A
Est-elle bien agencée
Est-on sûr ?
A, branlante à la langue
A la longue,
Pointe sensible.
Littérature, écriture
A
Est-elle bien agencée
Est-on sûr ?
A, branlante à la langue
A la longue,
Pointe sensible.
J’ai l’impression d’être déjà mort, que les temporalités coexistent, sans que l’une précède l’autre, au contraire, les temporalités coexistent, l’une englobe l’autre. Il faut imaginer la première phrase de ce texte détruite et que la seconde, prise pour la première, l’avalise par sa place sans que le sens ne fût donné tout à fait. Cette singularité rend la mort tout à fait joviale, presque juvénile dans son attention aux vivants. Car ici les morts ne sont pas morts : ils sont de pleine vie, néanmoins vaporeux. Ici l’amitié est un mot qui compte. Amitié entre les hommes. En tentant de me chercher depuis ce haut lieu, je me retrouve ici, dans mon canapé, blotti en train de vivre cette expérience inouïe et de la transcrire. Ma certitude vient du fait que les vivants rencontrés ici sont ceux-là de l’autre côté, pour ceux qui prennent soin de vous, d’une attention amicale, sincère. Je voudrais leur dédier ce poème, ce que je fais et s’ils m’entendent, s’ils me lisent, à deux nous pouvons faire un sourire.
Chaque matin, il siffle, l’éboueur
Avec son balai vert, il siffle
Mais quoi le rend joyeux ?
Il siffle, il siffle
Il siffle de bonne heure.
Et quand c’est propre
Il verse un seau sur la chaussée ;
La chaussée sèche et la flaque demeure.
Chaque matin,
Ils sifflent ils sifflent les moineaux
Ils sifflent de bonheur
Nombreux dans la flaque d’eau.
(Rue des Cinq Diamants, 01.10.2026)
La poésie ne peut rien.
Elle peut autant que ce monde qui m’entoure, et dont je fais partie,
Du moins ce corps assis sur un banc
À côté des quatre pigeons sur l’herbe
qui picorent les graines.
Si le monde qui m’entoure ne peut rien
Pour mon âme, par sa seule présence
Alors elle non plus — la poésie restera sur le seuil.
Mais si le monde derrière mes paupières
Crie, par sa seule naissance
Alors la poésie pourra quelque chose,
Comme les faire cligner.
(Square René le Gall, 28.09.2026)
Qui recueille la voix
La voix est-elle
Ce qui se manifeste ici
Ou celle que
ce qu’on nomme voix
recueille ici
Mais alors qui parle
Me ramène à lui. Ma langue adhère. Ma langue est lent gage. Ce qui va de soi ne l’est pas. Et maintenant que j’ouvre les yeux, je ne reconnais rien, si ce n’est l’étrangeté de la pièce dans laquelle j’écris ces mots. Demain le charme sera effacé. Je recouvrirai la vue. Ce sera lundi. Mais ce soir, c’est-à-dire maintenant, maintenant est main molle, maintenant et poussière et deux mains est fervente croyance. Demain est une, je sais que tout peut disparaitre, je veux dire : durablement. Il reste le corps familier, mais d’une étrangeté familière comme la pièce, à présent. La conséquence est redoutable. Respiration. Sept à huit secondes. Combien d’air, dans chacune de ces phrases.
Les yeux devraient être levés
Ouverts vers
Prêts à
Ou fermés, mais toujours ouverts sur
Quel que soit.
Dans la rame,
La respiration : que vaut-elle ?
Quelle distance.
Récifs et cochons.
(Ligne 7)
Où suis-je ?
C’est louche comme toujours
J’ouvre mon carnet
Selon mes sources, je suis dans la gare
Je suis dans la gare Montparnasse dans une allée que je pourrais dire centrale
Ah les mots, à côté du Relay sur ma droite et de la voie 6
Beaucoup de monde ici
Et selon mes sources il est dimanche soir et toutes les horloges affichent 17 h 42
Je regarde le tableau des départs sans m’attarder, mais plus encore je jette un œil
Je l’ai vu l’instant d’avant
Faire comme si Je marche
Je fais comme si
Il vous surprend par surprise
Et s’éloigne
Je marche détendu à présent
Après tout nous nous savons
Je souris
Je referme mon carnet,
Je poursuis.
Vieillerie, faire la diérèse pour marquer la souplesse
(Interroger cette dernière, sans piper mot)
Vieillerie : on sent les anneaux jouer
On sent les anneaux jouer
Voici ce qu’il reste
Toute une vie et pour quoi.
Le soir tombe.
Je me tiens dans le TER
Le soir tombe :
Le monde est resté vierge
Le monde est.
Nu sous les paupières.
A, je dis A
Ça s’écrit A
L’écart entre les deux surprend
Il se mesure : A
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