A le son A
Pourquoi le son A s’écrit A
Pourquoi le son A s’écrit le son A
A, que vois-je en prononçant cette lettre
Qu’est-ce que je prononce, la lettre ou le son
Laisse tomber, dit-il en me claquant sa main sur l’épaule
Ah, lui réponds-je.
Ah
Souder les deux lettres pour exprimer la surprise
On s’en souviendra
Elle restera dans le champ
Elle restera dans le pré
Ou tout autre endroit où l’interjection serait posée
Mais comprendra-t-on la surprise
Ah dans le champ
Ah dans le pré
Alors qu’elle remontait à sa source.
:
Par quel bout le prendre
Il resterait un siècle, une éternité, un instant plein, l’étrangeté ne faiblirait pas
Celle qui nous ramène : au même lieu.
On ne saurait trop quoi faire des lettres restées en poche.
On tenterait une virgule, découpée au canif, les points comme autant de noyaux de cerise déjà sucés
L’endroit ressemblerait à une forêt luxuriante, mais tempérée, d’une hospitalité douce ;
L’endroit ressemblerait au lieu banni de cette même hospitalité avec, autour d’un arbre mort, une chaise en tissu, poussiéreuse et, sur le sol, tout plein de débris jusqu’aux routes goudronnées qui enserrent l’espace ;
L’endroit garderait sa forme intacte.
Nommer nécessiterait l’abandon du trophée
Un plein, il me demande :
Après je m’en vais.
A, je dis A
comme un autre dit Ah
Mais qui te dit que je dis A
Comme l’écris-tu ?
Le cintre fait bouger le ventilateur.
Même adresse :
Je suis entre le corps et la pièce
Je suis la pièce
Je suis la pièce par ce qu’est ce bruit
Et que mon corps est ce bruit
Après, je me la représente
C’est peut-être mon erreur :
Chaque mot me conduit à son hôte :
Mon bureau, le lit.
Mes yeux sont fermés,
L’obscurité est.
Dans quelque instant je ne serai plus ici
Mais dans le sommeil ou le rêve.
Je ne me souviens pas du rêve. Et pourtant il m’apparaît — le rêve de la nuit passée. Si je passe l’apparition des flashs oniriques, il surgit dans la nuit sans que la scène ne m’apparaisse. Il fallait fuir. Quoi ? J’étais poursuivi. J’étais avec mon fils. Le rêve est très présent, je le reconnaîtrais entre mille sans pourtant pouvoir le décrire. Je serais dans un commissariat, je le reconnaîtrais. D’autres flashs oniriques s’ajoutent aux premiers (et d’autres poèmes — aussi), comme autant de potamots qui caressent le corps. J’ai rêvé mille rêves. Le dernier a le bras cassé et la jambe levée.
Qui est qui ?
Entre le banc et moi, il est une allée
Où plus exactement je me regarde ;
Force est de constater que le banc est libre.
À quoi ressemble notre être, intérieurement ?
Sommes-nous cette forme articulée, uniquement
Ou : œuvrons-nous d’un autre lieu, aussi physique que celui-ci ?
Le banc m’interroge,
Le banc vide d’où j’exprime mon étonnement.
Jardin des Plantes
Couteau. Tranche et bien tranché.
Cou. Ciel. Âge. Mer. Vague, va. Algues. Valgues.
Chaque voyelle est lettre qui roule…
J’entre dans l’auberge, je m’installe pour déjeuner. Je ne sais pas si je suis avec mon fils. Je ne sais pas s’il s’agit d’un rêve. Je crois me souvenir du lieu qui me fit rêver cette table. À présent, les flashs oniriques montent : des images, les mêmes, se succèdent. Ce sont les mêmes d’un rêve à l’autre. Une ville émerge. Et moi là dedans, je dois bien faire ma vie. Tout le monde ici avance en somnambule, oubliant la présence même du rêve. C’est la même chose quand je ne rêve pas. J’avance aussi en somnambule. Malgré ma lecture au monde.
Le lecteur pourra-t-il m’en délivrer ?
J’avance bien des choses.
Quand la mort se rapproche, que fait-il
Que faut-il ?
Il a certainement vérifié ses traits d’union
Et l’interrogative
Il eût rêvé d’une autre direction
Mais celle-ci convient
Il tient il tient :
Ce n’est pas la première fois
Il sait qu’il n’a personne à qui s’adresser
Sinon elle, la phrase tient
de sa virgule au point.
La majuscule c’est pour demain
Pour ce qui vient.
Près de l’olivier l’étoile
Je dis près
Il respire
