tend — grimace au soleil. Il hésite, et poursuit.
L’ombre d’un jeune platane se tient sur la terre, aussi stoïque que l’arbre.
Cette ombre, n’est-ce pas le trophée ?

 

19.01.2026

Je ne puis rien créer. Pas ici. Pas maintenant. L’exotisme de ma position consiste à arracher un jour, et le mettre là, au même endroit, sur la table, à l’écrit, quand il me faudrait au moins deux douzaines du même, pour voir : la page, son contour, humer sa profonde heure. Et que je vais mourir ; et que je n’aurai rien accompli — qu’une somme de fragments, quelques poèmes. Je suis rivé vers l’écriture, comme l’homme vers sa liberté. Mon dessein est égoïste. Je n’ai personne à sauver, pas même moi. C’est une nécessité. Il faut imaginer l’oiseau, frapper la branche, ou plutôt la vitre, encore et encore. Oui, c’est une nécessité – impérieuse, prolongerait un bon dessinateur. Je suis dans le RER. Je longe la ligne, celle des rails. Je serai au bureau dans quelques instants, pour d’autres sororités, pris par d’autres signes… L’aventure prend fin.

05.02.2026

Regardant les trains filer : 
Pourquoi aller de l’un vers l’autre
L’un ou l’autre
L’autre vers l’un
Est-ce une question d’habitudes ?
Certes, il y a

Regardant les fenêtres des façades :
Pourquoi là, et là
Et pas ici

Regardant mon avant-bras :
Pourquoi dans ce corps 
Et pas lui ou la plante 

Regardant le paysage :
Pourquoi ce pourquoi

RER D, 05.02.26

 

01.02.2025

1er février 2025
18 h 06
Le merle revient
J’écoute sa phrase
Il parle –
Je l’écoute. Il élabore des phrases plus modulées que la voix de l’homme Donald Trump
Ce merle posé près de moi a plus de vertu, dirait-on
que le président de la première puissance
du continent américain
(Ensuite, pendant quelques instants mes pensées vont comme des feuilles au vent)
Le soir tombe
Il est 18h 12
Le merle s’est tu.

11.01.2026

Les gens n’ont le temps de rien. Aussi je devrais raccourcir cette nouvelle pour avoir une chance de rencontrer mon lecteur. Mais son manque d’attention risquerait de nous entrainer tous deux dans la chute. Mais son manque d’inattention risquerait de nous percuter. Cela s’appelle le principe de résistance, de réalité. Il a beau forcer je suis là, derrière. Je résiste. Il pousse, je tiens encore. Si bien que ce jeu minuscule pourrait durer des heures. C’est à moi de cesser alors que le lecteur lui continuerait volontiers. Les gens veulent des intrigues. Ils veulent des histoires dans lesquelles se réfléchir. Ils veulent des miroirs dans lesquels se reconnaitre. Le cadre s’y prête. Le cadre s’y prête.

 

29.01.2026

« Elle aussi voulait partir, mais elle est en retard », dit-elle dans son téléphone. Ce matin, la brume s’est glissée dans le RER ; son paysage. Reviens. Reviens ici. Redescends dans la sensation. Tu es dans le RER comme un soldat aux aguets. Derrière son rocher. Reviens. Reviens encore. Tu es ce que tu vois et ce que tu vois est immédiat. Prends l’immédiat dans tes mains, tes bras. J’ai beau avoir mon âge, l’immédiat et moi-même nous nous regardons. Un instant. L’immédiat est l’espace révélé à lui-même. J’éclate tous les ballons.

24.01.2026

Et si. Mais si. Et si.
Et si l’idée aujourd’hui était, simplement, de sortir de mon corps. Une sortie franche, nette et vigoureuse. De se dire Ah enfin, c’est l’heure ! C’est l’heure de. Du geste. La difficulté dans mon cas, maintenant que je vais dans la rue d’un pas vigoureux, franc, net, ma difficulté tient dans les conditions de l’expérimentation, car ce que je constate, est que, de cet arrachement, il reste, dans l’attention – ou la tension de posture –, une image. Une image en mouvement : celle de l’arrachement. Et pas. Pas plus. Certes elle fonctionne parfaitement, comme le moulin à poivre qu’on tourne, de deux, trois degrés. Mais après, mais après ; mais après. Que reste-t-il ? J’en suis là depuis tout à l’heure dans mes pensées.
Je me rends compte que mon corps est déjà loin, qu’il marche d’un pas franc, net et vigoureux. Si bien qu’il faut que je me dépêche de le retrouver.
Je l’ai même perdu de vue.

 

15.01.2026

Chaque jour, je fais le même effort. Rentrer dans une boîte. Le vide me fait-il peur ? Je dis : Je n’ai pas le choix : J’ouvre le couvercle : je m’installe : je fais des contorsions inouïes je m’en félicite : je me félicite d’avoir tenu je suis heureux de mon sort je me convaincs, à la fin du jour il ne s’est rien passé sinon d’avoir tenu dans une boîte avec il faut bien l’avouer quelque exercice de délassement. M’évaporer ? Je suis quelqu’un de solide. Me sublimer ? J’y songe. Mais réfléchissons. Que se passerait-il ? Rien d’autre au bout d’un moment vague que la recherche d’une nouvelle boîte. La liberté réside-t-elle dans le fait de passer de l’une à l’autre ? De se contraindre soi-même dans sa boîte, sans contremaitre pour vous y obliger ni vous soumettre ? D’être admiré pour votre souplesse et vos talents de contorsionnistes par vos collègues, ou des passants passant par là ? Est-il des secrets que je n’aurais pas percés, comme celui de boîtes emboîtées ? Doit-on s’exercer à l’illusion, séparé dans deux boîtes, tantôt réuni ? Faut-il maintenir le mystère d’une boîte, mi-ouverte mi-fermée, tant les deux états semblent vérifiés ? Un chat miaule à la fenêtre. Il a faim.

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